[Sous la loupe] Clasico, l’enthousiasme retrouvé

[Sous la loupe] Clasico, l’enthousiasme retrouvé

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Chronique d’analyse, Sous la loupe s’intéressera aux événements récents qui méritent, selon nous, une plus profonde analyse qu’un simple traitement médiatique. Vous y retrouverez tout autant de sport que de politique, de social ou de culture. Le but est de se plonger au coeur de l’événement pour en ressortir les dynamiques internes et en mettre à jour les clés de lecture.

Opposition de style comme de mentalité (le passionné contre le passionnant, le baraki contre le dikkenek, la beauté de la volonté contre la beauté du geste), le Clasico est l’événement sportif le plus attendu et le plus suivi du Royaume, celui qui attise le plus passions et couche le plus d’analyses aussi. Depuis l’arrivée des Play-offs, il lui arrive même régulièrement de voir double, sans pour autant perdre en intensité ni en valeur symbolique. Pour les Standardmen, c’est le match le plus important de la saison, un supporter Rouche se satisfera d’une mauvaise saison si son club a battu les Mauves. Au Parc Astrid, la haine sportive penche plus pour le rival brugeois, et les Toppers sont d’autant de matchs bien plus tendus encore, mais aucun supporter n’avalera la pilule d’une défaite face aux hargneux liégeois, cela blesserait trop son ego de plus grand club.

Cette année, les formes sont inversées, Sclessin vibre autour d’une équipe soudée capable de battre n’importe qui, là où le stade Constant Vanden Stock s’ennuie devant une équipe en reconstruction qui ne parvient pas à trouver de stabilité, surtout défensive. Ce déplacement en bord de Meuse promettaient des étincelles, et l’on a pas été déçus.

Résumé du match

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Si il est encore difficile de juger l’apport de Fred Rutten sur le groupe anderlechtois après deux matchs officiels, force est de constater qu’il cherche à (r)amener une vraie volonté offensive autour de l’idée d’un Anderlecht conquérant, qui affirme sa supériorité et ne s’adapte plus à la tactique adverse. Le début de match de ses joueurs, disposés dans un 4-5-1 tourné vers l’avant, en est la preuve ultime. Cela faisait longtemps que l’on avait plus vu un Sporting aussi offensif en déplacement, qui plus est à Sclessin, tant on nous avait habitué à une posture défensive dans l’attente de contre-attaques. Cela prendra encore du temps pour (re)trouver l’équipe qui faisait peur à tout le monde en Belgique mais les bases sont jetées. En découle un premier quart d’heure à l’avantage des Mauves, pressants très haut mais ne parvenant pas à concrétiser leur domination physique et territoriale.

Anderlecht côté pile, un Standard diesel

Autour de la 20ème minute, les Rouches reviennent dans le coup et montrent les dents. Thomas Didillon s’interpose brillamment devant Gojko Cimirot, parfaitement lancé par Medhi Carcela par dessus la défense mauve, mais ce n’est que partie remise : dans la foulée, Razvan Marin se joue du côté droit anderlechtois et trouve appui sur Carcela, sa reprise en demi-volée ne laisse aucune chance à Didillon. Sclessin s’enflamme, pas pour longtemps. Au lieu d’enfoncer le clou, de pousser son adversaire dans les cordes, le Standard semble hésiter. Le jeune Yari Verschaeren, très en jambes jusqu’alors, pousse la révolte. Fauché inutilement par Collins Fai à 24 mètres du but, il offre un excellent coup-franc à ses coéquipiers. Sven Kums, dont le retour progressif à son meilleur niveau fait du bien au Sporting, ne se fait pas prier et dépose un bijou dans la lucarne de Guillermo Ochoa. Sclessin se tait, surpris. En fin de mi-temps, Renaud Emond et Ivan Santini buttent sur les portiers adverses. Les deux équipes se quittent dos à dos après 45 minutes de très bonne facture, fait devenu rare lors d’un Classico.

