Pourquoi certains pays changent-ils de capitale ?

Pourquoi certains pays changent-ils de capitale ?

Certaines capitales telles que Londres, Tokyo ou Rome sont si emblématiques qu’elles incarnent véritablement l’âme d’un pays. Cependant, il arrive parfois qu’une nation change de capitale pour des raisons diverses. C’est notamment le cas de l’Indonésie qui a récemment décidé de délocaliser son pouvoir hors de Jakarta. Coup d’oeil sur une pratique plus répandue qu’on ne le pense.

Jakarta se noie sous les eaux ! Bâties sur des marécages et proches du confluent de treize rivières, les fondations de la ville sont extrêmement fragiles. D’autant que la construction de nouveaux bâtiments et grattes-ciels, le développement fulgurant, la circulation intense et la mauvaise planification urbaine n’ont rien arrangé. Tout ça amène des conséquences tragiques pour la capitale indonésienne : Jakarta s’affaisse de 25 cm par an dans certaines zones, soit le double de la moyenne mondiale des grandes villes côtières. De nombreuses parties de la ville se trouvent désormais à quatre mètres sous le niveau de la mer ce qui place des millions de personnes à la merci de catastrophes naturelles. En plus, le phénomène pourrait s’aggraver considérablement avec la hausse du niveau des mers et des océans provoquée par le réchauffement climatique.

Le gouvernement indonésien a déjà tenté de construire des murs de bétons mais l’eau s’y est déjà infiltrée. Les autorités locales se penchent maintenant sur de nouvelles idées dont un projet de construction d’îles artificielles dans la baie et d’un immense mur côtier qui pourraient faire tampon à la mer de Java. Mais cette solution à un coût considérable de 40 milliards de dollars et c’est sans doute ce qui pousse les autorités à délocaliser la capitale. Une situation qui n’améliorera pourtant pas le sort d’une partie des dix millions de Jakartanais condamnés à vivre dans cette mégalopole ébranlée et engorgée.

Jakarta sous eau ©pointculture.be

La Birmanie migre pour plus de sécurité

Naypyidaw est la nouvelle capitale de la Birmanie depuis 2005. Cette ville construite à partir de rien dans le plus grand secret, au beau milieu de la jungle par la junte militaire au pouvoir a remplacé Rangoun, il y a 14 ans. Les raisons de ce changement restent assez floues. Une des explications est que la position centrale de cette ville neuve dans le pays devait permettre à la population d’y accéder plus facilement. Néanmoins, la motivation sécuritaire pourrait avoir été le principal enjeu pour le pouvoir. De cette manière, il pourrait mieux s’y protéger en cas d’invasion étrangère qu’à Rangoun, située en bord de mer. Il pourrait ainsi mieux réprimer une révolte de la population. Les raisons de ce déménagement n’ont d’ailleurs jamais été totalement éclaircies et rien n’est totalement sûr.

Naypyidaw, la nouvelle capitale artificielle de Birmanie
©easyvoyage.com

En Malaisie, de Kuala Lumpur à Putrajaya

Alors que Kuala Lumpur reste la capitale officielle, le gouvernement malais décide en 1999 de faire de Putrajaya sa capitale administrative. Située à seulement une vingtaine de kilomètres au sud, la ville artificielle est reliée à Kuala Lumpur par un train rapide et se trouve à proximité de la nouvelle ville de Cyberjaya, spécialisée dans les nouvelles technologies et surnommée « la Silicon Valley asiatique ». Le but du gouvernement ? Faire de Putrajaya la vitrine d’un pays moderne (la ville est entièrement gérée par informatique) qui se tourne vers la préservation de la planète (elle compte de nombreux lacs et espaces verts et a été construite sur d’anciennes plantations de palmiers). Cette décision du gouvernement s’est donc inscrite dans un désir d’offrir une ville plus verte et plus respirable à la population.

Putrajaya, capitale administrative de la Malaisie
©civitalis.com

Un besoin de neutralité au Nigéria

Au Nigéria, Abuja succède à Lagos. Cette mégalopole côtière était la capitale du Nigéria depuis son indépendance en 1960. Lagos était dominée par le groupe ethnique des Yorubas, ce qui pousse le gouvernement à transférer la capitale à Abuja, située au centre du pays et dans une zone plus neutre. La capitale ne peut ainsi plus être assimilée à aucune des ethnies qui composent le pays. La décision du changement est prise en 1976 mais la ville ne deviendra capitale qu’en 1991. Aujourd’hui, ce choix semble avoir porté ses fruits, puisque Abuja compte plus de 2,5 millions d’habitants dans son agglomération. Comme sa prédécesseure, elle est engorgée et surpeuplée.

