Revue de la semaine #13

Revue de la semaine #13

Chronique hebdomadaire, la Revue de la semaine aura pour but de revenir sur certains sujets de la semaine écoulée, non pas en en listant la simple neutralité d’information mais en y apportant un point de vue, une critique ou une approche de réflexion. Entre une et trois informations seront sélectionnées par jour afin d’en livrer une courte analyse sans encombrer une chronique qui se veut directe. La volonté de la rédaction est d’amener chaque sujet à être traité et lu comme une brève.

Lundi

Is it a Joke?
© Twitter – Joke Schauvliege

Hier ministre flamande de l’Environnement, aujourd’hui démissionnaire, demain élue régionale? C’est donc le plan de reconversion espéré et proposé par la nouvelle tête de liste CD&V, Joke Schauvliege. Ce nom ne vous dit rien? Ces déclarations vous remettront surement le personnage. Joke Schauvliege est cette élue flamande, alors ministre régionale de l’Environnement, qui avait affirmé face à des membres du syndicat agricole flamand ABS que les marches pour le climat relevaient d’un immense complot. Elle avait en outre asséné que ces informations lui provenaient de la Sûreté de l’Etat, rien que ça.
Fustigée tant par la population que par le monde politique, elle avait retiré ses propos, présenté ses excuses puis fait le choix de démissionner. Une sage décision tant elle paraissait « cramée » par l’ensemble du Royaume. Mais ce n’était que partie remise pour cette élue qui, non contente de ne pas faire profil bas, a même décidé qu’elle était parfaitement légitime pour diriger la tête de son parti aux élections. Est-ce de la bêtise pure, de l’arrogance éhontée ou de l’incompétence notable? Difficile de trancher. Notons toutefois les nettes améliorations de notre classe politique qui démontre bien qu’elle a compris le ras-le-bol de ses concitoyens : « les gens ne se sentent plus représentés par la classe politique? On s’en fout, on remet les mêmes, que vont-ils faire de toute façon, c’est nous qui décidons toujours quoi qu’il arrive. »
Comme on peut une nouvelle fois le remarquer, l’avancée démocratique et le respect des voeux des électeurs ne sont toujours pas des priorités pour un monde politique qui se détache de plus en plus de sa population. Comme d’habitude, les requins de l’océan rôdent entre eux en surface et ne soucient guère des petits poissons en-dessous d’eux sans qui ils ne sont pourtant rien et ne peuvent se nourrir. De plus en plus lassée d’une classe politique de plus en plus décevante, la population belge atteindra-t-elle ce point de non-retour qui enverra valser tous ceux qui se pensent encore au-dessus d’elle? La montée des solutions alternatives dans les sondages semble en tout cas marquer l’avénement d’une vague collective de ras-le-bol. En espérant que cette fois, les gros poissons n’échappent pas une fois encore aux mailles du filet.

Mardi

Procès BMW, une justice à deux vitesses

Entamée en 2018 à la suite du Dieselgate qui concernait son concurrent Volkswagen, l’enquête pénale pour infraction des normes antipollution qui visait le groupe BMW rendait son verdict en ce début de semaine. Et comme on en a pris l’habitude avec le temps, les puissants s’en sortent toujours comme ils veulent.
Certes, la compagnie automobile allemande écope de 8,5 millions d’euros d’amende pour « manquement au devoir de surveillance » mais évite les poursuites pour fraudes. Les enquêteurs ont constaté un dysfonctionnement du système d’assainissement des émissions concernant un peu moins de 8.000 véhicules et que le constructeur « n’avait pas de mécanisme de contrôle » assez rigoureux pour déceler cette erreur. Par contre, le parquet n’a pas su établir que « certains modèles étaient effectivement équipés de logiciels frauduleux ni que des employés de BMW aient agi délibérément » et doit laisser tomber ce versant du dossier. « L’accusation de fraude ne s’est donc pas confirmée » et l’affaire est désormais classée sans suite.
Alors oui, on peut se dire que le groupe va tout de même devoir s’acquitter d’une lourde amende (somme toute relative au vu de la fortune de la compagnie) et est désormais officiellement condamnée mais cette bonne nouvelle ne représente que la partie la plus infime du dossier, la moins handicapante aussi. Pris dans son aspect global, la situation semble plus être celle où l’on accepte de concéder sur un point pour garder l’avantage sur les autres, celle où l’on laisse 8,5 millions pour préserver de plus graves préjudices. Evidemment, il se peut aussi que la fraude n’ait jamais existé et qu’il s’agisse réellement d’une simple erreur purement mécanique, mais c’est un peu gros pour y croire vraiment. Entretemps, la compagnie allemande s’en sort bien et élimine un sérieux obstacle de sa route vers les sommets. Après un permis théorique parfaitement tenu, le permis pratique judiciaire de BMW a été passé avec brio.

Mercredi

L’éolien flamand entre en fonction

Installé depuis peu par la volonté de la Flandre (tiens, c’est toujours au Nord que les choses avancent), le parc éolien situé en mer Norther vient officiellement de fournir son aide au réseau électrique belge. Quatre des 44 éoliennes du site viennent en effet d’être reliées au réseau national pour le soutenir, lui permettre d’éviter le black-out (le fameux que les médias nous ressortent chaque année en novembre pour faire peur et qui n’arrivera jamais) et, à terme, lui servir d’alternative durable. Une fois entièrement connecté, l’ensemble du parc devrait fournir de l’électricité pour l’équivalent de 400.000 familles belges.
400.000 foyers alimentés par un seul parc éolien, c’est quand même pas mal non pour une énergie qui « ne sera jamais une alternative au nucléaire. » Mais si, vous savez bien qu’il « faudrait couvrir d’éoliennes trois fois le territoire de la lune pour n’assumer que le tiers de la production nucléaire » (on exagère à peine), ce sont les experts d’Electrabel qui l’ont dit. Sachant que la transition énergétique ne se fera pas à l’aide d’une seule source alternative mais de la combinaison des principales (éolien, hydroélectrique, solaire et biomasse), les estimations de production de ce seul parc éolien prouve d’elles-mêmes que la transition est largement possible et que le nucléaire n’est plus la solution. Il est temps que nos dirigeants assument et se bougent le cul pour mettre en place ces différentes alternatives ou leur soumission au lobby nucléaire commencera à se voir un petit peu trop pour continuer à la cacher.

Jeudi

Tout droit vers Jakarta!

« Quand elle arrive en ville, tout le monde change de trottoir… » Et à ce rythme, la pollution aura bientôt jeté tous les Bruxellois du piétonnier. Car c’est officiel, le taux de particules fines dans l’air vient de dépasser le seuil des 50 microgrammes par mètre cube sur l’ensemble du territoire belge, seuil à partir duquel la population se doit d’être avertie par les autorités. Plus que quelques années et nos rues ressembleront à celles de Jakarta et de New Delhi vu les non-efforts parfaitement réalisés et appuyés par notre pays. Pour rappel, les particules fines sont des micropoussières en suspension dans l’air qui peuvent pénétrer dans les poumons et entraîner des risques accrus pour la santé.
Toujours dans le même ordre d’idée d’inaction, et même de frein aux efforts entrepris, la Cour constitutionnelle vient de valider la mise en place de la zone de basse émission de Bruxelles qui interdisait aux voitures les plus polluantes de rentrer dans la capitale depuis le 1er janvier 2018. Considérant que la Région de Bruxelles-Capitale était habilité en la matière et qu’elle a agi via un dispositif proportionnel et progressif, elle a rappelé la jurisprudence européenne qui veut que le droit à l’environnement est une préoccupation sociale essentielle.
Cette nouvelle est plutôt réjouissante mais sa cause l’est beaucoup moins : si la Cour a dû intervenir, c’est qu’il y a eu un dépôt de plainte pour faire annuler cette zone. Un dossier a donc été ouvert pour tenter de ne pas mettre sur pied une résolution visant à la réduction de la pollution et au respect de l’environnement. Et tout ça pour quoi? Pour continuer à utiliser sa voiture, une voiture qui, si elle n’a pas été autorisée à rentrer dans Bruxelles, doit dater de Mathusalem et polluer plus encore qu’un SUV (vous voyez, ces 4X4 que l’on fait passer pour des voitures?).
Un bel exemple de mentalité. Celle qui veut qu’il y ait des efforts pour le climat mais pas si c’est à soi de les faire. Celle qui pourrait prendre le métro, le tram ou le bus bruxellois mais qui préfère une belle bagnole parce que « ça le fait. » Celle qui nous empêche d’avancer parce qu’elle est faussement progressiste et ne pense qu’à son confort. Celle qu’il faudrait éliminer si l’on veut encore tenter de changer les choses.

Vendredi

Auteures “plumées”, oubliées… re-publiées!

