La végétalisation des centres-villes, une solution innovante

La végétalisation des centres-villes, une solution innovante

La canicule de ce mois de juillet 2019 nous l’a encore rappelé : il est urgent de réagir et de s’adapter aux évolutions climatiques. Pour lutter contre les îlots de chaleurs et la désertification des métropoles, la végétalisation des centres-villes s’est imposée comme la solution la plus efficace. En quoi cela consiste-t-il?

Ces dernières années, les actions (collectives comme individuelles) pour la protection de l’environnement et la lutte climatique se sont démocratisées puis intensifiées. Mais la pratique ne date pas d’hier. Certaines villes ont en effet pris de l’avance et se positionnent désormais comme les références en termes de végétalisation. Coup d’oeil sur quatre d’entre elles, dans quatre pays différents.

Utrecht, Pays-Bas. Entendre le bourdonnement des abeilles tout en attendant son bus est devenu une réalité dans cette ville du centre du pays. La quatrième métropole hollandaise a en effet décidé de fleurir le toit de 316 abris-bus dans le cadre d’un vaste projet de végétalisation de son centre-ville. L’objectif de cette mesure est triple : améliorer la qualité de l’air, rafraîchir l’atmosphère et offrir un espace de butinage aux abeilles dont la population décline dangereusement. Outre la floraison de son toit, chaque abri-bus est équipé d’un banc en bambou et de lampes à basse consommation. Il est également prévu qu’ils soient dotés de panneaux solaires dans les mois à venir.

Abri-bus utrechtois fleuri © De stad van Utrecht

La ville s’attaque parallèlement directement aux bus puisque 55 d’entre eux viennent d’être remplacés par des modèles électriques. Ils seront, à terme, entièrement suppléés avec l’ambition de disposer d’une flotte de transports en commun neutre en carbone d’ici 2028. Une mesure d’autant plus intéressante que l’approvisionnement de ces véhicules électriques ne dépendra pas de l’énergie nucléaire, très peu utilisée aux Pays-Bas.

Le choix de la ville d’Utrecht d’opter pour une floraison des toitures des espaces publics a déjà rencontré ses adeptes puisque l’engorgée Singapour a récemment adopté la même technique sur le toit de ses bus pour pouvoir se passer de climatisation. La verdure directement installée en centre-ville permet également de capter la poussière fine émise par les véhicules et de stocker l’eau de pluie.

Bruxelles, Belgique. En tant que capitale de l’Union européenne, BX se devait de montrer l’exemple et elle n’a pas fui ses responsabilités. Étouffée par la circulation, la ville de Jacques Brel s’est donnée de l’air en grimpant à ses façades : elle autorise et encourage même financièrement ses habitants à végétaliser leur façade côté rue pour favoriser la respiration de son coeur et l’embellissement de ses artères. Bruxelles octroie ainsi une prime, à hauteur de 75% du prix des travaux sur un maximum de 100€ par bâtiment (renouvelable tous les 5 ans), « pour la plantation d’une plante grimpante mellifère et/ou indigène sur la façade d’une habitation visible de la rue. »

Façade verte à Bruxelles © architectura.be

Outre la végétalisation des façades, la ville encourage également l’aménagement de toitures vertes via une prime à l’énergie pouvant grimper à 30€/m². Son vaste réseau de transports en commun et ses nombreuses « tâches vertes » (grands et petits parcs, espaces verts,…) tendent également à la régulation des conséquences climatiques.

Le concept est innovant mais recueille surtout une foule d’avantages : protection de la façade contre l’humidité, meilleure isolation thermique et acoustique du bâtiment, amélioration du microclimat (rafraîchissement et humidification de l’air autour du bâtiment), assainissement de l’air (fixation des poussières et de certains polluants), enrichissement de la biodiversité (nourriture et refuge pour les insectes et les oiseaux), renforcement du « maillage vert » et embellissement du quartier en rendant le cadre de vie plus agréable.

