Playlist de l’été # 12

Playlist de l’été # 12

Conformément au titre de l’article, la rédaction de Journa’Lîdje publie une playlist musicale de l’été qui reprend les chansons qui les ont le plus marqués durant l’été (de juillet à début septembre). Plus encore qu’une simple liste, une courte description ou analyse sera proposée pour chaque son. Cette publication a pour but le partage et la possibilité de découvertes musicales.

  • Dance Monkey (Tones and I – The Kids Are Coming) : Tones and I est le nouveau phénomène australien qui vient chambouler le monde de la musique. Il y a parfois des destins déroutants, c’est le cas de celui de Toni Watson alias Tones and I. L’année dernière, alors qu’elle était encore vendeuse, un déclic lui apparaît comme une évidence. Elle veut se diriger vers la musique. Pour la jeune australienne, la musique est un refuge ou plutôt une réelle volonté d’apporter quelque chose de nouveau à la musique. Avec son titre Dance Monkey, elle tient déjà un tube en or massif. Ce titre nous séduit par sa qualité musicale et par ce style si particulier de la chanteuse qui lui vient de ses cours de clavier et de Loop Station. Un titre frais et sans fioritures qui s’écoute aisément. Le clip est assez drôle, il montre l’artiste et ses amis déguisés en séniors qui jouent au golf de manière délirante. Le titre s’annonce fracassant !
  • Pink (Two Feet – single) : Affichant plus de quatre millions d’auditeurs mensuels sur Spotify, Two Feet, de son vrai nom Bill Dess, ne cesse d’épater. Et pour cause : l’artiste américain de 26 ans écrit, joue et chante l’entièreté de son répertoire électro. Difficile de passer à côté de I Feel Like I’m Drowning, morceau à succès issu de son dernier EP A 20 Something Fuck. Cette année, il dévoile Pink, un paradoxe entre la douceur de l’intitulé et l’amertume des paroles, résignées face au changement, au passé qui s’efface. Le son gagne en intensité jusqu’à son apothéose à la guitare, pour deux minutes de pur ravissement.
  • À qui la faute? (Kery James feat Orelsan – single) : « La banlieue porte un gilet jaune depuis 20 ans, tout le monde s’en bat les couilles. » Comment mieux résumer que par cette line la rencontre (tant attendue) entre deux artistes qui ont su passer au-dessus des polémiques pour imposer des valeurs d’engagement dans leur discographie? Kery James n’a évidemment plus à rien à prouver dans le milieu mais ça ne lui suffit décidément pas. Il nous avait déjà offert un formidable contre-pied critique il y a quelques années avec Constat amer, lorsqu’il retournait une partie de la responsabilité du rejet des minorités à ces mêmes minorités : il reprend cette fois le flambeau en opposant responsabilité de l’État et responsabilité des banlieues, dans un projet encore plus ambitieux. Et comme le poète noir ne fait jamais les choses à moitié, c’est lui qui incarne les reproches à la banlieue. Et quoi de mieux que de prendre un artiste blanc, tout aussi critique du système, pour jouer le rôle de celui qui accable l’État pour appuyer encore le contre-pied? Difficile de ne pas souligner le résultat final mais on garde tout de même un léger petit arrière goût de déception : si le projet part plus loin encore que le postulat de Constat amer, force est de constater que le rendu final est moins percutant, moins puissant, moins signifiant aussi. Les récents morceaux des deux protagonistes pouvaient pourtant laisser transparaître ce résultat. Il faut  bien avouer que Kery, comme Orelsan, atteignent plus difficilement leur niveau d’écriture d’antan.
  • Doin’ Time (Lana Del Rey – Norman Fucking Rockwell) : Le sixième et nouvel album de Lana Del Rey est sorti et il conquit déjà tout le monde! Mélodieux, mélancolique, air vintage et ensorcelant , Norman Fucking Rockwell est un petit bijou de “dream pop” où l’on retrouve 14 morceaux à la fois uniques et propres à l’américaine.