Docteur Medhi, Mister Carcela

Au retour des vestiaires, le rythme diminue sensiblement. Les Mauves jouent plus bas et semblent s’émousser au fil des minutes, laissant possession totale aux locaux. À la 55ème minute, une remise trop puissante de Santini en retrait offre à Maxime Lestienne, très peu en vue, un face-à-face avec Didillon mais le portier français pousse l’ex-promesse brugeoise sur son pied droit, opportunité manquée. Ce n’est que partie remise puisque cinq minutes plus tard, Cimirot sert Carcela, dos au but à l’entrée du rectangle, qui pivote sur son pied droit et décoche une frappe surprenante. Le ballon flottant retombe sous la barre de Didillon, c’est le but de l’année. Sclessin explose, Carcela exulte et s’offre une célébration à son image, haute en couleurs. Mais Medhi c’est aussi la passion dans ce qu’elle a de plus mauvais. Après intervention du VAR, sous l’oeil médusé et enragé du stade Maurice Dufrasne, il voit sa merveille être annulée pour une faute de Konstantinos Laifis sur Zakaria Bakkali à la base de l’action et adresse un bras (doublé d’un doigt) d’honneur à l’arbitre, Monsieur Visser. Un geste que l’on ne peut excuser, tout comme le pétage de câble de Michel Preud’homme, expulsé de son banc de touche pour avoir crié au visage de l’homme en noir. La frustration est largement compréhensible, mais la décision est logique. Le Standard est ko, Anderlecht n’est pas capable d’en profiter et le rythme du match chute. La fin de match est décousue, la pièce peut tomber des deux côtés mais les Rouches sont plus consistants : à la suite d’un contre éclair, Zinho Vanheusden sert Paul-José Mpoku qui s’en va se jouer de Kara et de Didillon pour offrir trois points somme toute logiques aux Liégeois.

Les cotes du match

Standard de Liège

Ochoa – 6/10 : peu mis à contribution, il a fait le boulot quand il le fallait. Il ne peut strictement rien faire sur le but de Sven Kums. Une rencontre calme pour le portier mexicain.

Bokadi – 8/10 : la surprise du coup d’envoi s’est vite transformée en coup de génie. Très solide dans les duels, il était partout où il était besoin. Pas encore rodé à son nouveau poste, il fut tout de même quelques fois pris dans le dos.

Vanheusden – 7,5/10 : serein et sérieux comme toujours, il fut toutefois moins souverain dans les duels. Son excellente vision de jeu et sa remontée de terrain en fin de match offrent l’assist victorieux à Paul-José Mpoku).

Fai – 4,5/10 : clairement pas dans son jour, il a connu d’immenses difficultés face à Yari Verschaeren en première période. Ce n’est pas la première fois de la saison et ça commence à inquiéter certains supporters rouches. Il a davantage respiré en seconde mi-temps lorsqu’Anderlecht jouait plus bas.

Laifis – 6/10 : un match sérieux comme à son habitude, simple mais efficace. Il a connu peu de déchet et s’est montré très sobre dans ses interventions. Ses rares montées ont chaque fois apporté du danger.

Cimirot – 6,5/10 : en délicatesse en début de match, il a rapidement repris les rennes de l’organisation et de la stabilité liégeoise. Bouchant les trous lors des contre-attaques mauves, il s’est alors contenté de ses tâches défensives. Un match à son image, discret mais efficace et important.

Marin – 8/10 : encore une fois, son engagement et sa technique ont fait la différence, et il a régné sur le milieu de terrain. Un très beau but qui vient récompenser une grosse prestation tant offensive que défensive. Il prend de plus en plus d’ampleur et il sera difficile de le garder.

Lestienne – 4/10 : il prenait en régularité ces dernières semaines, il est passé complètement à côté de son match. Entre dribbles inutiles et face-à-face manqué sur le peu de ballons qu’il a touché, il n’a pas réussi grand chose.

Carcela – 8/10 : on le sait intenable dans ses bons jours, il était aujourd’hui dans un excellent. Déroutant incisif, il a perpétuellement cisaillé la défense mauve et s’est montré décisif. Mais pas autant qu’il l’aurait voulu.

Mpoku – 7/10 : annoncé incertain, le capitaine courage de Sclessin était finalement de la partie et a parfaitement rempli son rôle. Dans la plupart des bons coups, il offre une victoire méritée en toute fin de match.

Emond – 5/10 : match difficile par excellence pour Renaud qui a touché très peu de ballons. Souvent piégé par un solide Kara, il n’a pas été aidé par ses coéquipiers qui n’ont pas proposé un jeu basé sur ses qualités. Très discret mais pas mauvais.

Preud’homme – 3/10 : on aurait voulu noter la performance tactique de Michel mais c’était tout bonnement impossible suite à son nouveau dérapage. Une fois de plus il se permet des choses qu’il sait qu’il ne peut pas faire et une fois de plus les sanctions ne sont pas prises. La bonne gestion de ses changements lui évite le zéro pointé.

RSC Anderlecht

Didillon – 6,5/10 : une nouvelle prestation frustrante pour le portier français qui sauve trois fois les meubles mais se retourne deux fois. Il ne peut strictement rien faire sur les buts liégeois. Il a bien joué le jeu avec les supporters dans un esprit de fête.

Kara – 7/10 : le retour du Sénégalais fera assurément du bien au Sporting, il en impose et rassure ses équipiers. Il a éteint Emond dans les duels mais se fait avoir par Mpoku en fin match.

Lawrence – 5/10 : revenu dans le onze de base sous Rutten, l’Anglais n’est pas un mauvais joueur mais n’est pas non un foudre de guerre. Son match de dimanche est à l’image de sa saison, moyen. Il sort trop tard sur Marin sur l’ouverture du score.

Najar – 6/10 : bien en place et régulier, il est l’un des seuls Anderlechtois à avoir gardé son niveau tout du long. Il était principalement assigné à ses obligations défensives et n’est monté que très peu. On l’a déjà vu plus en jambes et inspiré.

Obradovic – 6,5/10 : revenu du Diable Vauvert depuis l’arrivée de Rutten, il a prouvé qu’il n’avait rien perdu de son meilleur niveau. Déjà en vue contre Eupen, il a livré une grosse première période avant de couler physiquement. L’enchaînement des matchs lui fera du bien, au Sporting aussi.

Kayembe – 7/10 : impressionnant d’importance et de récupération lors du premier acte, il prouve à chaque match qu’il a encore un peu plus le talent pour s’imposer dans l’entrejeu mauve. Il a soulagé Kums et Zulj grâce à son abattage. Victime de l’ajustement tactique après la pause.

Kums – 8/10 : l’ex-Gantois retrouve (enfin!) son niveau de champion de Belgique et rayonne à nouveau sur les pelouses. Il parvient à relativiser l’absence d’Adrien Trebel dont le retour va poser problème à son entraîneur : qui de Kayembe, Kums, Trebel ou Zulj sautera du onze de base? Dimanche, Kums fut conquérant et entreprenant, cela faisait longtemps.

Zulj – 5,5/10 : en première période, il a confirmé les bonnes impressions entrevues contre Eupen : un jeu de passes au-dessus de la moyenne et une excellente vision de jeu. Malheureusement, il ne tient pas encore la route physiquement et a touché trop peu de ballons avant de disparaître en seconde mi-temps. Plusieurs merveilles de passes qui raviront le Parc Astrid d’ici peu.

Bakkali – 4/10 : les semaines se suivent et se ressemblent pour Zakaria qui ne semble toujours pas trouvé la solution à son errance. Brouillon, il donne l’impression de ne pas savoir quoi faire en possession de balle et ne gagne aucun duel. Une nouvelle fois transparent, son bilan anderlechtois n’est pas au niveau et il devra se remettre en question.

