L’Islande commémore un ex-glacier pour alerter

L’Islande commémore un ex-glacier pour alerter

Commémorer pour ne pas oublier. C’est le choix qu’a fait l’Islande pour les cinq ans de la « disparition » du glacier Okjökull, une première sur l’île. Le pays espère réveiller les consciences avant qu’il ne soit trop tard.

« Pour avoir le statut de glacier, sa masse de glace et de neige doit être assez épaisse pour qu’il se déplace grâce à son propre poids »

Oddur Sigurdsson, géologue

L’Okjökull a été déclassé en 2014 par les glaciologues car la glace qui recouvrait encore 16km² de surface en 1890 n’était plus que de 0,7km² en 2012. Rayé des cartes et des radars, il est désormais considéré comme de la « glace morte », des résidus de glace qui subsistent après la fonte d’un glacier.

Ce 18 août, une plaque commémorative sera posée sur le site de l’ancien glacier dans l’ouest de l’île. Il s’agit du premier monument de ce genre érigé en cet honneur. « En marquant le décès de l’Ok, nous espérons attirer l’attention sur ce qui se perd à mesure que les glaciers de la Terre disparaissent » explique l’anthropologue Cymene Howe, instigatrice du projet. Le « glacier Ok » est le premier du pays à avoir perdu son statut à cause du réchauffement climatique qui menace également de disparition ses 400 autres congénères.

Le texte en lettres d’or de la plaque commémorative de l’Okjökull © Rice University

Les chercheurs espèrent sensibiliser la population face au déclin des glaciers et aux effets du changement climatique. La plaque aux lettres d’or titrée « Une lettre pour l’avenir » arborera l’inscription « Tous nos glaciers devraient connaître le même sort au cours des 200 prochaines années. Ce monument atteste que nous savons ce qui se passe et ce qui doit être fait. Vous seuls savez si nous l’avons fait. » Les auteurs y ont également apposé la mention « 415 ppm CO2 » en référence au niveau record de concentration de dioxyde de carbone enregistré dans l’atmosphère en mai dernier.

Selon une étude de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publiée en avril, près de la moitié des sites du patrimoine mondial pourraient perdre leurs glaciers d’ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel. « Ces masses de glace sont les plus grandes réserves d’eau douce de la planète et, congelées en leur sein, l’histoire de l’atmosphère » conclut Cymene Howe.

Si la situation ne s’améliore pas, l’initiative islandaise pourrait bientôt être imitée par d’autres pays en lutte avancée contre la détérioration de leurs massifs glaciaires. D’une taille équivalente au territoire français, le glacier du Totten en Antarctique, l’un des plus grands du continent, est surveillé de très près depuis plusieurs années car sa santé ne cesse de se dégrader. Sa fonte pourrait provoquer une hausse considérable et dévastatrice du niveau de la mer. Plus au Nord, la vitesse de fonte des glaciers du Groenland a été multipliée par quatre en seulement dix ans à cause de la hausse des températures. Le pays vient d’ailleurs de perdre 197 gigatonnes de glaces de surface en juillet 2019, soit plus que la moyenne annuelle depuis le passage au 21e siècle.

Le monument commémoratif de l’Okjökull doit ainsi servir d’alerte mais également de preuve de culpabilité. Il rappelle le rôle et l’impact de l’être humain dans la conjoncture actuelle du globe et la disparition progressive de la biodiversité terrestre. Mais il tend également à mettre en évidence que cette situation est un choix et non un effet secondaire oublié : nous sommes au courant, et si rien ne change c’est qu’on en aura décidé ainsi, mais notre culpabilité est engagée. Il sera dès lors impossible de se dédouaner ou de trouver des excuses. Si il est peut-être encore temps d’agir, il n’est déjà plus l’heure de traîner.

ALVARRO

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