    Doin’ Time est une reprise du même titre du groupe Sublime dont la chanteuse est fan. On y retrouve le morceau original avec la patte de Lana. C’est là qu’on voit son talent: elle a le chic pour s’approprier les morceaux et rendre quelque chose de différent qui colle cependant avec l’esthétique et l’ambiance générale de ses albums.
    Parfait à écouter cet automne, pour une ambiance calme et tamisée.
  • Demons (Imagine Dragons – Night Visions) : Ce titre de 2013 n’est pas actuel, c’est clair ! Mais qu’est-ce qu’il est bon et qu’est-ce qu’on aime l’écouter. La chanson raconte l’histoire d’un homme qui est rongé par ses problèmes et qui décide de mettre fin à la relation qu’il entretient pour préserver sa bien-aimée. Il ne pense pas être à la hauteur pour envisager quelque chose de plus sérieux dans cette relation. Cette chanson aux accents rock me donne des frissons. Elle est sans aucun doute un tube à écouter sans modération ! 
  • Fuck it I love you (Lana Del Rey – Norman Fucking Rockwell!) : La diva du dream pop a encore frappé. Après son épique Lust For Life, son nouvel album Norman Fucking Rockwell! sorti la semaine dernière ne manque pas de communiquer les airs vintage et mélancoliques qui la caractérisent. Lana Del Rey, c’est la liberté, l’icône glamour aux influences multiples que l’on écoute pour un sentiment de nostalgie durant une soirée d’été. L’opus Doin’ Time semble être sorti du lot. Dans l’ensorcelant Fuck It I Love You, on retrouve ses thèmes de prédilection : l’amour, l’évasion, la Californie. Et elle ne nous déçoit pas avec son clip aux côtés presque cinématographiques auxquels elle nous a habitués. Un mélange de morosité et d’euphorie.
  • Bitch (Lefa feat Vald – single) : Petit à petit et sans trop faire de bruit, Lefa est en train de récupérer une audience aussi large qu’à la grande période de la Sexion tout en entamant une légère évolution de son style. Fini les instrus à l’ancienne, fini le kickage pur et dur, fini les phases multi-syllabiques (quoique). Place désormais à des sons plus ronds et actuels, à un flow plus découpé surfant sur l’instru et à une écriture plus adapté aux prods mais plus métaphoriques. Une deuxième vie musicale qui lui vaut la sympathie de plus en plus de nouvelles oreilles, plus en phase avec cette nouvelle vague du rap. Ce morceau, écrit en duo, vient prouver ce que beaucoup de monde n’osaient prononcer que du bout des lèvres : oui, le « nouveau » Lefa possède pas mal de points communs avec Vald (d’ailleurs les deux s’entendent très bien depuis de longues années et se sentent proches musicalement). En résulte un morceau planant (ça vous étonne?) qui allie parfaitement fond et forme, critique métaphorique, phases simples et kiff intégral. Et quand le clip est une merveille, cela rajoute encore du cachet au morceau. Plus encore que la beauté de ses plans ou les jeux de lumière, ce sont sa structure et sa construction visuelle qui détonnent. Il est d’ailleurs la suite directe du dernier clip de Lefa, Fame (dont on retrouve même des plans identiques), et ça c’est un détail qui fait toujours mouche. Un excellent morceau à écouter à fond en se promenant sous le coucher de soleil, tant que les soirées sont encore douces et agréables.
  • Lover (Taylor Swift – Lover) : La sortie du septième album de Taylor Swift est en totale rupture avec ce à quoi la chanteuse nous avait habitués jusqu’alors. Dans Lover, on y retrouve de la pop avec des pointes de synthé, beats éléctros et de dream pop. L’ambiance y est plus douce, fleurie mais également plus mélancolique et la chanteuse y livre ses émotions : tristesse, peurs, famille, amours, amitiés,… c’est également une véritable amoureuse de l’amour.
    Le morceau Lover est LE slow : entêtant, sensible, fleur bleue, c’est une véritable ode à l’amour. Ne parlons même pas des nombreux indices et oeufs de Pâques cachés dans la vidéo et dans les paroles, petit jeu auquel Swift est une experte. Pour n’en mentionner que deux : chaque pièce de la maison représente un album de la chanteuse (verte pour Taylor Swift, mauve pour Speak Now, jaune pour Fearless, rouge pour RED, bleue pour 1989, grise pour Reputation et rose pour Lover) et certaines paroles laissent penser à un possible mariage prévu pour 2020, en particulier le pont qui ressemble à des voeux de mariage.
  • Reste (Maitre Gims et Sting – Ceinture noire) : Gims continue de défendre son album Ceinture noire. Déjà écoulé à plus de 700 000 exemplaires, ce troisième disque aux tubes multiples incluant (La MêmeCaméléon…) a récemment été agrémenté d’une nouvelle réédition qui se nomme Transcendance. Au programme, 13 nouveaux titres dont des duos avec Vitaa (En secret), Maluma (Hola Senorita) ou encore Sting avec le titre Reste. Cette chanson prouve la belle complicité entre les deux hommes. En effet, le rappeur français a fait appel à la légende anglaise Sting pour partager le titre Reste qui a tout pour devenir un tube. Le duo se retrouve sur ce morceau après leur collaboration sur Gotta get black my baby pour sceller leur amitié musicale autour d’une chanson qui évoque une personne obsédante ! Le single s’illustre désormais d’un clip : le Britannique y apparaît seul, marchant vers le métro avant que les rames ne se mettent à s’illuminer. A l’intérieur, des danseurs effectuent des chorégraphies en imaginant des scènes de vie. Au milieu de tout cela, entre deux arrêts, les artistes affichent leur complicité ! Un clip sans nudité, sans drogue, sans prostitution ou encore sans alcool mais avec du talent à l’état pure. Le titre va nous faire changer de rame, c’est une certitude. 
  • Heavenly (Cigarettes After Sex – single) : À l’approche de la sortie de l’album Cry le 25 octobre prochain, c’est un avant-goût séduisant qu’offre le groupe texan désormais emblématique du shoegazing. Ce sous-genre de rock alternatif aux textures sonores singulières emmène celui qui les écoute dans un univers flou et jouissif. Avec Heavenly, Cigarettes After Sex ne fait pas exception à la règle et nous révèle une mélodie douce, troublante, se mêlant divinement à la voix captivante du chanteur Greg Gonzalez. À écouter d’urgence.
  • Comment on s’aime (Toma – single) : Difficile de dire si Toma apprécie de se retrouver dans ces playlists mais une chose est sure, il fait tout pour s’y être. Révélé au grand public dans l’album Muhammad Alix de Kery James (tiens, on le retrouve plus haut lui aussi) au sein duquel il est présent sur deux morceaux, il prend petit à petit son envol dans sa carrière solo.  Il faut dire que sa musique est un cocktail explosif de puissance, de sincérité, d’efficacité et de sentiments qui permet de toucher un panel assez large. Son style d’écriture très direct peut parfois faire paraître son texte comme un peu faible mais ce n’est qu’une illusion. Des phrases et des mots simples pour cacher de nombreux messages, c’est la marque du talent d’écriture et Toma les maîtrise à la perfection. Après son remuant morceau Hypersensible avec Dosseh, il nous offre cette fois un puissant cri du coeur d’un homme qui se noie lentement dans la tournure actuelle de nos sociétés. Remise en question des relations humaines, de la justice, de l’impact de l’être humain, du rôle des médias, de la disparition progressive du rêve, et tout ça résumé dans une difficulté énoncée de comprendre et de se faire comprendre. Une écriture aussi puissante que sa voix éraillée, à foutre des frissons.

Journa’Lîdje

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