On pense souvent (à tort) que les femmes de lettres n’étaient pas nombreuses, ou en tous cas l’étaient beaucoup moins que les hommes de lettres. La fondatrice et directrice des éditions jeunesse Talents hauts, Laurence Faron, veut corriger cette idée préconçue et lance une collection adressée aux adolescents, “Les Plumées”. Ce nom, assez ironique, est toutefois bien choisi puisque la collection se penche sur des auteures oubliées allant parfois du Moyen-Âge jusqu’au 20e siècle. La fondatrice de la maison d’édition française n’est pas la seule à oeuvrer pour ces auteures. Critique littéraire, Eric Dussert avait publié en 2018 Une forêt cachée dans lequel il compile 150 auteurs oubliés. Sur ces 150 auteurs, 17 seulement sont des femmes. Voulant réparer cette erreur, Dussert écrit un nouvel opus, Cachées par la forêt, qu’il consacre exclusivement à des biographies de femmes de lettres, c’est-à dire plus de 130.
Faron défend ce type de projet et déclare “Au vu des textes patrimoniaux et des programmes scolaires, dans lesquels figurent peu de femmes, on pourrait penser que celles-ci ont moins tenu la plume que les hommes. Mais on se rend vite compte que, comme dans d’autres domaines, les femmes ont été invisibilisées, copiées, spoliées par le patriarcat.”
La collection “Les Plumées” a été inaugurée fin février avec trois réhabilitations: Une femme m’apparut (1905) de Renée Vivien, Isoline (1882) de Judith Gauthier (première femme membre de l’académie Goncourt) et Marie-Claire (1910) de Marguerite Audoux (premier livre à recevoir le prix Femina).
La directrice tente également d’y ajouter d’autres histoires que celles de femmes fortes et inspirantes: “C’est très bien que cela existe, mais je me suis dit que ces parcours extraordinaires peuvent aussi s’avérer écrasants pour des plus jeunes. Là où la littérature est pleine de garçons ordinaires héros de romans d’aventures, chez les filles on a tendance à surtout développer le phénomène de la super-héroïne, avec l’idée qu’il faut toujours être au niveau. Il y a peu de modèles de filles ordinaires.”

Samedi

Milan proteste, l’Italie changera-t-elle?
Photo d’une des manifestations en décembre 2018 ©Archives AFP – Tous droits réservés

Plusieurs manifestations ont eu lieu ces derniers mois en Italie mais celle qui a eu lieu samedi à Milan est la plus importante jusqu’à présent. En effet, c’est plus de 200.000 personnes qui se sont mobilisées contre le racisme, la xénophobie et toutes les formes de discrimination qui sont en hausse depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, parti d’extrême droite dirigé par Salvini.
Au total, une trentaine d’organisations — tels que des syndicats, partis de gauche et associations — faisaient partie du cortège et de longues banderoles et pancartes défendaient le droit des migrants, des femmes et des LGBT. Selon Beppe Sala, maire de Milan qui est à l’origine de cette manifestation, raconte voir dans ce cortège “un moment de changement pour le pays, avec notre vision de l’Italie : nous sommes à un tournant de notre société, à un tournant entre l’ouverture et la fermeture.”
Ces propos ont été vite remballés, puisque Salvini n’a pas décidé de changer de cap et répond “Le message au gouvernement, les Italiens l’ont donné en accordant leur confiance dans les urnes […] Les manifestations pacifiques, c’est bien, mais moi je ne change pas d’idée et je vais de l’avant pour le bien des Italiens.”
Verrons-nous un changement d’attitude dans la politique de Salvini? Apparemment non, sauf si l’Italie (et surtout son peuple) décide qu’il est temps de prendre le chemin du socialisme.

Dimanche

Enfants migrants en danger

Quand on apprend en juin 2018 par une journaliste qui fond en larmes en direct à la télé que les migrants qui arrivent en famille sur le territoire américain sont séparés, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Une fois que ces familles sont séparées, les adultes d’un côté et les enfants de l’autre, les enfants se trouvent dans des centres d’accueil, plus assimilés à des prisons à en croire certaines photos.
Selon des données récoltées par le Département de la Santé qui ont été rendues publiques par l’élu démocrate Ted Deutch, des milliers d’enfants étrangers ont été victime d’abus sexuels lors de leur détention. En somme, 4.556 plaintes ont été déposées pour abus sexuel auprès des services de l’immigration entre octobre 2014 et juillet 2018, plus de 1.000 plaintes pour abus sur mineur sont déposées chaque année depuis 2014. Les plaintes portes sur des viols, d’attouchements sexuels et de harcèlement et malheureusement beaucoup sont classées sans suite.
Ted Deutch déclare “Mis ensemble, ces documents détaillent un environnement d’abus sexuels commis par du personnel sur des mineurs non-accompagnés. Clairement, cette administration n’est pas équipée pour protéger ces jeunes au sein même de ses propres bâtiments. Le Congrès et l’opinion publique veulent des réponses sur la manière dont ces accusations sont examinées par la justice et sur ce qui est fait pour protéger ces enfants vulnérables.”
Plus que de savoir comment rendre justice à ces enfants, il faut déterminer à la façon dont il faut les protéger. Plus que de faire quelques remous dans la presse et de faire s’exclamer certaines personnes, il faut réagir à cette administration Trump qui sépare, déchire des familles et rend possible des abus sexuels sur mineurs. Est-ce que le pantin orange prendra-t-il la peine de faire une déclaration? Ce genre d’information est juste inadmissible, marchons-nous sur la tête? Vite, que les prochaines élections arrivent…

Journa’Lîdje

One Reply to “Revue de la semaine #13”

  1. Toujours des infos intéressantes qui n avaient pas fait l objet de beaucoup de lignes dans la presse quotidienne. J adore le ton utilisé.

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