[Sous la loupe] Un vrai match du Top(per)

[Sous la loupe] Un vrai match du Top(per)

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Chronique d’analyse, Sous la loupe s’intéressera aux événements récents qui méritent, selon nous, une plus profonde analyse qu’un simple traitement médiatique. Vous y retrouverez tout autant de sport que de politique, de social ou de culture. Le but est de se plonger au coeur de l’événement pour en ressortir les dynamiques internes et en mettre à jour les clés de lecture.

Si le Clasico déchaîne les passions côté wallon, il ne fait généralement frémir qu’une moitié de pays, comme son penchant néerlandophone de la Bataille des Flandres qui oppose les Buffalos gantois aux Gazelles brugeoises. Mais il est un match qui représente l’élite de notre football belge, le duel des deux plus grandes équipes du Royaume, le Topper.

Depuis toujours (ou presque), Mauves et Blauw en zwart se détestent, se honnissent et se rejettent. Si le Sporting a pris le large en terme de trophées remportés, le Club se montre plus régulier et plus équilibré sur les dernières saisons. Sevrés de titre pendant 13 ans, les Brugeois sont affamés et veulent reprendre le trône de Bruxellois en reconstruction. Mais le défi s’annonce de taille pour une équipe qui ne s’est plus imposée au Parc Astrid depuis près de 20 ans et n’y a plus inscrit le moindre but depuis 2015. Le décor est planté.

Résumé du match

Le soleil de 14h30 inonde la pelouse du stade Constant Van den Stock lorsque les deux équipes montent sur le terrain. Battus 4-0 en semaine à Salzbourg et éliminés de l’Europa League, on ne savait pas trop dans quel état d’esprit les Brugeois débarquaient au Sporting. Malgré la gifle prise en Autriche, Ivan Leko alignait la même équipe, sans exception. De son côté, Fred Rutten surprenait l’assistance : Kums positionné en 6, Zulj aussi, Appiah et non Saelemakers au back droit, le public semblait perplexe avant même le début de la rencontre.

Le Parc est brugeois
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On dit souvent que le public n’a jamais tort, ce fut encore le cas cette fois. Après 4 minutes seulement, un Milic brouillon perdait le ballon sur son flanc gauche et Schrijvers était isolé sur le côté droit en seulement trois passes. Son centre sautillant au premier poteau est repris victorieusement par Wesley, plus prompt qu’un Kara pas encore rentré dans son match, 1-0. Le Parc se tait, le Sporting est sonné. Le bloc joue trop bas, la défense panique, le duo Kums-Zulj se noie.

Étouffés par le pressing haut des Gazelles, les défenseurs anderlechtois balancent le peu de ballons qu’ils parviennent à maîtriser vers un Santini nerveux qui touche plus souvent Mechele avec son coude que le ballon avec sa tête. Bolasie et Bakkali, trop mous et toujours en retard, ne voient pas la couleur du cuir. De l’autre côté, Wesley ne cesse de dominer un fébrile Kara et Vormer sort son bleu de travail, rien ne passe le milieu de terrain. Le pitbull hollandais libère un Hans Vanaken inspiré mais trop peu précis dans ses transmissions. Pendant 20 minutes, le Club s’offre 5-6 possibilités d’occasions franches mais, par manque d’application, ne parvient à se procurer qu’une pauvre frappe sur les gants de Didillon. Et quand on ne profite pas de sa domination…

Bolasie sauve encore Anderlecht
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Sevré de ballons et pas assez vif dans les duels, Peter Zulj est absolument invisible. Mais lorsque Bruges relâche quelque peu la pression, le meneur de jeu autrichien switche de position avec le jeune Verschaeren qui reprend son rôle de relayeur et le libère du marquage oppressant de Ruud Vormer. Le match vient de tourner. Vif, insouciant et provocateur, la pépite Yari gagne ses duels et permet également à Kums de respirer. Le bloc anderlechtois monte de 20 mètres et prend le jeu à son compte.

Désormais capables de diriger la rencontre, les Mauves parviennent à bousculer l’organisation adverse et Yannick Bolasie profite des largesses défensives. Sur le côté gauche, il crochète un Dennis un peu léger et enchaîne un centre-tir rentrant qui surprend Horvath, qui n’avait pas encore touché le ballon, ou presque. Gêné par Santini, qui n’était pas hors-jeu, le portier américain des Gazelles est trop passif et plonge en retard, 1-1.

Une domination stérile puis une erreur de concentration
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Regonflés à bloc, les locaux prennent définitivement les rennes d’un match que perdent progressivement des Brugeois devenus ternes. Lancé en profondeur par un Kums retrouvé, le remuant Verschaeren se heurte au gardien blauw en zwart. C’est ensuite au tour de Bakkali de mettre Horvath à contribution d’une jolie frappe enroulée, pour le même résultat. Petite accalmie dont manque de profiter le Club, par l’intermédiaire de Schrijvers qui émerge de sa torpeur pour claquer une volée puissante que repousse Didillon d’une claquette plus compliquée qu’elle n’y paraît. Libéré par son but, Yannick Bolasie fait tourner une défense adverse qu’il fait souvent exploser.

Mais c’est du côté droit que l’étincelle viendra. Attendu au coup d’envoi, Francis Amuzu est sur le terrain depuis moins de dix minutes lorsqu’il décoche un centre à ras-de-terre que reprend l’inévitable Bolasie d’une frappe pure dans la lucarne, 2-1. Le Parc explose, le Sporting domine et Bruges semble prêt à craquer. En dix minutes sur le terrain, Amuzu a montré pourquoi il aurait du commencer. Tout semble prédit à une fin de match en boulet de canon des Anderlechtois mais le public mauve est douché sur place moins de deux minutes plus tard. Monté au jeu à peine une minute plus tôt, Thibault Vlietinck fait mieux qu’Amuzu et égalise sur sa première touche de balle, profitant d’une grosse erreur de concentration d’Elias Cobbaut, monté quelques minutes plus tôt, 2-2. L’intensité chute alors quelque peu, malgré la bonne volonté brugeoise, et les deux équipes se quittent dos à dos après une prestation très agréable pour le spectateur neutre.

Les cotes du match

Anderlecht

Didillon – 6,5/10 : un début de match compliqué avec plusieurs relances au pied ratées qui n’ont pas aidé son équipe alors en souffrance. Une superbe envolée sur la reprise de Schrijvers pour garder le Sporting à flot. Il ne peut rien sur les deux buts.

Kara – 6/10 : nerveux et pas très à l’aise dans les premières minutes, il s’est montré étonnement fébrile et perd son duel avec Wesley sur l’ouverture du score. Plus serein lorsque le rush brugeois fut passé, il a tenu son rang et fait taire le Brésilien. Il peut toutefois mieux faire.

Lawrence – 6,5/10 : un match à la Lawrence, ni mauvais ni étincelant. Il prend confiance avec l’enchaînement des matchs et démontre un calme de plus en plus apparent. Sobre mais efficace dans ses remontées de terrain, il fut le seul joueur de l’arrière-garde mauve à ne pas sombrer.

Appiah – 6,5/10 : souvent décrié, le Français a répondu présent et rappelé qu’il ne fallait pas l’enterrer trop vite. Si il a souffert face à un Diatta en grande forme (qui avait ridiculisé Maehle), il a tenu la baraque vaille que vaille. Pas mauvais défensivement, il reste limité devant et ne sait pas donner un bon centre.

Milic – 6/10 : faiblard, il a été mis sous pression avant l’égalisation anderlechtoise et surnommé « Milic perte de balle » par les commentateurs. Il offre une belle occasion à Santini sur son seul bon centre du match. Moins en difficulté lorsque le Sporting a tenu le ballon, il ne rassure quand même pas.

Kums – 6,5/10 : discret voire invisible tout un temps, il s’est ensuite érigé comme le dépositaire du jeu anderlechtois et a orienté le navire mauve. Positionné dans un rôle qui l’a handicapé, il fut le moteur d’une équipe qui fut d’abord étouffé. Pas loin d’inscrire un nouveau magnifique coup-franc en fin de match.

Zulj – 6,5/10 : monté en puissance après un début de match inexistant, il a finalement étonnement peu souffert physiquement comme on le craignait. Toujours un peu lent dos au but et dépassé à chaque fois que ce fut le cas, il s’est montré nettement plus à l’aise quand le Sporting a eu le ballon. Plusieurs ouvertures lumineuses.