Verschaeren – 6/10 : révélation de ce début de deuxième partie de saison, le jeune Yari a montré qu’il avait du culot et a étalé sa classe en première période. Meilleur joueur au repos, il a disparu de la circulation au retour des vestiaires, comme la plupart de ses équipiers. Difficile de demander à un gamin de 17 ans de tirer son équipe vers le haut.

Santini – 5,5/10 : dans une tactique qui ne joue pas sur ses qualités, il s’est fait mettre sous l’éteignoir dans les duels par la surprise Bokadi. Toujours combattif, il aura quand même réussi à se procure deux situations de but compliquées à gérer. Malgré une deuxième mi-temps frustrante, il a continué à aller vers l’avant et n’a jamais baissé les bras.

Rutten – 5/10 : d’abord positivement puis de manière assez incompréhensible, le coach hollandais a surpris tout le monde dimanche. L’idée d’un tel Anderlecht aussi offensif au coup d’envoi n’avait traversé l’esprit de personne, mais le changement à la pause d’une tactique qui marchait, encore moins. Un coup de génie puis une erreur tactique font une note générale à la moyenne.

Corps arbitral

Visser – 8/10 : voir homme du match.

VAR – 7/10 : chapeau pour le but annulé! Il fallait avant tout déjà le voir, mais il fallait aussi ensuite oser le faire (c’est tout à fait normal mais on a vu en début de saison le VAR hésiter ou ne pas oser se prononcer) et c’est la meilleure décision qui a été prise. Dommage pour l’absence de ralenti clair sur la phase impliquant Yannick Bolasie.

Homme du match

Visser – 8/10 : pour qu’il y ait grand match, il faut deux équipes au niveau, mais il faut surtout un arbitre à la hauteur de l’événement. Monsieur Visser a parfaitement rempli son rôle de chef d’orchestre et n’a commis aucune erreur flagrante ni capable de modifier le cours du match. Quand l’arbitre se plante, il faut le dire, quand il est excellent, il faut le dire tout autant.

Le match dans le match : Kayembe VS Cimirot

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Transféré au mercato d’hiver de la saison dernière, Gojko Cimirot a petit à petit fait son trou à Sclessin au point d’éjecter Uche Agbo du onze de base puis du noyau puis du club lors de ce dernier mercato. De l’autre côté, on retrouvait une des nombreuses jeunes pousses du Sporting, Edo Kayembe, milieu offensif de formation reconverti médian défensif. La confrontation pouvait sembler déséquilibrée mais l’Anderlechtois avait déjà démontré de belles qualités lors de ses anciennes titularisations, des qualités qu’il a confirmé sur la pelouse du Maurice Dufrasne.

Si le Sporting fut aussi entreprenant et consistant en première mi-temps, c’est en grande partie grâce à la prestation de son jeune médian. Présent dans les duels et fermant les espaces dans le dos de Sven Kums, il fut impressionnant à la récupération par son placement et sa qualité d’interception. Physiquement au niveau du match, il a mangé Cimirot avant que celui-ci ne switche de position avec Razvan Marin pour forcer l’Anderlechtois à évoluer un cran plus bas. Il a principalement oeuvré en tant que deuxième couche derrière le premier rideau de Kums et sa propension à pencher sur la gauche a coupé les possibilités de joindre Maxime Lestienne, qui n’a touché que peu de ballons durant le premier acte. Rendu plus vulnérable en seconde période par la baisse considérable de régime de Peter Zulj qui a exposé davantage Kums, il a perdu en efficacité et en rayonnement. Positionné au sein d’un bloc plus bas, il n’a plus tenu de rôle prépondérant puisque le Standard jouait principalement sur les flancs pour tenter d’écarter la défense anderlechtoise regroupée.

