5G : la fausse bonne idée

5G : la fausse bonne idée

© Economie et société

Elle ne cesse de susciter attentes comme promesses. La 5G fait de plus en plus parler d’elle et s’apprête à entrer en fonction dans les années à venir. Pourtant, de nombreux experts fustigent cette course à la technologie et tentent d’alerter pouvoirs publics et consommateurs. Voici les raisons de freiner l’engouement autour de la 5G.

Vous connaissez régulièrement des problèmes avec votre connexion 4G? Non? Le secteur des réseaux mobiles a pourtant décidé que la technologie était « dépassée » uniquement parce qu’existe la possibilité d’épouser un niveau supérieur encore. Bienvenue dans ce monde toujours plus pressé qui ne peut se penser sans la course folle aux nouvelles technologies, dans laquelle il se lance pour tenter d’oublier la majorité de ses autres problèmes. La 5G, une suite logique de la 4G? Non, juste une suite « nécessaire » pour ce modèle de société. Mais cette nécessité implicite doit tout de même être remise en cause.

Des opérateurs qui commencent à rétro-pédaler

Aujourd’hui ça y est, on nous l’annonce : la 5G frappe aux portes de l’Europe. Enfin frappe tout est relatif, elle tapote à la limite, et encore. On est en effet pas près d’utiliser cette technologie « révolutionnaire » car elle n’est tout simplement pas prête. Comme le soulignent plusieurs experts, « on n’a pas vu tant de promesses que ça de la part des opérateurs. En Europe, ils semblent avoir appris des erreurs faites lors du lancement de la 3G. » Pour rappel, la promesse d’un Internet mobile avait mis plusieurs années avant d’être réellement opérationnelle, d’autant plus que le premier téléphone adapté, l’iPhone 1, n’est sorti que trois ans plus tard en 2007.

Certains opérateurs, Ericsson en tête, commencent d’ailleurs déjà à remettre en question la hype actuellement créée autour de la cinquième génération car « trop parler pourrait susciter trop d’attentes et le grand public risque d’être déçu par les capacités réelles des premiers réseaux. »
D’après les sondages des opérateurs, les consommateurs espèrent en effet la livraison à domicile par drone, du cinéma en réalité virtuelle, des robots ultra connectés et même la possibilité de passer des appels en hologramme. Autant de services qui ne sont clairement pas pour demain. Ericsson rappelle d’ailleurs « [qu’]il faudrait un réseau qui coûterait une fortune à déployer avec un retour sur investissement incertain. »

L’illusion de l’extension de réseau

Mais la principale attente autour de la 5G concerne sa vitesse de connexion, espérée bien supérieure à celle de sa petite soeur 4G. L’opérateur suédois tend à tempérer cet enthousiasme excessif : « on promet du temps réel et très peu de latence, ce qui ne sera une réalité qu’en 2023-2025 minimum […] ce sera une technologie révolutionnaire mais sur le long terme. » Des déclarations appuyées par plusieurs experts qui avancent également l’argument de la non-nécessité : « quand on voit les services existants aujourd’hui, avec un bon niveau de couverture 4G, l’intérêt de la 5G n’apparaît pas évident. » La plupart des acteurs et suiveurs se rejoignent d’ailleurs sur la durée d’évolution, estimant que la migration vers la 5G se fera progressivement dans les cinq prochaines années.

L’industrie des réseaux mobiles nous vend également l’apparition d’un réseau gigantesque permettant une connexion « partout de tous les instants » mais soyons un petit peu réalistes quelques secondes. Déjà actuellement, il n’y a même pas de 4G ni même de 3G dans pas mal d’endroits (ne serait-ce qu’en Belgique et France, ne parlons même pas du reste du monde), il est donc ridicule et totalement illusoire d’imaginer que l’on aura de la 5G, technologie bien plus compliquée à relayer, en tout endroit. Comme le rappellent plusieurs experts, « seules 15% des connexions dans le monde se feront en 5G en 2025. Cela va encore rester une technologie relativement limitée », démontant l’argument de l’extension de réseau.
Soyons clairs, la cinquième génération comportera pas mal d’avantages de connexion en ville mais ne servira presque pas dans le reste du paysage, beaucoup de régions et de pays resteront donc en retard des « grandes pôles/nations évolué(e)s. » Plus encore, cette nouvelle inégalité des faits creusera même davantage le fossé entre les pays « développés » et les autres.

C’est en médecine que les retombées de la 5G pourraient être les plus bénéfiques puisqu’elle permettra une meilleure gestion des différents réseaux et l’installation de matériel plus performant encore, mais là encore il existe des coquilles. La technologie médicinale sera la même sous la 5G, elle sera juste utilisable sans fil, mais ne plus avoir de fil est-ce vraiment une raison convaincante? N’est-ce pas un peu beaucoup de changements et de risques pour un petit détail? L’autre argument médicinal concerne les interventions sur place, lors desquelles la cinquième génération permettrait d’emporter sur place du matériel connecté de meilleure qualité. On en revient cependant au point précédent : cela fonctionnera bel et bien en ville mais dans les campagnes, ce fabuleux matériel ne disposera d’aucune connexion (ou d’une qualité de connexion très amoindrie) et ne sera par conséquent pas plus efficace que le système actuel.

Une technologie qui comporte pas mal d’effets secondaires

Nous venons de le voir, l’arrivée effective de la cinquième génération de réseaux mobiles ce n’est pas encore pour tout de suite. Un petit délai dont aimeraient profiter de nombreux scientifiques et médecins puisque 180 d’entre eux viennent de publier un moratoire sur l’élargissement de la 5G. Ils y appellent à prendre des mesures fondées sur le principe de précaution et à faire preuve de retenue jusqu’à ce que soient étudiés les risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement. Ils craignent également les problèmes que causeraient les immenses aménagements en matière d’infrastructure nécessaires à la mise en place d’une telle technologie.

La rapidité de connexion sera l’avantage premier de la cinquième génération mais le rendu attendu est actuellement infrastructurellement impossible à mettre en place. Les différentes générations demandent toujours plus de bande passante, qui sont déjà surchargées, mais la 5G est destinée à utiliser des fréquences supérieures aux bandes déjà utilisées et donc à utiliser des bandes neuves. Oui mais dans les faits, ça pose pas mal de problèmes. Pour faire simple, la 4G a recours à des fréquences en-dessous de 6 GHz (gigahertz) tandis que la 5G exploitera des ondes (dites « millimétriques ») dont la fréquence évoluera entre 30 et 300 GHz. L’inconvénient? Plus la fréquence est haute, moins bonne est la portée. De (nombreuses!) nouvelles antennes seraient dès lors nécessaires pour acheminer les réseaux. Et pas qu’un peu! puisqu’elles ne pourraient plus être espacées de plus de 10 à 12 maisons, soit un nombre inimaginable d’antennes sur la surface d’une ville par exemple. Et qui dit plus d’antennes-relais dit une exposition forcée aux ondes considérablement accrue, sans parler évidemment de la quasi destruction de l’urbanisme et des risques importants pour la faune. D’après les prédictions d’experts, il faudra s’attendre à plus ou moins 10 à 20 milliards de connexions sans fil simultanées avec la mise en place de ce réseau 5G.

Plus d’exposition directe donc et pour quelles conséquences? La première c’est le regroupement des différentes technologies qui émettraient désormais toutes ensemble et plus de manière séparée. Actuellement, les ondes radio ne posent pas de problèmes sanitaires car elles sont gênées (à défaut d’être entièrement bloquées) par différents obstacles tels que le verre, la pluie ou les arbres mais la multiplication des relais radio (toutes les 10 à 12 maisons comme dit plus haut) apporterait une exposition permanente aux rayonnements qui ne seraient plus que très faiblement diminués par les obstacles d’aujourd’hui.
Le regroupement des réseaux amène également le problème des micro-ondes dont les longueurs sont très courtes et les fréquences très hautes : la plupart utilisent des fréquences supérieures à 20 GHz, taux à partir duquel les ondes réussissent à passer au travers de la peau. Les ondes millimétriques peuvent également causer des douleurs physiques car nos nocicepteurs interprètent les ondes comme des stimuli nuisibles et génèrent des signaux de douleurs. Les scientifiques et médecins anticipent ainsi une augmentation des maladies de peau (cancers de la peau principalement) et des sensations de douleurs à moyen et long terme en cas d’adoption des réseaux 5G vers lesquels nous nous dirigeons actuellement (si le tir n’est pas corrigé d’ici les échéances 2023-2025).

Si la hype de la cinquième génération semble tout doucement s’estomper du côté des opérateurs, qui ne veulent pas brûler leur “précieux”, il faudrait peut-être qu’elle retombe également du côté des consommateurs. De nombreuses études sont toujours en cours concernant les risques potentiels réels de cette explosion des ondes à telle portée mais les scientifiques compétents et les médecins ne cessent de mettre en garde. On ne connaît actuellement pas encore toutes les conséquences sanitaires et environnementales d’une telle mise en place et il serait très mal venu de considérer cette ignorance d’un simple « oh ben on verra bien à ce moment là… »
Le progrès et les avancées technologiques c’est très bien mais attention, il ne faut pas y aller trop vite. Prenons notre temps, analysons la totalité des avantages et des inconvénients et attendons les résultats des différentes études sanitaires et environnementales encore en cours pour prendre une décision. Puis finalement, on est pas mieux avec notre « petite 4G dépassée »?

ALVARRO

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