Pourquoi il n’y aura plus de paquebots en Islande

Pourquoi il n’y aura plus de paquebots en Islande

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Un port islandais occupé uniquement par des bateaux de pêche, une rareté qui va devenir une habitude

Début 2020 marquera la fin de l’ère des paquebots, qui paie sa pollution chronique, dans les eaux islandaises. Début de semaine, le pays a banni l’utilisation du fuel lourd sur son territoire pour protéger sa biodiversité. Analyse d’une fermeté maritime à la hausse.

L’Islande et ses geysers. L’Islande et ses chemins de randonnée. L’Islande et ses glaciers. Perdue en plein océan Atlantique, la grande île nordique a toujours su séduire les étrangers. Ses paysages uniques font l’objet, depuis de longues années déjà, d’un tourisme florissant. Mais ce tourisme a un prix, celui de la nature. Les allers-venues des paquebots de croisière provoquent des effets catastrophiques sur l’environnement et le gouvernement islandais a décidé de trancher court : à partir du 1er janvier 2020, l’utilisation du pétrole lourd sera interdite.

Le carburant le plus polluant au monde

Un des innombrables pipelines pétrolier construits sur la terre ferme

Principalement utilisé par les navires et les cargos de transport, le fuel lourd pollue davantage que les autres carburants : il libère une importante quantité de suie dans l’atmosphère lors de sa combustion. Et si les particules de suie sont nocives pour la santé, elles le sont également pour l’environnement puisqu’elles se déposent sur les glaciers et en accélèrent la fonte. Or, en 2018, le pétrole lourd représentait près d’un cinquième du combustible marin utilisé en Islande. Une situation ingérable pour le pays de la terre de glace.

Résultat? Une interdiction de masse de son utilisation et l’adoption de nouvelles normes : la teneur en soufre des fuels marins ne pourra désormais plus dépasser 0,1% dans les eaux territoriales islandaises. Elle stationne actuellement à 3,5%. Le ministre islandais de l’environnement, Gudmundur Ingi Gudbrandsson a déclaré que les navires pourront continuer à utiliser le pétrole « léger » comme combustible « jusqu’à ce que d’autres formes d’énergie prennent le relais » mais qu’à terme seuls des systèmes propres seraient autorisés. Une nécessité tant il est « extrêmement important d’en [les énergies fossiles] débarrasser nos écosystèmes. »

Dans moins d’un mois, les bateaux qui voguent au large des côtes islandaises devront être munis de purificateurs pour extraire le soufre des gaz d’échappement et en réduire ainsi les émissions. Le coût de ces équipements, appelés scrubbers, est très élevé et doit dissuader le transport maritime de continuer à se propulser au pétrole, lourd comme léger. Si l’Association pour la conservation de la nature islandaise a salué un « pas en avant », elle demande une interdiction formelle rapide des énergies fossiles dans leur ensemble.

Un pays touché de plein fouet

La fonte des glaciers islandais s’est inexorablement accélérée ces dernières décennies

Les eaux territoriales islandaises, bientôt interdites au fuel lourd, s’étendent sur douze miles nautiques (22,2 kilomètres) entre les côtes et le front de mer. Une étendue et une importance certaines pour un pays dont 10% de la superficie est occupée par des glaciers. Une situation unique qui a poussé son gouvernement à devenir le premier à imposer une interdiction de cette ampleur.

Il est un secret de Polichinelle que de dire que le transport maritime représente une source non-négligeable des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais en Islande, cet impact est encore plus important. En 2016, le secteur maritime cumulait 17% des émissions totales de CO2 au pays, soit la troisième source nationale derrière le transport aérien (33%) et l’industrie lourde (30%). De plus, le rejet de suie sur les glaciers est destructeur : exposé aux rayons du soleil, le carbone noir qu’elle contient absorbe plus de chaleur et accélère davantage encore la fonte de la glace.

Des réglementations de plus en plus strictes

Un paquebot dans un port islandais, bientôt plus qu’un souvenir

Depuis 2016, l’Organisation Maritime Internationale s’est emparée du problème en votant un texte de loi adoptant de nouvelles normes. La Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (MARPOL) prévoit ainsi de ramener le taux de soufre des 3,5% actuels à 0,5% au 1er janvier 2020. Mais une telle situation est loin d’être garantie car la majorité des navires continue de tourner aux anciennes normes, à moins d’un mois de l’échéance.

Le gouvernement islandais a donc décidé de radicaliser cette convention internationale et pris le pas de réglementations régionales qui existent déjà depuis un moment. La Norvège a par exemple interdit, il y a quelques mois, l’accès à ses fjords à tout embarquement fonctionnant aux combustibles fossiles. Le taux de 0,1% de teneur en soufre adopté par l’Islande ne vient pas non plus de nulle part : c’est la norme qui s’applique aux navires à quai dans les ports de l’UE depuis le 1er janvier 2010 et dans les Zones d’émissions contrôlées (ECA). Actuellement, il en existe quatre dans le monde, notamment en mer Baltique et en mer du Nord. Depuis le 1er août 2011 enfin, l’OMI a imposé la même interdiction en Antarctique et travaille actuellement à une mesure identique en Arctique pour 2021.

Terre d’ouverture d’esprit, de vision à long terme et de conscience écologique, l’Islande a franchi un nouveau pas dans ses ambitions en interdisant le pétrole lourd dans ses eaux territoriales. Placée face à la fonte accélérée de ses glaciers, l’objectif est de diminuer les émissions de dioxyde de soufre pour minimiser l’impact de la navigation sur l’environnement. Le pays espère en outre marquer les esprits et s’imposer comme un exemple, en espérant qu’il sera suivi dans sa démarche.

ALVARRO

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