Édito | Ballon d’Or, d’Ébène ou de Plomb?

Édito | Ballon d’Or, d’Ébène ou de Plomb?

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© Eurosport

Ce soir, c’est le grand soir. La soirée que le monde individuel du football attend le plus. Ou du moins, c’était le grand soir. Car depuis quelques années, le public se désintéresse de plus en plus de cette cérémonie. N’est-elle déjà pas un poil, ou brin d’herbe, contradictoire? Récompenser une individualité dans un sport collectif n’est-il pas déjà, en soi, une aberration? Bien que le départ de Cristiano Ronaldo du Real Madrid et les absences de Messi au Barça démontrent que sans eux, le collectif ne suffit pas toujours. Quoi qu’il en soit, ce soir c’est Ballon d’Or.

C’est LE trophée, celui qui vient récompenser le joueur le plus régulier au plus haut niveau, celui qui a permis au public de ressentir le plus d’émotions. Et pourtant, la cérémonie ne semble plus en procurer aucune. Pourquoi? Sans doute parce qu’elle représente l’exact opposé de ce qui caractérise le foot, et le sport de manière générale : l’imprévisibilité. Parce qu’avant l’arrivée de Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, il était rare d’être reconduit au toit du monde. Mais depuis 2008, les deux ovnis portugais et argentin ont trusté le trophée durant dix ans consécutifs. Et ce n’est pas la victoire, controversée par certains, du Croate Luka Modric l’année passée qui relancera le suspense. Car cette année, les deux géants sont à nouveau là, encore assurés du top 5 et rien ni personne ne semble en capacité de les détrôner. Pas qu’ils n’en aient pas la qualité, non, mais parce qu’ils n’ont pas droit au chapitre.

Vu leurs saisons respectives en club et en Ligue des Champions, il était logique que ni Messi ni Ronaldo ne s’imposent l’année passée. On ne pouvait pas les reconduire, ça se serait vu, ça aurait été trop gros à avaler. Oui, disons le, nos deux champions sont protégés. Par la presse, par le monde du football lui-même et par cette bien pensance qui voudrait que si on ne vote pas pour eux, c’est leur manquer de respect. Il suffit de regarder le palmarès aux alentours des années 2010 pour s’en rendre compte. En 2010 justement, le Néerlandais Wesley Sneijder sort d’une saison pleine : Ligue des Champions et championnat avec l’Inter, finale de Coupe du Monde avec les Pays-Bas et reconnu à l’unanimité comme grandissime favori. Mais non, c’est Léo Messi qui s’impose, Wesley Sneijder n’est même pas sur le podium et sombre petit à petit, démoralisé. En 2012, Andrès Iniesta rayonne : il a mené l’Espagne à son second Euro consécutif et vient de remporter un quadruplé avec le Barça (championnat, Supercoupe, Ligue des Champions, Coupe du Monde des clubs). Il échoue à la troisième place et c’est à nouveau Léo Messi qui s’impose. En 2013 enfin, Frank Ribéry marche sur l’Europe avec son intenable Bayern : championnat, coupe, supercoupe, coupe du monde des clubs, Ligue des Champions. Et c’est à nouveau la déception : il n’atteint que la troisième marche du podium, et Cristiano Ronaldo est sacré. Très amer, il perd un peu le goût du football pendant près de deux ans.

Les antécédents sont là, et il ne faudrait pas que cela se reproduise. Les cinq favoris ont réalisé une belle saison, mais tout le monde n’a pas le même mérite. Le Portugais Cristiano Ronaldo ne réalise plus les mêmes performances individuelles que lors de son épopée madrilène, et le jeu de la Juventus ne l’aide pas pour cela. Il ne remporte plus non plus les mêmes trophées avec la Vieille Dame qui galère toujours autant en Europe. Mais son impact est indéniable lorsqu’il retrouve la Selecção et il semble enfin évoluer à son niveau. Mais c’est trop peu pour revendiquer le Ballon d’Or.
Pour Lionel Messi c’est un peu l’inverse : d’incroyables performances individuelles semaines après semaines mais à part une Liga, on ne peut pas dire qu’il ait rempli son armoire à trophée cette saison. Et la nouvelle désillusion en Copa America n’est pas là pour combler la plaie. Mohamed Salah allie, lui, performances individuelles et résultats en club (inutile de vous rappeler l’incroyable parcours de Liverpool) mais n’a pas réussi à emmener son pays lors de la CAN.
Le phénomène Virgil Van Dijk est le seul à avoir réussi à allier les trois : Ligue des Champions, finale de Nation’s League et prestations de haut niveau. Mais son cas doit être quelque peu remis en cause puisqu’il fait l’objet d’une véritable campagne de propagande, agrémentée de chiffres plus ridicules les uns que les autres. Le fameux chiffre concernant son nombre de matchs sans être dribblé est stupide à partir du moment où Van Dijk est un joueur qui défend en reculant. Il n’en reste pas moins monstrueux dans les duels et l’anticipation, mais arrêtons les statistiques stupides. De plus, les Pays-Bas ont tout de même encaissé 12 buts en 12 matchs malgré des oppositions contre les faibles Estonie et Biélorussie par exemple et c’est principalement l’attaque oranje qui a porté le pays.
Si il en est bien un qui a réellement tout allié, c’est Sadio Mané. Le Sénégalais a mixé performances individuelles, résultats en club et en équipe nationale et surtout, importance et impact dans le jeu de toutes ses équipes. Il a aussi été le joueur le plus décisif lors des matchs importants de Liverpool et du Sénégal.

Soyons honnêtes, celui qui mérite le plus ce Ballon d’Or c’est Sadio Mané, et cela ne devrait même pas faire débat. Mais tout aussi honnêtement, la question de son sacre doit, elle, être réellement posée. Les exemples de Ballon d’Or trustés par les deux géants sont légions et il reste difficile de voir le Sénégalais remporter les suffrages. Si la logique voudrait que ce Ballon d’Or soit un Ballon d’Ébène, il risque surtout d’être davantage un Ballon de Plomb.

ALVARRO

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