Ralentissement économique mondial et progression chinoise : quelle économie pour 2021?

Ralentissement économique mondial et progression chinoise : quelle économie pour 2021?

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À l’heure des conflits commerciaux, des politiques de repli sur soi et des volontés de relance, il est parfois difficile de saisir le courant économique mondial. Mais une étude à grande échelle sur l’évolution de la conjoncture financière vient d’être publiée pour tenter d’y voir plus clair. Alors, à quoi faut-il s’attendre dans les années à venir?

Si pour Max Weber « tout est politique », la réalité des faits tend plutôt au « tout est économie » : c’est davantage la politique qui obéit à l’économie que l’économie qui suit la mouvance politique. C’est en partie ce rapport de forces qui permet d’expliquer les tensions et conflits commerciaux que l’on voit poindre un peu partout sur le globe. Conflits menés par les politiques sur base de l’économie. Une instabilité qui n’est pas sans conséquence.

586 agglomérations, soit près de 2/3 des 900 plus grandes villes du monde en termes de PIB, vont connaître un ralentissement économique sur la période 2020-2021. Londres sera la seule ville du top10 à rencontrer une accélération de son expansion (2,1% de croissance, contre 1,5% en 2018-2019). Paris verra sa croissance ralentir de 0,2% pour atteindre 1,7% et Lyon, star française en matière d’expansion au tournant du millénaire, verra sa croissance rentrer dans le rang. New-York est logée à la même enseigne puisqu’elle passera de 2,2% à 1,8% de croissance. L’Américaine San José, en pleine Silicon Valley, pourrait être la ville la plus atteinte.

L’activité manufacturière touchée en priorité

Selon les auteurs de l’étude, les villes comportant d’importants secteurs manufacturiers seront directement affectées par le ralentissement du commerce mondial. Dans certains pays, ce ralentissement sera plus marqué à l’échelle urbaine qu’à l’échelle nationale car le secteur en question y représente une part importante de l’économie municipale : l’industrie barcelonaise en dépend par exemple à 19%, celle de Taipei (Taïwan) à hauteur de 23%.

Mais le ralentissement du secteur manufacturier n’explique pas tout. Celui du commerce international affectera également la demande pour les services en particulier, les voyages ou les assurances, qui tendent à se retrouver concentrés dans les villes. De plus, des impacts indirects sont à prévoir sur les dépenses de consommation, via des réductions de croissance de l’emploi voire même de salaires. C’est donc la vie économique des villes en général qui sera mise en cause.

D’autres contextes peuvent enfin jouer un rôle certain. Certaines villes européennes continuent de ressentir les effets de la mise en oeuvre des nouvelles normes anti-polluantes du secteur automobile de 2018. Elles doivent en outre s’adapter à l’évolution de la demande avec l’expansion des voitures électriques ou hybrides. À Sendai au Japon, la ville connaît une période de reconstruction post-catastrophe naturelle, et elle n’est pas la seule dans le cas. En Amérique latine, les nombreux troubles politiques pèsent sur l’économie des villes. En Asie, les villes chinoises commencent tout doucement à s’essouffler au profit de mégalopoles indiennes en plein essor. Ho Chi Minh-Ville et Phnom Penh pourraient également s’inscrire parmi les plus performantes dans les prochaines années.

Des solutions qui arrivent, d’autres qu’on espère

Les banques centrales ont un rôle important à jouer dans la relance de la croissance mondiale

Face au ralentissement de la croissance mondiale, les représentants politiques de la majorité des grandes économies du globe se sont positionnés en faveur d’un assouplissement des conditions monétaires. La Federal Reserve américaine a introduit sa première réduction de taux de l’année 2019 et la plupart des banques centrales des marchés émergents ont poursuivi les baisses de taux qu’elles avaient déjà entamées.

Si la faiblesse des échanges mondiaux ont conduit à cette contraction mondiale, les secteurs économiques plus orientés sur le marché national se sont montrés plus résilients et performants. Des signes de contagion à ces secteurs commencent malgré tout à se manifester. Il restera difficile d’espérer une reprise de l’activité tant que dureront les tensions commerciales actuelles et l’incertitude chronique qu’elles entraînent : un accord commercial total ou partiel entre les États-Unis et la Chine, et la perspective de geler le conflit pendant un certain temps, apporterait un soutien aux marchés et à la croissance mondiale.

Un ralentissement qui n’empêche pas la marche en avant chinoise

Quartier financier de Pudong à Shanghaï

Si leur insolente croissance commence lentement à rentrer dans la norme, les villes chinoises restent tout de même bien plus performantes que leurs homologues occidentales. Au cours des quinze prochaines années, les grandes villes de l’Empire du Milieu devraient rattraper nos métropoles et se porter aux portes du top10 mondial des plus hauts PIB.

Les quatre premières places resteront dans le giron actuel de New-York, Tokyo, Los Angeles et Londres mais Shanghai passera de la onzième à la cinquième place grâce à une croissance de 4,8% par an. Pékin progressera du treizième au sixième rang (4,7%/an), Guangzhou de la dix-neuvième à la neuvième place (5,1%/an) et Shenzhen de la vingtième à la dixième position (5,1%/an). À l’inverse, Paris reculera de la cinquième à la septième place car sa croissance chutera à 1,3% (actuellement à 1,9%), soit le deuxième taux le plus faible avec les 0,6% de Tokyo. Chicago perdra également deux rangs pour rétrograder à la huitième place.

Lors du troisième trimestre de l’année, les banques centrales sont passées proactives et apportent désormais un stimulus monétaire, c’est un changement majeur de politique et de stratégie. Les cycles d’assouplissement que l’on connaît actuellement dureront ainsi plus longtemps que prévu. Ils pourraient et devraient se poursuivre jusqu’à l’apparition de signes manifestes de stabilisation de l’activité économique mondiale et la preuve d’une reprise.

Les conflits commerciaux sont une chose, mais ils ne sont plus rien si ils entraînent un dérèglement mondial. Si la situation actuelle perdure, c’est la Chine qui profitera de sa guerre commerciale avec les États-Unis. Pas sûr que l’Oncle Sam l’accepte. Le pays devrait réouvrir le dialogue et progressivement mettre fin aux tensions quand il se rendra compte qu’il a plus à y perdre qu’à y gagner.

ALVARRO

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