Angers, France. Lauréate du classement national des « villes vertes » qui salue la place donnée à la nature et au fleurissement, la ville de Maine-et-Loire est la fierté écologique des Hexagonaux. Elle fait partie des 10 villes en France qui portent le label « Fleur d’Or » et est labellisée comme « ville verte » car aucun produit phytosanitaire n’est utilisé dans ses espaces verts. On ne retrouve aucun produit chimique malgré le nombre élevé de mètres carrés d’espace vert par habitant (100m², le taux le plus important du pays). Dans ses rues, on retrouve aussi bien des zones de parcs naturels (on peut croiser des vaches en plein coeur de la ville) que des parcs plus classiques « à la française » pour permettre à tout un chacun de trouver des lieux végétalisés qui lui plaisent. Chaque habitant dispose ainsi d’un espace vert dont il peut profiter à moins de 500m de chez lui.

Végétalisation de la gare d’Angers © Lumières de la Ville

Mais l’avancée principale de l’Athènes de l’Ouest, c’est la responsabilisation de ses habitants. Via la mise en place de « mini-jardins » qui coupent des portions de trottoirs et dont ils doivent s’occuper, les Angevins sont partie active de la végétalisation et du fonctionnement de leur ville. Aujourd’hui, 400 de ces « mini-jardins » sont opérationnels et le chiffre ne fait que progresser. À côté, les autorités organisent également la plantation d’arbres fruitiers et proposent des lieux de cueillette libre dans certains parcs.

En amenant de la nature dans une zone très minéralisée, on améliore la qualité de vie et de l’air et on fait baisser la température de la zone. Cela permet une amélioration globale de l’environnement. La Place du Ralliement est ainsi entièrement revégétalisée tous les trois mois, pour une efficacité optimale.

Lausanne, Suisse. Lovée sur les rives du lac Léman, Lausanne est une ville plutôt paisible où il fait bon vivre. Et cette situation, elle la doit sans doute à sa proche voisine de Genève, première ville suisse végétalisée, dont elle a décidé de s’inspirer. Comme Bruxelles, Genève a opté pour le « maillage vert » à coups de patchwork de verdure et de « parcs de poche » (l’infrastructure de la ville ne lui permet pas de mettre en place de grands espaces verts, elle grignote ainsi mètres par ci et mètres par là). Mais de l’autre côté du lac, Lausanne est déjà encerclée par les forêts du Jorat et paraît mieux protégée contre les aléas climatiques. Pourtant, malgré les 26m² de surface végétalisée par habitant, les îlots de chaleurs y accentuent les effets des fortes chaleurs et Lausanne a du réagir.

Toitures végétalisées à Lausanne © SVIT

Depuis 2015, la ville a lancé un programme de financement de toitures végétalisées pour y remédier : elle a fait de ses 2.000 toitures plates un atout et les subventions peuvent s’élever à 650.000 francs suisses pour les bâtiments privés contre 500.000 pour les toitures publiques. Les plantes positionnées sur les toits ne sont pas choisies au hasard puisqu’elles doivent jouer un rôle de rétention d’eau : « Les plantes utilisent l’eau disponible en toiture dans le substrat pour grandir et, en transpirant, vont libérer une vapeur d’eau bienvenue en été. » Une végétation dense et diversifiée en toiture permet de rafraîchir l’atmosphère.

Genève et Lausanne ne seront bientôt plus seules puisque l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) vient de lancer le programme « Adaptation aux changements climatiques » dont le projet pilote a permis à Sion d’aménager de grandes zones vertes. Si ses habitants sont caricaturés comme lents et las, la Suisse a pourtant pris de vitesse la totalité de ses voisins en termes d’adaptation et d’innovation climatique.

Les exemples de villes vertes et innovantes ne s’arrêtent évidemment pas là mais il était important de considérer quatre cas proches de nous qui démontrent que les solutions peuvent aussi exister ici. Essen, Ljubljana, Bristol et Copenhague ont de quoi faire pâlir les autres villes européennes et pourraient faire l’objet d’un article dédié tant leur évolution fut fulgurante. En attendant, on espère que le cas de ces quatre villes d’Europe occidentale puissent rendre leurs voisines vertes… de jalousie.

ALVARRO

One Reply to “La végétalisation des centres-villes, une solution innovante”

  1. On ne peut que se réjouir de la prise de conscience de certains élus et attendons avec impatience que cela se multiplie. Je trouve personnellement les façades végétaliséés dans les villes très inspirantes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *