Playlist du mois #8 (février 2019)

Playlist du mois #8 (février 2019)

Conformément au titre de l’article, la rédaction de Journa’Lîdje publiera mensuellement une playlist musicale qui reprendra les chansons qui les auront le plus marqués le mois précédent. Plus encore qu’une simple liste, une courte description ou analyse sera proposée pour chaque son.
Les playlists seront divisées en quatre parties, chacune étant la playlist personnelle d’un des quatre rédacteurs en chef du site. L’ordre des chansons n’est pas représentatif d’une quelconque hiérarchie, seul un coup de cœur sera mis en évidence par section.
Ces publications mensuelles ont pour but le partage et la possibilité de découvertes musicales.

Playlist ALVARRO :

  • [Coup de cœur] Amiants (Shy’m feat Jok’Air – Agape) : après un début de carrière plutôt prometteur, Shy’m s’était un peu perdue dans un style certes rythmé mais terriblement gnangnan dans le texte à notre plus grand désarroi. Mais avec Amiants, elle revient très fort dans le coup!
    Écrite à deux mains avec son véritable ami Jok’Air, la Martiniquaise nous signe un morceau tout en poésie et mélodie qui fait plaisir à voir (ou écouter plutôt). Quatrième extrait de son prochain album intitulé Agape, Amiants parle d’une relation d’amour caché entre deux meilleurs amis qui refusent de s’avouer leurs sentiments. Et le texte ne verse pas dans le bateau grâce, notamment, à une construction très intelligente avec un couplet par protagoniste mais surtout un refrain à double temps entrelacés. La qualité d’écriture participe également à la mélodie générale du morceau puisque chaque ligne contient deux rimes, une interne et une externe (ex : « A chaque fois que je te reGARDE, je baisse la tête quand tu me VOIS. Je me demande si tu CAPTES, ce que j’éprouve pour TOI »), créant ainsi une rythmique supplémentaire à celle de la composition musicale. Des paroles très simples à première vue (ou écoute, on se comprend) donc mais bien plus travaillées qu’elles n’y paraissent.
    Le morceau est en outre très bien soutenu par un clip très bien réalisé. Le jeu sur le clair-obscur apporte une profondeur aux paroles et le choix des filtres de couleur sont réfléchis puisqu’on retrouve le code couleur des sketchs Un gars/Une fille qui rappelle l’amour inhérent à cette relation d’amitié. Tout au long du morceau, le « fluide d’amour » (le flux rose que l’on voit s’approcher des jambes de Shy’m en début de clip) ne cesse de monter en même temps que les révélations des deux chanteurs, comme si leur amour se révélait de plus en plus jusqu’à les submerger. La véritable amitié entre Shy’m et Jok’Air apporte un véritable plus puisque leur jeu d’acteur gagne en crédibilité, on ressent ce discours comme possible visuellement. Une réussite complète.
  • Sans moi (Kery James – J’rap encore) : nouvel extrait clipé du dernier album de Kery James, Sans moi s’inscrit dans la lignée de A la Ideal J en revenant aux fondamentaux critiques du rappeur. Mais conscient de l’évolution des styles musicaux, l’auteur de Lettre à la République propose un morceau plus accessible à tous, moins lourd et plus aérien.
    Une prod plus légère voire presque dansante pour sublimer un texte plus simple mais pas moins riche. Si on peut grossièrement résumer le propos par le cliché « c’est pas l’argent qui fait le bonheur », le morceau tend plutôt à mettre en avant le fait de profiter des choses simples. Autour de la critique de la valorisation de la société de toujours devoir être le meilleur, Kery James refuse la réussite matérialiste (« si le bonheur c’est de briller, alors ce sera sans moi ») et dénonce cette course au paraître (« dis moi, est ce qu’on est mieux dans sa peau, dans des choses à 500€? »). Au fond, Sans moi prône le retour vers la simplicité puisqu’« être libre, on ne l’est pas loin de soi. »
    Le clip trouve un rapport direct avec le sens de la chanson puisqu’on y voit un jeune Africain errer dans le désert sur son cheval et profiter de ses moindres trouvailles. Kery James y place également une métaphore de l’exploitation africaine : lorsque le jeune homme ramasse ce qui semble être une pierre, elle se met à se transformer successivement en or et en billets de dollars. Cette construction rappelle les mineurs africains exploités pour l’excavation de l’or et des diamants dans les mines d’Afrique du Sud (« les âmes de tous ceux qui en sont morts, sont comme incrustées dans chaque diamant » disait SCYLLA dans Enveloppes clandestines). En toute fin de clip, l’extrait de Charles Aznavour adoubant les rappeurs sur France 2 est une manière pour Kery James de rendre hommage à celui qu’il considère comme un maître et qui lui a offert une tribune en tv.
  • Malade (Roméo Elvis – Chocolat) : en voilà une belle évolution d’artiste! Soyons honnêtes, lorsque Roméo Elvis a explosé il y a de cela plus ou moins deux ans, le style du frère d’Angèle n’a pas vraiment trouvé d’échos dans nos standards d’appréciation. Mais force est de constater qu’il a parfaitement su élargir sa palette artistique et qu’il se bonifie avec le temps. Avec ce premier extrait de son premier album studio Chocolat, le rappeur belge prouve qu’il sait faire autre chose que le style qui l’a fait percé, fait avant tout de provoc’, de bons mots et de thèmes devenus clichés. Avec Malade, Roméo Elvis assume son côté plus sensible, ce qui permet de bien mieux s’identifier au propos. Sa rythmique vocale a également évolué, passant du flow saccadé surpassant le beat à une mélodie calquée davantage sur la prod.
    Le thème du morceau se retrouve un peu inversé par rapport à sa dernière apparition, sur le morceau Tout oublier de sa soeur Angèle. Si la chanson parlait de l’abandon du spleen pour adopter une vision positive de la vie, Roméo Elvis dévoile ici la facette inverse. Prenant l’exemple d’une séparation amoureuse, il en casse le mythe du départ positif (« une de perdue, une de perdue, autant dire les choses comme elles sont »). Le morceau s’inscrit directement comme la suite de Jaloux dans laquelle il traitait de son défaut comme d’une maladie, désormais il est officiellement malade. S’adressant à son ex, il s’étonne de lui avoir plu malgré son succès mais surtout qu’elle ait réussi à le zapper tandis que lui s’enferme dans cette rupture. Il explique avoir d’abord reporté la faute sur elle avant de se rendre compte que c’est lui qui est parano et l’origine de cette situation, ce qui l’énerve encore plus. La qualité d’interprétation est à souligner car on sent vraiment qu’il vit ce qu’il raconte. Cette sincérité assez surprenante de la part de Roméo Elvis est une très bonne surprise, en espérant qu’il continue d’étaler encore sa palette artistique.
  • L’enfant du siècle part.III (Lord Esperanza – {single}) : comme il le dit lui-même (« Trois ans que c’est mon année »), 2019 s’annonce une nouvelle fois rose pour le Lord. Pour le troisième volet de son désormais marronnier L’enfant du siècle, le jeune rappeur reprend et mélange parfaitement l’entièreté de sa palette que ce soit en termes de style, de flow ou de thème. Dans ce nouveau morceau egotrip, il aborde pèle mêle l’hypocrisie, la légitimité du milieu, la réussite, l’auto-entreprenariat, la critique des inégalités, son rapport avec le cinéma et sa supériorité dans le paysage hip-hop. Et il faut dire que le bougre n’a pas tort. Très polyvalent, il parvient à surprendre à chaque son et ne déçoit quasi jamais. En se remettant tout le temps en cause et en danger, il ouvre complètement son spectre artistique et gagne en légitimité. Un de nos artistes actuels préférés chez Journa’Lîdje, et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Tous ces sons tapent dans le mille, c’est encore une fois le cas. On attend avec impatience la sortie de son premier album studio.
  • XS (Josman – J.O.$) : on a longtemps attendu l’album de Josman et on a pas été déçu. Si il ne fallait pas s’attendre à l’album de l’année, J.O.$ a parfaitement répondu aux attentes en rentrant à propos dans les codes du rappeur. On vous parlait du très bon Vanille le mois passé, cette fois c’est XS qui a retenu notre attention. La chanson est dédiée à son âme-soeur et le clip est d’ailleurs sorti le jour de la St-Valentin. Si le travail sur la complexité des paroles n’est pas énorme, on ressent rapidement que c’est une volonté assumée : le texte et le morceau sont simples parce que l’amour avec elle est simple. Dans le même ordre d’idées, on retrouve assez peu d’images et de métaphores (par rapport aux autres morceaux du Jos) comme si le son voulait aller à l’essentiel, c’est-à-dire les sentiments qu’il éprouve pour son âme-soeur. L’influence américaine dans l’instru, le flow et les harmonies donne un ton planant très à propos (ne dit-on pas que l’amour est l’ivresse des hommes?) et offre un rendu uniforme très plaisant. On a pesté sur l’attente interminable de sortie de cet album mais il faut reconnaître que cela valait le coup d’attendre tant il est bourré de petites pépites.

Playlist Tchoupi :

  • [Coup de coeur] Mama (Clean Bandit – {single}): Enregistré avec Ellie Goulding, “ Mama“ est le nouveau single de Clean Bandit. Dans son clip, le groupe anglais raconte l’histoire d’un petit garçon turbulent et abusé qui va devenir Président des Etats-Unis. Ce petit garçon ressemble étrangement à Donald Trump. Ce titre nous donne l’impression d’être dans quelque chose de tropicale, de mélancolique. Il annonce l’été avec ses notes de guitare et son refrain ensoleillé. La chanson donne aussi une sacré leçon de vie car un petit garçon aux cheveux blonds, maltraité par son père, harcelé à l’école va prendre sa « revanche“ sur la vie en devenant… Président des Etats-Unis. Sauf que l’on comprend avec effroi que le protagoniste de la vidéo n’est autre que Donald Trump, et que les cubes qu’il s’amusait à empiler étant enfant ne sont qu’une illustration du fameux mur qu’il souhaite construire à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Une belle performance de Clean Bandit qui permet de se poser pas mal de questions ! à méditer mais à écouter sans modération….
  • Sucker (Jonas Brothers – single): Après 6 ans d’attente, les Jonas Brothers sont de retour avec un nouveau clip où ils mettent leurs femmes à l’honneur. Elles sont à l’honneur puisque dans la chanson, les Jonas Brothers expriment leur amour pour elles et le lien qui les unit. Costumes excentriques, château immense, repas de famille extravagant, c’est un univers visuel entre et Alice aux Pays des Merveilles et la Favorite. Un titre qui sonne parfaitement dans les oreilles et qui se laisse écouter avec beaucoup de facilité.
  • Think about you (Kygo – single): Pour son premier titre de 2019, Kygo tergiverse avec les aléas de l’amour dans Think About You, fruit d’une collaboration avec l’interprète américaine Valerie Broussard. Un tube qui se veut encore une fois tropicale house mais qui fait plaisir à écouter. Le clip met en scène l’histoire idyllique d’un couple qui va peu à peu prendre l’eau. L’acteur Dylan Sprouse incarne l’amoureux transi qui tombe sous le charme d’une jeune fille passionnée de lecture, à laquelle le mannequin Khadijha Red Thunder prête ses traits. Mais leur conte de fées, raconté via la projection d’un film, va virer au drame et se terminer avec une hache… Chaque titre de Kygo est un événement et Think about you ne déroge pas à la règle. Bonne écoute !
  • Wake up – (Eliott – Single pour l’Eurovision): Eliott Vassamillet qui a participé à The Voice en 2018 dans l’équipe de Slimane arrive en 2019 avec son titre Wake up pour représenter la Belgique à l’Eurovision. La chanson veut résonner comme un appel à la jeunesse. Un thème particulièrement actuel qui invite à se réveiller, à prendre conscience, à lutter ensemble pour la planète. Sur la forme, on peut dire que le morceau est teinté d’une base pop avec des notes d’électro et ponctuée de percussions. Wake up se veut moderne, dans l’air du temps avec une belgian touch unique et actuelle. Si Eliott peut gagner l’Eurovision, en plus de faire passer un message, c’est Bingo… Réponse le 14 mai prochain à Tel Aviv, on espère…

Playlist Mina :