Transparent en début de match, son repositionnement a offert plus de liberté et de temps à Cimirot pour jouer de son excellente vision de jeu. Pare-choc dans le dos de Marin, il s’est tout de même permis quelques petites velléités offensives en butant sur Thomas Didillon après une infiltration ou en servant l’assist au but annulé de Medhi Carcela. Son intelligence tactique et son positionnement irréprochable en ont fait un rempart de choc lors des tentatives de sorties de défense du Sporting en seconde période, souvent avortées. Il a connu un nouveau petit passage « à vide » en fin de match, ce qui a coïncidé avec la prise de confiance et les situations offensives anderlechtoises.

Annoncé gagné d’avance par le Standardman, le duel de médians défensifs entre Cimirot et Kayembe est finalement bien plus difficile à démêler que prévu. Si le Congolais a atteint un niveau supérieur au Bosnien lorsque son équipe tournait bien, il n’a pas réussi à lui faire sortir la tête de l’eau quand elle en avait besoin. Cimirot a quant à lui su garder un niveau presque sensiblement égal tout au long de la rencontre. Par la qualité qu’il a su proposer durant la première mi-temps et parce que sa baisse de régime lui est partiellement extérieure (il n’est pas responsable du changement tactique de son équipe qui l’a privé de bien plus de ballons, de duels et d’impact possible), nous donnons Kayembe vainqueur aux points d’une courte tête. Une performance à réitérer sur une plus longue période de match pour pouvoir réellement juger de ce qu’il peut apporter en stabilité à ce Sporting encore malade et inconstant.

Les 3 clés du match

La bataille du milieu de terrain
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Expression devenue clichée à force d’être utilisée à tout va, c’est bien pourtant de cela que relève le point de bascule principal du Clasico de dimanche fin d’après-midi. Le match dans le match s’est d’ailleurs joué dans cette zone du terrain, et ce n’est pas un hasard.

Alignées toutes les deux en 4-5-1, les deux équipes abordaient le même schéma médian fait de deux pointes basses misant sur l’impact physique et d’une pointe haute destinée à alimenter le jeu offensif. Malgré un système identique, les deux meilleurs ennemis avaient opté pour des animations de jeu différentes : un médian avancé au rôle libre évoluant entre les lignes adverses côté Rouche en la personne de Medhi Carcela contre un Peter Zulj positionné en « vrai n°10 » sensé orienter le jeu par ses transmissions. Les médians défensifs anderlechtois étaient de fait positionnés plus haut sur le terrain pour récupérer les ballons le plus vite possible et limiter les espaces dans la zone médiane. Au Standard, Gojko Cimirot occupait le poste de sentinelle pendant que Razvan Marin était un piston plus mobile alternant positions défensives et percées vers l’avant.

Agressive et présente à tout instant, la ligne médiane mauve a mis son alter ego sous pression et l’a empêché de respirer pendant un premier quart d’heure clairement à l’avantage des visiteurs. Le switch de côté entre Cimirot et Marin permit au Standard de trouver plus d’espace et s’est donné de l’air. C’est pourtant le trio médian des Mauves qui dicte le tempo du match. Et si les locaux parviennent à ouvrir le score, l’action démarre d’une touche et profite de la position trop défensive de la ligne anderlechtoise, soit une erreur dans son organisation. C’est d’ailleurs le milieu mauve qui a forcé le but égalisateur puisque c’est son pressing vers l’avant qui permet à Yari Verschaeren de s’infiltrer dans la défense rouche où il est finalement fauché par Collins Fai, avant que Sven Kums n’expédie ce coup-franc dans la lucarne de Guillermo Ochoa. À la pause, les chiffres confirment la domination anderlechtoise.

Nul doute que le Sporting aurait pu faire mal aux Standardmen si son milieu avait tenu le coup. De là à les voir s’imposer? Pourquoi pas, tant les prestations de Sven Kums et Edo Kayembe étaient remarquables, mais ce ne fut pas le cas pour un triangle médian qui a disparu en seconde période. Largement supérieur dans l’impact et l’agressivité positive, le Standard a alors marché sur son grand rival qui n’a plus eu droit au chapitre. La bataille du milieu de terrain avait rendu son jugement et le match avait tourné.