Bakkali – 6,5/10 : trop souvent décevant, il remonte petit à petit la pente. Il fut moyennement percutant mais au moins il essaie, ce qui n’était pas toujours le cas avant ni même dans l’équipe. Il commence à mettre le pied et gagner des duels et l’on a enfin vu des actions dignes de son talent, encore trop peu nombreuses néanmoins.

Verschaeren – 7,5/10 : principal artificier du renouveau de Zulj, il étonne de matchs en matchs. Toujours très bon après son switch avec l’Autrichien malgré une position de 8 qu’il découvrait chez les pros. Percutant et efficace, il tente toujours d’aller vers l’avant, ce qui déstabilise ses adversaires. Il lui manque encore l’instinct de buteur.

Bolasie – 8/10 : invisible jusqu’à son but, très remuant et très incisif ensuite. Il fut parfois un peu brouillon mais il a énormément tenté, enfin un joueur capable de passer un homme à Anderlecht. Mou et désinvolte, il ne semble jamais concerné mais a démontré qu’il était capable de tout. Deux nouveaux buts très importants. Il fera des ravages en PO1.

Santini – 5/10 : pas un seul duel gagné avant le but de Bolasie, il a pris confiance et efficacité avec le temps. Très nerveux et toujours en retard en début de match, il a joué plus simple par après. Meilleur point d’appui en seconde période. Horvath lui enlève une magnifique déviation de la tête.

Amuzu – 7,5/10 : sa vivacité était attendue au coup d’envoi pour bousculer le solide système brugeois, il l’a très bien exploité à sa montée au jeu avec un assist et beaucoup d’activité. Il a dynamité une défense brugeoise qui commençait à fatiguer. Il a fait preuve d’une très bonne mentalité, ce que n’aura pas manqué de souligner Fred Rutten.

Rutten – 3/10 : personne n’a compris son onze de base, entre les positions inattendues et ratées de Kums et Zulj devant la défense et la présence d’Amuzu sur le banc. Il fait en outre un gros changement perdant avec la montée de Cobbaut, qui ne semblait pas spécialement prêt à jouer. Peu de présence et de réaction en bord terrain, il ne semble parfois pas toujours concerné.

Club Bruges

Horvath – 6,5/10 : une prestation correcte dans l’ensemble pour le portier américain dont on ne sait jamais à quoi s’attendre. Un bel arrêt sur la tête au premier poteau de Santini mais il peut/doit mieux faire sur le premier but de Bolasie. Qu’il soit gêné par l’attaquant croate est une chose mais il doit intervenir et ne pas rester attentiste.

Amrabat – 6/10 : il a déployé beaucoup d’engagement et d’intensité pour compenser ses problèmes de positionnement et a bien tenu son rang malgré une place qui n’est pas la sienne. Il a cependant laissé trop d’espaces dans son dos après le réveil du Sporting, leur offrant plusieurs possibilités.

Mechele – 6,5/10 : il a remporté tous ses duels avec Santini dans les 20 premières minutes. Nerveux, il prend une carte pour un geste de vengeance sur l’attaquant croate, on approuve pas. Un peu trop d’espaces laissé dans l’axe par moments qui ont profité à Verschaeren notamment. Une bonne prestation tout de même dans l’ensemble.

Denswil – 6/10 : solide mais sobre, le Néerlandais a réussi à gommer une partie de ses frasques passées. Il rentre moins dans les duels que par le passé mais commet également moins de fautes stupides. Il a eu du mal à doubler Diatta dans sa tâche défensive. Peu présent à la construction ce dimanche.

Rits – 6,5/10 : très mobile, il a alterné pas mal de positions au fil du match. Il apporte plus qu’un 6 classique par sa qualité de passes et de déplacements mais représente un certain manque d’équilibre défensif, on l’a vu à Salzbourg. Assez dérouté par les chaloupes de Verschaeren, il a joué plus bas par après.

Dennis – 5/10 : on voit qu’il a le potentiel mais il est trop irrégulier. Il a eu les opportunités, surtout en début de match, mais les a presque toujours mal jouées. Trop court défensivement, il a un peu laissé Amrabat seul face au percutant Bolasie. Attention à ce que la fusée de l’année passée ne se transforme en pétard mouillé.

Vormer – 7/10 : il a mis son bleu de travail et a joué son rôle de capitaine tout au long de la rencontre. Pitbull du début de match, il est ensuite devenu fidèle au rond central pour laisser Rits voyager latéralement. Pas sa plus grande prestation mais loin d’être une de ses pires cette saison. Il perd encore trop de temps à se plaindre de l’arbitrage.

Vanaken – 6/10 : maestro de l’entrejeu brugeois depuis plusieurs semaines, il s’est cette fois souvent montré trop imprécis, galvaudant de réelles opportunités d’occasions. Parallèlement à son rendement offensif, il a effectué un gros travail de sape sur Sven Kums. Il s’est montré plus discret en seconde période. Pas sa meilleure prestation.

Diatta – 7,5/10 : très explosif, il a fait mal à Dennis Appiah, comme à beaucoup d’autres ces dernières semaines. Un assist et une activité sans faille pour le meilleur brugeois sur la pelouse. Il doit cependant être plus sérieux et présent défensivement car il a laissé de l’espace dans son dos dont Amuzu a profité pour le deuxième but de Bolasie.

Schrijvers – 6,5/10 : le meilleur buteur du Club est très bon entre les lignes mais dimanche il a parfois joué un peu trop entre les lignes et n’était jamais joignable. Il est resté muet mais délivre tout de même un assist et décoche une frappe dangereuse. Un peu léger dans les duels en seconde mi-temps.

Wesley – 6,5/10 : puissant et difficile à déjouer comme à son habitude, il a retrouvé la confiance et l’a prouvé en inscrivant un but de renard. Il a pesé sur la défense mais s’est éteint petit à petit au fil des minutes, repris par un Kara plus à propos. Il doit encore travailler sur sa régularité pour s’améliorer.

Leko – 8/10 : voir homme du match.

Corps arbitral

Lardot – 6,5/10 : pas d’erreur flagrante pour le referee, il s’est parfois montré trop gentil (sur les coups de coudes), parfois trop cassant (fautes et arrêts de jeu à répétition). Il a semblé chercher le rythme du match avant de le trouver et de ne plus le lâcher.

VAR – 7/10 : pas de nouvelles, bonne nouvelle comme on dit! Bonne gestion de la problématique des coudes pour éviter un pugilat, il intervient à juste titre sur l’égalisation anderlechtoise. Même si il n’est pas intervenu, les images ont prouvé le non-penalty de Kums que tout le monde pensait fautif.

Homme du match

Leko – 8/10 : il a maintenu sa confiance en son équipe malgré la claque 4-0, un très bon choix psychologique pour son groupe. Il a mis en place un bloc offensif solide mais il fait surtout le changement décisif avec la montée de Vlietinck. Il perd encore trop de temps et d’énergie à s’énerver sur l’arbitre lorsque son équipe est malmenée.

Le match dans le match : l’axe anderlechtois VS les flancs brugeois

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Qui dit match au sommet dit opposition de force. Ce dimanche, c’était deux systèmes radicalement différents qui s’affrontaient, deux systèmes tant éloignés dans leur animation que sur leur époque. À domicile, un bon vieux 4-3-3 à deux pointes basses, l’un des plus vieux systèmes de l’histoire professionnelle du ballon rond. À l’extérieur, un 3-5-2 à deux pointes hautes, représentant idéal de cette nouvelle génération tactique qui s’est fortement développée ces dernières années. Un système valorisant l’exploit individuel et les percées axiales d’un côté, un autre misant sur le surnombre et l’exploitation des largeurs du terrain de l’autre donc mais dans les faits?

Adapte d’un football revenu à ses bases, Fred Rutten opte, en bon Hollandais qui se respecte, pour un 4-3-3 dont il définit l’assise comme défensive avec ses deux pointes basses. Un cran plus haut, le milieu offensif reculé doit évoluer dans le dos de la ligne médiane adverse et orienter le jeu vers les ailes où se trouvent des joueurs créatifs destinés à rentrer dans le jeu.
Dans l’animation offensive, ce sont les deux demis-défensifs qui dictent le tempo, soutenus par des arrières latéraux qui écartent peu pour soutenir le milieu de terrain. Quand il faut accélérer, ils joignent le milieu offensif reculé qui décale le jeu. Une fois les ailiers en possession de balle, ils ont pour préférence de rentrer dans le jeu pour profiter des infiltrations axiales des médians lorsqu’ils ne parviennent pas à faire la différence tous seuls. Lorsque l’axe est bouché, ils trouvent toujours un point d’appui auprès d’un avant-centre grand, généralement pas rapide mais capable de jouer en déviation.
Tout au long du match, les Anderlechtois ont donc laissé le ballon à Kums, demis-défensif le plus reculé qui s’est chargé de transmettre le cuir aux Verschaeren et Zulj (selon qu’ils aient switché ou non). Une fois ce créatif en possession de balle, il écartait presque systématiquement sur Bakkali ou Bolasie (puis Amuzu) qui avaient repiqué dans l’axe et n’ont jamais collé leur ligne en attente d’un ballon. Comment sont arrivées les occasions anderlechtoises? Un exploit individuel sur un côté (premier but de Bolasie, occasion de Bakkali), une infiltration axiale (face-à-face manqué de Verschaeren) ou une alternance des deux (centre d’Amuzu pour le deuxième but de Bolasie après une infiltration axiale).

Membre de la nouvelle école du football, Ivan Leko a, dès sa prise de fonction au Club, toujours préférentiellement aligné son équipe dans un 3-5-2 à deux pointes hautes (Vanaken et Vormer généralement) et un seul médian défensif (Nakamba, Rits plus souvent). Échelonnés sur la largeur du terrain, les systèmes à trois défenseurs tendent toujours à écarter le jeu pour maximiser les espaces entre les défenseurs adverses pour s’y engouffrer à l’aide d’une multiplication de passes courtes.
Au cours d’un match, le bloc équipe avance et recule en même temps pour former un amas perpétuellement organisé. Bétonné lorsqu’il se replie, le bloc se transforme en rouleau-compresseur quand il remonte le terrain comme un seul homme. Pour cela, les joueurs doivent dépenser une énergie folle ou s’assurer de la possession de balle. Les deux rôles fondamentaux de ces systèmes se trouvent sur les flancs, où les ailiers doivent apporter le surnombre et le décalage en phase offensive et se replier comme arrières latéraux en perte de balle.
C’est pour cette raison que la priorité des différents mercatos brugeois se porte sur ce type de joueurs, capables d’alterner percées offensives et replis défensifs. Dimanche, Diatta est le joueur qui a touché le plus de ballons derrière les meneurs Vanaken et Vormer et le joueur qui s’est mis le plus en vue. À chaque récupération de balle, Amrabat et Denswil perçaient l’axe, forçant les ailiers adverses à rentrer dans le jeu, pour libérer de l’espace sur les flancs pour Diatta et Dennis qui pouvaient alors amener le surnombre autour du rectangle anderlechtois. Si Diatta fut déroutant, Dennis a loupé son match et la plupart des occasions ou situations mauves sont venues du flanc de Bolasie.

Entre circulation rapide et longues possessions de placement, entre verticalité et jeu latéral, entre projections vers l’avant et jeu en appui, le Topper de dimanche n’a cessé d’osciller d’orientation en fonction du possesseur. Cette constante évolution du coeur du jeu est sans doute l’une des causes de la fatigue des organismes et des multiples erreurs de concentration de la fin de match.
Les flancs brugeois ont clairement fait la différence en début de match avant de perdre le contrôle du jeu au profit d’un axe anderlechtois plus consistant mais ce sont finalement à nouveau les flancs blauw en zwart qui ont fait la différence en dernier. Pour un même niveau d’efficacité (2 buts) malgré une plus courte durée au sommet (20 premières minutes puis 10 dernières), ce sont les flancs de la Venise du Nord qui remportent ce match dans le match.

Les 3 clés du match

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L’exploitation des transitions

Dans cette opposition de système, la principale clé de réussite et d’emprise sur le match allait se jouer dans la qualité de l’exploitation des transitions, offensive comme défensives, verticales comme latérales. Comme dit plus haut, le Club a surdominé son adversaire dans la première partie de la rencontre et ne lui a laissé aucune espace.

Le jeu direct et le pressing très haut des visiteurs a fortement contraint le Sporting devant son rectangle. Complètement étouffé dans le milieu de terrain, ils n’ont jamais su contourner le bloc haut brugeois, à l’image d’un Santini à la ramasse qui a commis plus de fautes qu’il n’a touché de ballons. Anderlecht ne trouvait aucune profondeur dans son jeu et l’espace laissé entre ses défenseurs était immense, empêchant une relance propre et une sortie du pressing adverse. Profitant de leur bloc haut, les Blauw en zwart ont usé, et abusé parfois, de plongées collectives qui noyait leur adversaire.

Même lorsque le match s’est équilibré, les Mauves ont éprouvé des difficultés dans les phases de transition, ne sachant jamais vraiment quand avancer en bloc et quand reculer en équipe. D’habitude plutôt à l’aise en situations de contre-attaques, ils se sont davantage montré dangereux sur des attaques placées ou des décalages en deux temps. Au niveau de la gestion des phases de transition, le Club leur fut largement supérieur et a su en profiter par deux fois.

La gestion du ballon

Lorsque l’on arrive pas à fendre une défense par a-coups ni par des mouvements rapides de bloc, on met souvent le pied sur le ballon pour prendre le contrôle du match et chercher la faille dans la défense adverse. Plutôt habitués à garder le ballon, les hommes d’Ivan Leko ont cette fois concédés la possession aux Anderlechtois, bien contents de pouvoir prendre quelque chose en main dans ce match.

Les Mauves ont eu la maîtrise du jeu et du ballon une fois l’orage passé. Ils ont pu enfin y trouver la verticalité qui leur manquait tant. Par des transmissions incisives, ils ont su profiter des espaces laissés dans le dos de Diatta et surtout de Dennis pour écarteler le trio arrière brugeois. De l’autre côté, le jeu très développé sur les flancs n’avait, pour une fois, par pour but de monopoliser le ballon mais plutôt de mettre sous pression le faible Milic et le revenant Appiah. Le bloc homogène brugeois attendait les hommes de Rutten pour repartir vers les ailes et trouver l’espace dans les dos des backs anderlechtois.

Si l’impact physique fut largement supérieur du côté des Gazelles, surtout avant l’égalisation, les Mauves ont démontré une envie plus grande qui leur a permis de reprendre le match en main. Moins en vue dans les duels que leurs adversaires, ils ont compensé par cette volonté indéfectible de prendre le dessus, chose qu’on avait plus vue depuis un moment déjà au Parc Astrid.

Les manquements de concentration

L’expression « le but est pour sa pomme » est un lieu commun dans le commentaire sportif et doit être relativisé. Tout but provient toujours d’une erreur quelque part, sans erreur il n’y aurait jamais de but. Et des erreurs primordiales, il en fut question dans ce match. Mais pas des erreurs techniques, physiques ou footballistiques comme on peut en voir régulièrement, non ce sont bien des erreurs de concentration qui ont forgé ce résultat.

L’ouverture du score est une succession de petites erreurs (de la relance manquée de Didillon à la prise de risque de Milic qui tente de forcer le passage sur le flanc) mais surtout d’une erreur de concentration, celle de Kara qui sort de son match une demi-seconde, suffisant pour se faire laisser sur place par Wesley qui surgit au premier poteau. Sur l’égalisation anderlechtoise, Bolasie se joue beaucoup trop aisément d’un Dennis qui a une nouvelle fois prouvé qu’il ne savait pas défendre avant de décocher sa frappe. Frappe sur laquelle Ethan Horvath pouvait et devait mieux faire, il hésite entre plonger ou attendre une possible déviation de Santini pour au final ne rien faire et laisser le ballon filer dans son petit filet. Le dernier but enfin n’a même pas besoin d’explication tant le manque de concentration d’Elias Cobbaut, qui abandonne complètement Vlietinck, est limpide. Oui, le match était plaisant et les deux équipes ont proposé du beau jeu grâce à un enchevêtrement tactique réfléchi, mais ce sont bien de bêtes erreurs de concentration qui ont permis au score d’être en l’état. Comme le football peut être simple.

ALVARRO

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