Un sapin de Noël “initiative” en Estonie

Un sapin de Noël “initiative” en Estonie

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Lorsque les fêtes se rapprochent, toutes les villes d’Europe et du monde se dotent de leur grand arbre de Noël. Une tradition séculaire mise au goût du jour ces dernières années avec l’apparition de sapins de Noël originaux. Cette année, l’Estonie s’est pliée au jeu. Petit détour par quatre initiatives noëliennes.

Viimsi, Estonie. Du haut de ses 12m de haut, le conifère festif trône fièrement au centre de la place centrale de la petite ville au nord-est de Tallinn. Entièrement conçu à partir de bidons de quatre litres de liquide pour lave-glaces, ce sapin artificiel géant se veut l’émanation de l’esprit écologique du pays. Car la petite nation balte est un précurseur et un avant-garde en termes d’économie verte et espère inspirer le reste de l’Europe.

Le sapin de Noël en recyclage de Viimsi en Estonie © rtbf

L’artiste Teet Suur, auteur de la structure, explique le choix des matériaux par la volonté de réutiliser des contenants « généralement jetés une fois vides » qui servent désormais notamment de lampes d’illumination (au nombre de 1185 sur l’ensemble de l’arbre). Selon lui, il s’agit d’un « véritable projet de recyclage. » Lors de l’inauguration de la structure, le maire de Viimsi a déclaré que l’année 2020 serait « centrée sur le thème de l’environnement et du respect des ressources chères aux Estoniens telles que l’eau et la forêt. » Un souhait réalisé puisque que le grand arbre traditionnel est resté dans la forêt et que son remplaçant apporte un rappel du côté non-renouvelable de l’eau (sous la forme de liquide de dégel) qui doit être « conservée, protégée [et deviendra] indisponible si elle continue d’être gaspillée. »

L’objectif de cette création est de réduire les déchets plastiques et d’alerter sur la consommation de plastique en général : les stations-service disposent désormais de pompes à liquide et ces contenants ne sont désormais plus utiles. Ceux-ci doivent être délaissés et disparaître pour économiser du plastique et en réduire la production.
Bien que très original et peu traditionnel, le nouveau sapin de Noël de Viimsi n’a fait aucun émoi auprès de la population de la ville, davantage attachés à l’initiative qu’à l’idée d’un possible reniement de la tradition. Progressistes dans l’âme à l’image de leur pays, les 18.000 résidents de la commune s’émerveillent déjà des différents jeux de lumières offerts par la structure.

Moscou, Russie. Aiguilles qui tombent et branches qui sèchent ne sont plus un problème lorsque la période des fêtes entre dans le champ du rétroviseur : les déchets ont fait place à la réutilisation. En France comme en Belgique, les sapins naturels finissent leur courte vie festive dans les espaces verts ou de recyclage mais les Moscovites ont décidé de traiter la nature avec la nature. Les sapins de la capitale russe servent désormais de nourriture pour les animaux du zoo.

Des sapins de Noël dans les enclos du zoo de Moscou © La Presse

Depuis plusieurs années, les invendus et les sapins jetés après les fêtes sont en effet récupérés pour que « la fête continue pour les animaux du zoo ». Ils servent alors soit de décorations comme chez les éléphants soit de nourriture chez les cervidés, tandis que les grands félins et les ours se jettent dans leurs branches piquantes pour s’amuser. Selon le chef du département de la conservation de la faune sauvage, « c’est un pas vers la prise de conscience écologique. Les gens doivent comprendre que le tri des déchets, c’est maintenant. »

Copenhague, Danemark. Dans la ville de la sirène comme partout en Europe, le grand sapin s’installe sur la place la plus centrale ou emblématique de la municipalité. C’est donc au centre du City Hall Square de la ville qu’un arbre de Noël plutôt original a poussé des pavés depuis 2009 : ses illuminations sont alimentées par des cyclistes.

Un sapin illuminé par des vélos? C’est possible à Copenhague © Euronews

D’une taille imposante, le grand sapin de la capitale danoise ne recouvrera aucune lumière permanente ni artificielle puisqu’il ne sera illuminé que lorsque de téméraires cyclistes viendront pédaler à son pied. Des bicyclettes fixées au sol alimentent en effet en énergie les guirlandes, à conditions que les pédales soient mises en mouvement. Aux côtés d’une économie substantielle de près de neuf tonnes de CO2, l’initiative vise à faire réfléchir la population à l’impact de la pollution et au changement énergétique.

Montréal, Canada. En 2017, la ville québecoise a décidé de laisser la course du « qui aura le plus beau sapin? » à ses concurrents pour embrasser une autre dynamique, celle du plus laid sapin de Noël. Surnommé Mon Vilain Sapin, il n’a laissé aucun passant indifférent : « On dirait le Choixpeau dans Harry Potter. », « Ça ressemble au chapeau d’un elfe. », « Je pense que c’est un arbre qui a de la personnalité. »,…

Voici le “Vilain Sapin de Noël” de Montréal, un visuel assez déconcertant © National Post

Au pied de ce laid sapin, on pouvait retrouver le Village du Vilain Sapin au sein duquel des légumes ont été vendus durant tout le mois de décembre. Comme on peut s’y attendre, il n’y était point question de beaux légumes bien ronds et colorés mais bel et bien de tordus, biscornus ou déformés. Les organisateurs étaient contents de l’effet de leur choix : « Ici, au Village du Vilain Sapin, on veut juste célébrer la diversité et l’imperfection. Alors si les gros titres parlent de nous, c’est bien, ça ouvre le débat. » Le Vilain Sapin de Noël revient désormais chaque année dans les rues de Montréal.

Que l’on soit croyant ou pas, que l’on aime l’hiver ou pas, que l’on aime enfiler un pull de Noël ou pas, le traditionnel sapin de Noël de la ville et son village ou marché associé sont un lieu de rendez-vous et de retrouvailles pour tous. À l’heure de la production en chaîne et du copie-conforme, les initiatives originales sont toujours une bouffé d’air frais (surtout en décembre) dont il faut savoir profiter. Si elles peuvent en plus apporter leur pierre à l’édifice du progressisme, que demander de mieux si ce n’est qu’elles soient suivies?

PS : À défaut de zoos moscovites à proximité, voici ce que vous pouvez faire de votre sapin naturel (à condition qu’il ne contienne pas de neige artificielle) : de nombreuses villes proposent des espaces dédiés où mettre son ancien sapin de Noël. Ils seront ensuite réduits pour faire du compost et du paillage ou débités en bois de chauffage. À défaut de points de recyclage, il est conseillé d’amener votre sapin à la déchetterie. Si vous avez un jardin et que les règlements locaux le permettent, vous pouvez aussi le brûler. Enfin, si vous avez un sapin avec racines, vous pouvez toujours essayer de le replanter.

ALVARRO

One Reply to “Un sapin de Noël “initiative” en Estonie”

  1. Chouettes initiatives un peu partout qui peuvent parfois bousculer les traditions si chères à certains mais qui montrent qu un peu partout des gens prennent conscience du gaspillage et de l utilité de changer

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