  • [Coup de coeur] Someone You Loved (Lewis Capaldi – Breach EP): Accompagnée d’un piano, la voix puissante de Lewis Capaldi nous transporte dans une chanson à la fois douce, forte et chargée d’émotion. L’Écossais s’adresse à un ancien amour, il lui confie qu’il a tout donné pour cette relation, qu’elle l’a trahi et laissé tombé. Il explique se sentir usé et qu’il a besoin de quelqu’un pour se sentir bien à nouveau (« I need somebody to heal, somebody to know, somebody to have, somebody to hold, it’s easy to say but it’s never the same […] I let my guard down and then you pull the rug, I was getting kinda used to being someone you loved »). La chanson est également accompagnée d’un clip rempli d’émotion, puisque nous retrouvons l’acteur écossais Peter Capaldi dans le rôle d’un veuf. A travers des images au couleurs d’automnes, on suit son quotidien et on comprend que sa femme était malade. Toutefois, grâce aux dons d’organes, le veuf se rend compte qu’une jeune maman a pu bénéficier d’un coeur et rester auprès de sa famille. La vidéo est partenaire de Live Life Give Life, association caritative anglaise encourageant le don d’organes. L’association essaie de sensibiliser un maximum de personne sur cette question et finance également des initiatives visant à améliorer le bien-être des patients qui ont besoin d’une greffe d’organes ou qui en reçoivent. Lewis Capaldi, âgé de seulement 22 ans, nous touche et nous transporte à travers ce duo piano-voix combiné avec un clip émouvant qui sensibilise au don d’organes.
  • Walk Me Home (P!nk – Hurts 2B Human): Walk Me Home est un single provenant de son huitième album dont la sortie est prévue pour le mois d’avril. Sur ce morceau pop au refrain accrocheur, la chanteuse s’adresse à une personne qui a su lui montrer qu’il y a encore de bonnes choses dans ce monde que l’américaine voyait dur et mauvais. Elle lui demande de rester près d’elle car cela lui rend l’espoir et l’optimisme qu’elle a perdu.
  • Preach (John Legend – single): Sur un son pop, Preach parle et dénonce l’actualité américaine: fusillades, racisme, inégalité dans le système juridique américain, familles de migrants séparées… La chanson dit également qu’à notre échelle nous n’avons pas l’impression de pouvoir changer les choses mais qu’en protestant ensemble c’est possible, qu’il faut faire autre chose que prier (« Nothin’ real is happenin’ ’cause nothing is new, now when all this tragic, and I just feel sedated, why do I feel numb? Is that all I can do? […]I can’t juste preach« ). Le chanteur a partagé sa vision des choses « Parfois on peut être tellement frustrés par les nouvelles et par ce qu’il se passe, et il y a cette bataille qui se déroule en nous-même. Devenons-nous apathiques? Est-ce que l’on s’engage? Est-ce que nous ne faisons qu’en parler, ou est-ce qu’on fait quelque chose? » John Legend a également créé une collecte de fond en-dessous de la vidéo. L’argent récolté par FREEAMERICA, une campagne créée en 2014 par le chanteur pour transformer le système de justice criminel américain, sera reversé à l’association caritative Social Impact Fund. Après un mois seulement, 17.994$ a déjà été collecté.
  • Handmade Heaven (MARINA – Love + Fear): Handmade Heaven est le troisième single de la chanteuse galloise sans son nom de scène « Marina and the Diamonds ». A travers ce morceau mélodique et assez lyrique, elle exprime un moment de sa vie où elle se sentait en-dehors de tout, comme ne faisant partie de rien. Elle explique également que nous sommes constamment en train de s’ajuster à un monde non naturel avec beaucoup de changements technologiques et sociaux et que la nature prend une place de moins en moins importante dans nos vies. « J’ai écrit la chanson à un moment où je me sentais très désynchronisée et perdue dans le monde. Une chose qui m’a aidé à ce moment-là a été de regarder la nature attentivement. C’est pour ça que cette chanson est importante pour moi. C’est à propos de la tristesse d’être séparé de la nature. » Son quatrième album Love + Fear est attendu pour fin avril et nous l’attendons impatiemment.
  • What A Time (Julia Michaels feat. Niall Horan – Inner Monologue, Pt. 1 EP): Sur une petite ballade rythmée, les voix de Julia Michaels et Niall Horan s’accordent parfaitement. What A Time évoque une relation qui s’est terminée, les deux protagonistes expliquent que c’était une belle époque (« Oh what a time« ), une belle relation et qu’elle ne s’est pas terminée comme elle aurait dû.

A écouter aussi:Dumb Blonde (Avril Lavigne feat. Nicki Minaj – Head Above Water): un duo sans doute improbable et qu’on n’attendait pas mais toutefois intéressant.

Journa’Lîdje

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