Le design, un domaine inutile?

Le design, un domaine inutile?

©Wallonie Design

Clio Brzakala est directrice de l’asbl Wallonie Design. Créée en 2005 par Paul-Emile Mottard et Jean-Claude Marcourt, l’asbl vise à faire du design un moteur de performance pour les entreprises wallonnes et valorise le métier de designer notamment à travers des expositions. Dans cette interview, je me suis fait l’avocat du Diable pour la confronter aux critiques et aux idées reçues sur le domaine du design.

Le design, c’est quoi? Dessiner une chaise sur laquelle on ne peut s’asseoir?

C’est notre combat au quotidien, montrer que le design, ce n’est pas ça. Trois éléments gravitent ensemble: la créativité, l’innovation et le design. D’un côté, il y a la créativité,  ensuite, l’innovation est la concrétisation de cette créativité et le design qui est la discipline permettant de transformer la créativité en innovation. « Donc la chaise chère et pas confortable, c’est du design mal fait ».

Ainsi, le design ne sert à rien.

Le design a permis à un grand nombre de personnes de vivre dans des espaces confortables. Le design c’est la production en série, il y a une réflexion sur la forme et la fonction. Ainsi, si certains mobiliers ont été produits par des menuisiers pendant plusieurs semaines, ils ont bénéficié du processus industriel et le design a permis une démocratisation de ces objets. Tout ce qui a une forme et une fonction a été « designé », comme un frigo ou une poignée de porte par exemple.

Sur le site de Wallonie Design, vous dites vous préoccuper de « Comment mieux se déplacer dans une ville? Comment mieux vivre un séjour à l’hôpital? »… Vous dites ça sérieusement?

Le travail d’un designer est différent de celui d’un architecte. Le designer ne va pas dessiner un édifice mais plutôt se concentrer sur les fonctionnalités. Le designer s’occupe également du design de service: avant, la poste se présentait avec des guichets et on remplissait les formulaires sur un petit coin de la table, aujourd’hui, il y a un espace ouvert pour remplir des documents. Les designers ont pensé à ce que le service soit centré sur l’utilisateur et réponde à l’objectif donné. Finalement, les objets et les espaces ne sont qu’une interface pour rentrer en contact avec le service. Ainsi, pour le séjour en hôpital, les patients s’ennuient beaucoup et les accompagnants ne savent pas quoi faire pour meubler l’attente. On va dès lors réfléchir à comment rendre le séjour agréable, comment faire pour que les accompagnateurs se sentent plus utiles.

Le design, ce n’est pas de la culture.

Justement, si. Le designer est ancré dans sa culture, il ne va pas produire la même chose et ne va pas répondre aux mêmes problématiques en Afrique ou en Amérique. Il va se nourrir de culture, des arts, du biomimétisme, va concevoir et dessiner, doit avoir une culture de l’histoire de l’art et de la culture générale pour développer une esthétique qui réponde aux besoins de sa cible. L’aspect culturel est donc très important dans le développement de son travail. Mais ce n’est pas que de la culture, il y a aussi de l’économie et de la technologie.

Vous avez trouvé le bon filon pour faire croire que les artistes servent à quelque chose, comme si les entreprises avaient besoin d’eux…

C’est, hélas, ce que pensent beaucoup d’entreprises. Elles disent encore ne pas vouloir travailler avec des artistes car elles doivent faire tourner une boîte, développer leurs affaires et payer leurs employés. Wallonie Design doit démontrer au quotidien que tout ce qui est artistique a une réelle valeur et qu’un designer n’est pas un artiste, il doit prendre en compte le business plan, la cible, les objectifs et les moyens techniques et financiers de l’entreprise. On n’est pas uniquement dans une approche artistique, on parle également de codage et de réalité augmentée.

Maintenant que ça a été créé et qu’on sait ce qu’est le design, Wallonie Design n’a plus d’intérêt.

Le jour où Wallonie Design n’existera plus, c’est parce qu’on aura bien fait notre travail. On est pas prêt d’avoir fini. Le but recherché est le suivant: lorsqu’une personne a besoin d’un logo, qu’elle fasse appel à un designer plutôt qu’à un graphiste. Il faudrait que pour chaque produit ou chaque service qu’on veut développer, on s’adresse à un designer.

Mina

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *