Édito | L’Europe à l’épreuve de l’ « anti-système »

Édito | L’Europe à l’épreuve de l’ « anti-système »

« Toujours les mêmes », « tous les mêmes », « rien ne change »,... Diverses manifestations pour un même discours : le ras-le-bol grandissant d’une population qui ne se sent plus représentée ni respectée par ses partis politiques. Des mécontentements somme toute habituels arguerez-vous mais cette fois la grogne sociale s’est muée en douleur sourde.

Le trop vieux volcan que l’on croyait éteint tousse à nouveau et il ne faudrait pas se risquer à le réveiller. Bien conscients de ce possible tremblement de terre sociétal, certains agitateurs sont récemment arrivés sur le chantier pour transformer ces fissures tectoniques en failles sismiques. Rois de la pêche à la ligne éditoriale, ils ont lentement appâtés des poissons humanoïdes qui mordent de plus en plus à l’hameçon du rejet. Un rejet non pas de l’autre, non pas de soi, mais de la structure de nos sociétés. Lorsque l’on observe les tendances politiques à la hausse au sein de l’Union européenne, il serait de terrible mauvaise foi de ne pas reconnaître un véritable virage engagé sur une partie assez importante du territoire.

Malgré des contextes et objectifs parfois opposés, l’Europe fait désormais face à une montée en grade de nombreux candidats dits « anti-système ». Il n’est pas ici question de porter un jugement de valeur ni de fond sur cette tendance car chaque situation est globalement différente et il ne faudrait pas faire de généralisation. Mais les chiffres et les faits sont là et on ne peut les nier. Sur les 27 pays membres de l’Union européenne, des candidats associés à cette notion d’« anti-système » ont obtenu plus de 15% de votes dans 8 d’entre eux. Si les plus connus épousent une idéologie radicale, comme c’est le cas du Front National de Marine Le Pen, les mouvements italiens 5 étoiles et la Ligue ou le Fidesz de Viktor Orban en Hongrie, d’autres prônent davantage un progressisme nécessaire à leurs sociétés. C’est notamment le cas de Zuzana Caputova, première femme présidente de Slovaquie, favorable aux droits des homosexuels et tout fraîchement élue, et de Volodymyr Zelensky, humoriste de formation devenu favori à l’élection présidentielle ukrainienne. Le point commun entre les deux trublions? Une lutte acharnée contre la corruption et la promesse d’un nouveau modèle politique. Outre ces exemples aux portes du pouvoir, notons également le président bulgare Roumen Radev et les étoiles montantes Ivan Pernar en Croatie et Dan Barna en Roumanie. Et nous ne parlons même pas des pseudo « anti-système » comme Macron ou Mélenchon.

Comme on peut le voir, les « anti-système » comme ils s’auto-proclament ont lentement grimpé les échelons dans l’ombre des partis traditionnels mais frappent désormais aux portes de l’Europe. Une situation généralisée qui devrait sans doute alerter davantage nos représentants belges et européens : les citoyens en ont marre de râler contre le pouvoir en place, ils veulent maintenant du changement et commencent à s’engager sérieusement. Il serait peut-être temps de remettre au goût du jour « l’Union » de l’Europe, la (re)mise en place d’une Europe unifiée plutôt que la somme de pays européens.

ALVARRO

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