Abuja, capitale du Nigeria depuis 1991
©economictimes.com

Yamoussoukro croque le passé colonial ivoirien

En 1983, le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny décide de se doter d’une capitale qui n’a pas été choisie par les colons. C’est ainsi qu’il inaugure le nouveau centre de pouvoir de Côte d’Ivoire : Yamoussoukro. Cette nouvelle capitale l’est essentiellement sur le papier car l’activité économique reste concentrée à Abidjan et l’intégralité des présidents ayant succédés au père de l’indépendance ivoirienne ont choisi de siéger dans l’ancienne capitale. Cela semble tout de même étonnant car Yamoussoukro ne manque pas de bâtiments majestueux à l’instar de la basilique Notre-Dame de la Paix, le plus grand édifice religieux catholique du monde.

Basilique Notre-Dame de la Paix à Yamoussoukro, capitale de la Côte d’Ivoire
©wikipedia.com

Le Belize soumis aux aléas climatiques

En 1961, l’ouragan Hattie raye de la carte Belize City, la capitale du Honduras britannique qui est aujourd’hui le Belize. Trente années plus tôt, cette ville située en bord de mer avait déjà été fortement endommagée par une tempête. C’est pourquoi les autorités du pays proche du Mexique et du Guatemala ont décidé de transférer la capitale vers un endroit moins exposé. C’est vers 1970 que s’opère le déménagement vers Belmopan, une ville nouvelle créée spécialement pour recevoir le gouvernement et l’administration.

Belmopan, capitale du Belize
©maps-belie.com

Du carnaval de Rio de Janeiro à la beauté de Brasilia

En 1956, le président brésilien Juscelino Kubitschek veut pallier au surpeuplement de la capitale Rio de Janeiro et mieux répartir l’activité économique. Il décide alors de créer une toute nouvelle capitale : Brasilia. De cette manière, il parvient à répartir plus équitablement toutes les richesses et la population de son pays qui jusque-là se concentraient exclusivement sur la côte avec Rio et Sao Paulo. La nouvelle capitale est inaugurée en 1960 après seulement quatre années de chantier. Les trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) ont ainsi été déplacés à Brasilia. Cette ville semble aujourd’hui avoir rencontré le succès car elle compte pas loin de 2,5 millions d’habitants. La nouvelle capitale est l’oeuvre d’Oscar Niemeyer, célèbre architecte et designer brésilien du 20e et 21e siècle mort en 2012, ainsi que de Lucio Costa, architecte et urbaniste brésilien du 20e siècle mort en 1998.

Brasília, capitale du Brésil
©planete3w.fr

La guerre transforme l’Allemagne

En Allemagne, ce sont les changements politiques qui ont entraîné les différents transferts de capitale. C’est ainsi que la première ville mère fut Francfort pendant près de 60 ans avant de laisser son trône à l’actuelle Berlin de 1870 à 1945. Mais ce n’est un secret pour personne, après la guerre, l’Allemagne est divisée en République démocratique d’Allemagne à l’Est et en République fédérale d’Allemagne à l’Ouest dès l’année 1949. Bonn devient alors la capitale de l’ouest et Berlin celle de l’est. Ce n’est qu’en 1990, après la chute du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne que Berlin réoccupera le statut officiel de capitale fédérale allemande. Ville de tradition, Berlin était déjà le choix du Royaume de Prusse avant la première unification allemande.

Berlin
©letudiant.fr

Au Kazakhstan, Almaty tremble et cède sa place

Almaty a été la capitale du Kazakhstan de 1929 à 1997. Située proche des montagnes Tian Shan, la ville est sujette à une forte sismicité et est fréquemment touchée par des tremblements de terre. Cette prise de risques perpétuel pousse le gouvernement kazakh à transférer sa capitale plus au nord dans la ville d’Astana, localisée au coeur de la steppe kazakhe.

Le 20 mars dernier, Astana est devenue Noursoultan, en l’honneur du président sortant Noursoultan Nazarbaïev, seul dirigeant kazakh depuis la fin de l’Union Soviétique. Ce changement de nom a été approuvé sous l’impulsion du nouveau président par intérim Kassym-Jomart Tokaïev qui souhaitait rendre hommage à son prédécesseur. Construite sur d’anciens marécages et comptant d’imposants gratte-ciels et des bâtiments ultramodernes, Noursoultan a déjà accueilli de nombreuses rencontres diplomatiques, comme l’Exposition universelle de 2017 ainsi qu’une réunion autour de la question syrienne. Il est important de noter que Nazarbaïev était président du Kazakhstan depuis son indépendance en 1991. Très autoritaire, il a été réélu à cinq reprises malgré le fait qu’il ait exercé un contrôle total sur le pays durant trois décennies, laissant peu de place à l’opposition ou la liberté de presse.

Astana récemment devenue Noursoultan, capitale du Kazakhstan
©wikivoyage.org

De nombreux pays et leurs gouvernements dans le monde entier, ont déplacés leur capitales d’une ville à l’autre ou ont accepté de changer le nom de leurs capitales pour des raisons diverses et variées. Tous ces changements sont peut-être une façon pour ces pays de tirer un trait sur une partie de leur passé et d’affirmer leur volonté de se tourner dès à présent vers leur futur.

Tchoupi

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