L’enthousiasme comme valeur cardinale
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Si on a déjà pas mal parlé d’impact et d’engagement physiques, on a pas encore vraiment traité de l’enthousiasme, pourtant partie centrale du titre de l’analyse. Il est temps de corriger cela.

L’enthousiasme est le concept qui a le plus inondé ce … Clasico puisqu’il en était partie prégnante tant sur le terrain et en tribunes que symboliquement. Il fut tout d’abord le moteur principal d’un match qui fut passionnant parce qu’il mettait aux prises deux équipes qui voulaient absolument s’imposer et ont accepté de jouer le jeu. Après une première mi-temps de haute voltige, le Sporting a cependant semblé préférer vouloir calculer et assurer le match nul, ce qui lui a fait perdre l’emprise sur la rencontre puis le match tout court.

L’enthousiasme était également présent en tribunes dans un stade chaud bouillant comme on avait plus vu depuis un moment déjà, lorsque le Chaudron de Sclessin était imprenable. Le public a poussé son équipe jusque dans ses retranchements et amplement participé à la fête et à la tension d’un match sous haute tension pourtant toujours resté correct. Le rôle des supporters, chauds et enflammés mais ni délétères ni agressifs, y est largement pour quelque chose. Et les supporters mauves ne furent pas en reste non plus et ne se sont pas laissés faire. La qualité du match a augmenté encore, par rétroaction, la satisfaction d’un public qui a joué son rôle.

L’enthousiasme est enfin présent dans les têtes, dans les attentes, dans les espoirs qui ont découlé de cette rencontre et de la prestation des deux équipes. Enthousiastes, les supporters rouches le sont certainement puisqu’ils occupent plus que jamais la quatrième place, à deux points de la deuxième marche. Ils sont également désormais pleinement conscients qu’ils peuvent battre absolument tout le monde lorsqu’ils sont dans un bon jour. Enthousiaste, le public mauve peut l’être aussi au vu des progrès affichés par son équipe en quelques matchs seulement : on retrouve enfin une ligne directrice qui vise la possession et l’obligation de jouer vers l’avant, de l’envie et de la détermination, des phases construites et un jeu de qualité. Il est certain qu’il faudra surveiller de très près ce Sporting si il accroche les PO1.

L’ambition tactique
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Parallèlement aux notions de volonté, d’engagement et d’enthousiasme dans l’effort, le critère tactique a participé à la mise en place puis la transformation d’un match plein.

Par sa volonté de jouer vers l’avant avec un bloc haut, Rutten a forcé son équipe à prendre son adversaire à la gorge et dicter le tempo. Et il faut avouer que cela faisait du bien de voir le Sporting retrouver cette mentalité d’antan, cette idée que c’est à son adversaire de s’adapter à sa tactique et pas l’inverse. On sent que le Hollandais veut ramener cette esprit de domination et d’équipe offensive et séduisante à l’avant-plan, dans un style qui n’est pas sans rappeler celui des copains de l’Ajax Amsterdam.

Cet Anderlecht offensif et positif dans son pressing a surpris, ravi et dominé comme rarement ce fut le cas ces dernières saisons, mais ça n’a pas duré. Peut-être conscient du danger permanent que représente le Standard, surtout si on lui laisse de l’espace en jouant haut, il a réajusté son bloc équipe pour tente de préserver le match nul. Cette frilosité tactique, d’autant plus étonnante au vu de l’audace proposée au coup d’envoi et de la réussite de celle-ci, a coûté la rencontre au Sporting qui s’est fait manger en seconde période en laissant les Rouches prendre l’initiative. Au contraire, Michel Preud’homme a insisté auprès de ses joueurs sur la nécessité de se battre jusqu’au bout et d’aller au delà de l’effort. C’est donc une belle leçon de football, et de sport de manière plus générale : il ne faut pas tenter de limiter la casse mais jouer de ses propres forces sans se soucier du reste, se concentrer sur ses qualités et ne surtout pas hésiter à suivre son instinct.

ALVARRO & Tchoupi

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