Édito | Pantin au pays des Soviets

Édito | Pantin au pays des Soviets

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Vladimir Poutine et le sport, une relation peut-être plus fusionnelle que prévu © Aleksey Nikolsky – Pool/AFP

Au Brésil, il y a cinq ans. Le lutin de poche allemand Mario Götze surgit sur un centre court de la gauche et trompe Sergio Romero. La Mannschaft remporte la cinquième Coupe du monde de son histoire, mais la première depuis qu’elle est réunifiée. Tout un symbole. La même année, une fois l’hiver venu, c’est un autre grand pays historique qui s’unit, pour d’autres desseins. La Russie de Vladimir Poutine organise les Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi et nourrit de grands espoirs. Elle déploie alors un plan national, bien plus ambitieux qu’éthique et légal. Mais l’affaire éclate et la Grande Ourse est condamnée pour « dopage d’État ». Et ce n’est que le début.

Les chiffres sortent, petit à petit. Le système entier est corrompu et près de 216 athlètes se retrouvent sur liste rouge. L’Agence Mondiale Antidopage prend acte et suspend le pays et ses cobayes pour deux ans, dans un premier temps. La Russie est interdite de compétitions internationales et seuls les athlètes jugés « propres » peuvent concourir sous bannière neutre. Le problème, c’est que le dossier dépasse l’organisation de contrôle qui ne répond que par a-coups. La suspension russe est ainsi prolongée quelques mois seulement avant chaque compétition d’importance. Incompétence ou absurdité? Non, incompétence et absurdité.

Mais ce lundi 10 décembre, l’AMA prend une nouvelle décision, plus importante cette fois. La suspension est prolongée pour quatre ans, et le pays des Soviets se retrouve interdit de Jeux Olympiques 2020, 2022 (session d’hiver) et 2024 ainsi que de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Enfin une décision d’ampleur donc mais pas aussi imposante que le territoire russe. Ses athlètes et son équipe pourront concourir sous bannière neutre évidemment, mais elle pourra se présenter telle quelle lors des phases de qualifications. Et elle sera bien présente à l’Euro 2020, comme à toutes les compétitions sportives européennes. Vous trouvez cela étrange? C’est tout simplement ridicule.

Comment une telle exception est-elle possible? Parce que le sport, c’est devenu de la politique. Et qu’en politique, tout est compliqué et tout est lié. Comme son nom l’indique parfaitement, l’AMA est une entreprise mondiale et sa zone d’action ne concerne donc que les compétitions internationales. Elle n’a aucun pouvoir décisionnel sur les zones continentales ou régionales. Et tout ça, c’est politique. Autre point, l’influence et le poids que représente la Russie : elle est un acteur économique puissant en Europe mais aussi dans le monde, ce qui explique en partie pourquoi aucune sanction économique n’a été proférée depuis le début de l’affaire. Punir économiquement la Grande Ourse, c’est risquer de la fâcher. Et il vaut mieux ne pas fâcher Poutine.

Alors que reste-t-il de cette suspension « historique »? Qu’elle n’est qu’un écran de fumée qui vise à cacher les manquements de l’AMA? Que les instances mondiales, continentales et nationales sont incompétentes si elles ne sont pas corrompues? Que la Russie n’est pas plus sévèrement punie parce que c’est la Russie? Qu’en sport, c’est aussi et surtout la politique qui décide? Que dans un monde « crabe aux pinces d’or », le spectateur neutre passe régulièrement de « Coke en sport » à « Pantin au pays des Soviets »? Sans doute un peu de tout cela, et peut-être plus encore.

ALVARRO

2 Replies to “Édito | Pantin au pays des Soviets”

  1. Bien l’article Antoine sur le fond et notamment l’approche politique du sport de haut niveau. Par contre, je pense qu’une suspension de 4 ans pour les compétitions internationnales, c’est déjà pas mal. Je ne suis pas sûr qu’une autre fédération a déjà reçu une telle sanction (sauf peut-être les états en guerre, non reconnus…). Et puis effectivement, il ne faut pas oublier qu’une compétiton sans la Russie perd de l’intérêt et donc de l’attrait médiatique et… financier. Et l’argent dicte le comportement. La preuve avec les compétitions organisées au Quatar, Arabie Saoudite…, un véritable scandale écologique. Je pense que 4 ans sera le maximum possible pour la Russie sachant qu’elle va ainsi louper ainsi trois JO.

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