Meirama, Lucenec, Kalundborg : les pionniers environnementaux à suivre

Meirama, Lucenec, Kalundborg : les pionniers environnementaux à suivre

Raffinerie Equinor – © Equinor – tous droits réservés

Les études pleuvent, les constats affluent : la situation climatique en arrive à son point critique et l’urgence est plus que jamais d’actualité. Si l’on a pas mal reproché le manque d’initiatives, nous avons également consacré plusieurs sujets des Revues de la semaine aux alternatives mises en place, et il est désormais temps de leur offrir un article qui leur soit dévoué. Trois régions, trois projets, trois raisons d’y croire.

Lagune de Meirama, Galice, Espagne. Une perche trouble d’un coup de queue le repos de la surface du lagon, preuve ultime de la réussite du projet de réhabilitation de l’ancienne mine de Cerceda. Poumon économique de la région, l’extraction de charbon avait démarré en 1977 et employait près de la moitié de la population de la grande voisine de La Corogne. Pendant plus de trente ans, la vallée d’As Encrobas a vu jaillir de son sol près de 94 millions de tonnes de charbon. Elle peut désormais y admirer plus de 830 espèces de faune et de flore, une véritable révolution écologique dans cette région espagnole traditionnellement industrielle.

En 8 ans de travaux, et telle une make-up artist, l’ancien gisement minier s’est entièrement refait une beauté, passant d’un puits sans fond ouvert au ciel en un lagon artificiel réhabilitant un écosystème indépendant. Plus efficace qu’une chirurgie esthétique, avec en prime l’introduction de corps étrangers en moins. Le projet comportait deux phases principales : il a d’abord fallu réintroduire la vie sur des terres rendues incultivables, avant de remplir le bassin d’une profondeur de 200 mètres et d’une superficie estimée à 200 terrains de football en détournant les rivières et cours d’eau environnants.

Méfiants dans un premier temps, les habitants de Cerceda ont rapidement été conquis par le projet puisque la lagune de Meirama prendra directement la relève économique et sociale de l’ex-mine. Formatée pour alimenter près de 400 000 habitants, elle fournit de l’eau à la grande voisine de La Corogne située 13 kilomètres en aval et réouvre le marché de l’emploi local par ses besoins d’entretien et de fonctionnement. Elle permettra de (re)dynamiser l’économie et le tourisme de la région, lui apportant, à son tour, la nouvelle vie dont celle-ci lui a fait cadeau.

Lucenec, Banska Bystrica, Slovaquie. Un lourd camion entame l’ascension d’un léger col près des monts Métallifères slovaques. Ses pneus vieillis par les transports accrochent régulièrement un revêtement de sol pourtant peu ordinaire. Il vient de franchir un tronçon de route en plastique sans même s’en rendre compte, c’est là l’une des prouesses techniques les plus intéressantes de cette région du centre du pays. Face aux 26 millions de tonnes de déchets produits annuellement par les Européens, et dont un tiers seulement est recyclé, la Slovaquie a investi dans la transformation du plastique en bitume.

Récupéré sous forme de granulés, il est incorporé à hauteur de 20% dans le mélange d’asphalte classique et comporte de nombreux avantages : une durée de vie supérieure de 3 ans aux bitumes traditionnels, un coût moindre aux additifs plastiques actuellement utilisés dans la confection des revêtements de sols routiers et une économie d’énergie en deux temps. D’un côté, l’utilisation de ces routes vertes permet l’économie d’une tonne d’asphalte au kilomètre et de l’autre, leurs rénovations moins fréquentes entraînent une économie d’entretien à long terme (le remplacement en lui-même est d’ailleurs également moins coûteux).

© Ladislav Luppa – tous droits réservés

L’idée en soi n’est toutefois pas tellement novatrice car l’on retrouve le même type de projet en Angleterre, en Turquie et à Bahreïn, mais ces pays l’utilisent à la réparation de leurs routes traditionnelles, là où la Slovaquie l’implante directement au sein d’une région entière. La société Viakorp, qui produit ce bitume vert, déclare d’ailleurs que le matériau n’est « pas une nouveauté, [il] est certifié et donc reconnu par l’Union européenne. » La mise en place et la réussite de ce projet à visée européenne (il peut être adopté par n’importe quel pays) marque peut-être l’une des grandes solutions à la diminution des déchets plastiques. Étendu à l’Union, il permettra sans doute de réduire la moyenne européenne des 100kg de déchets plastiques produits annuellement par ménage de 4 personnes. À l’heure où le gaspillage est encore largement de mise et le recyclage pas encore toujours un réflexe, un tel projet porteur se doit d’être mis en avant de par son potentiel, ses ambitions et ses possibilités d’avenir.

Kalundborg, Sjaelland, Danemark. Un vrombissement sourd parcourt, au rythme des afflux de vapeur d’eau, les pipelines verts reliant la centrale électrique d’Orsted à la raffinerie Statoil et l’entrepôt de Novozymes, leader de la production d’enzymes. Ce circuit fermé est l’un des nombreux ponts industriels mis en place sur le port de Kalundborg, référence mondiale en écologie industrielle. Depuis plus de trente ans, huit grands acteurs industriels coopèrent en bordure de mer du Nord en vue d’une symbiose productive et écologique : le terme de « symbiose » fait référence aux écosystèmes naturels au sein desquels les déchets d’une espèce sont réutilisés par d’autres espèces comme des ressources.

Fonctionnement de la « symbiose » – © Kalundborg Symbiosis – tous droits réservés

Cette association permet aux différentes entreprises d’éviter de devoir traiter leurs déchets et de favoriser l’approvisionnement local, le port n’ayant plus besoin d’importer une grande partie des matières premières dont elle a besoin. En effet, le recyclage de la vapeur sert notamment à chauffer le pétrole brut de Statoil, aux procédés de distillation et stérilisation de Novozymes et à alimenter le système de chauffage urbain de la ville. D’un autre côté, les eaux résiduelles de Statoil sont récupérées et recyclées par la centrale d’Orsted pour créer leurs fameuses vapeurs et limiter le prélèvement d’eau du lac Tisso. Les 180 000 tonnes de fertilisants issus de l’activité de Novozymes sont par ailleurs réutilisées pour nourrir plus de 200 exploitations agricoles de la région tandis que le gypse synthétique produit par la centrale d’Orsted évite l’importation et l’augmentation de l’empreinte carbone du producteur de panneaux en plâtre Gyproc.

Ne nous y trompons pas, ce réseau ne fut pas mis en place par simple bonté d’âme ni pur intérêt écologique, et les acteurs du projet ne s’en cachent pas : l’intérêt économique était, et est toujours, le moteur principal de la démarche, et les bénéfices écologiques représentent des conséquences importantes qui gravitent autour de ce pôle. Chacune des entreprises trouvent son compte dans ce maelstrom économico-écologique et le bilan global est très positif, avec notamment plus de 3 de millions de mètres cubes d’eau économisés chaque année. Le concept commence d’ailleurs à accrocher à l’étranger, une attirance que les patrons expliquent par « les tensions sur les ressources et le coût croissant du traitement des déchets », mais l’exportation du modèle reste encore difficile à mettre en place : toute ville n’est pas Kalundborg, toute ville ne jouit pas d’une proximité géographique, d’un climat de confiance mutuelle ou d’un soutien solide et sur le long terme des autorités locales. Il faudra d’abord changer les mentalités pour une vision à long terme avant de pouvoir sérieusement envisager ce genre de projet, mais les possibilités (et l’espoir) sont là.

ALVARRO

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