Playlist du mois #7 (spécial hiver)

Playlist du mois #7 (spécial hiver)

Conformément au titre de l’article, la rédaction de Journa’Lîdje publiera mensuellement une playlist musicale qui reprendra les chansons qui les auront le plus marqués le mois précédent. Plus encore qu’une simple liste, une courte description ou analyse sera proposée pour chaque son.
Les playlists seront divisées en quatre parties, chacune étant la playlist personnelle d’un des quatre rédacteurs en chef du site. L’ordre des chansons n’est pas représentatif d’une quelconque hiérarchie, seul un coup de cœur sera mis en évidence par section.
Ces publications mensuelles ont pour but le partage et la possibilité de découvertes musicales.

Playlist d’ALVARRO :

  • [Coup de coeur] À chaque jour (Dosseh – Vidalo$a) : deuxième extrait de son dernier album, À chaque jour semble être la confirmation de ce qu’Habitué nous avait fait penser : Dosseh a maintenant trouvé la bonne recette, celle qui fait que ses sons marchent vraiment, collent parfaitement. Dans ses anciens projets, il lui manquait encore ce petit truc qui rendait le produit magique, différent, efficace mais c’est désormais chose faite.
    Si le fond a souvent été au rendez-vous au sein des différentes propositions du Lossa, la forme laissait encore trop souvent sur notre faim, que ça soit une prod trop plate, un flow trop hasardeux ou une structure rythmique quelque peu chaotique. Mais rangez vos considérations obsolètes, À chaque jour est complet : bien ficelé, bien balancé, bien produit, bien fini. Bref, la prod de notre coup de coeur glisse aisément dans les tympans, vite rejointe par un flow autant ciselé que chantillonnant et un vocoder parfaitement utilisé. La double rythmique du tempo et du flow est justement calquée et trouve une résonance dans cette zone du cerveau qui, une fois stimulée, nous force à hocher légèrement la tête en rythme. Une forme à la hauteur, un fond plus fort encore. Un texte empli de double sens, de métaphores et de réflexions qui rappelle à l’envi que l’on peut parfaitement allier fond et forme par le prisme de la qualité.
    On ne pouvait pas parler d’un coup de coeur sans évoquer le clip, élément qui rentre aussi en compte lors de notre choix final. D’une qualité notable, il met en avant un vrai travail de lumières pour nous offrir de magnifiques images. Très bien construit narrativement, il illustre en partie l’histoire de la persécution des noirs, des menottes en cordes moyenâgeuses aux vêtements oranges des prisonniers américains. Mais plus que faire le lien entre les persécutions d’autrefois et celles d’aujourd’hui, les deux histoires parallèles se finissent toujours par la mise à mort du personnage noir (par le bûcher ou par balles). Non, rien n’a définitivement changé. On notera aussi que l’idée de comparer les racistes actuels aux esprits moyenâgeux est particulièrement bien amenée, sans le dire mais en le faisant comprendre.
    Avec À chaque jour, Dosseh prouve qu’il a enfin chopé ce truc qui lui manquait encore pour atteindre le produit fini. Il se montre de plus en plus régulier et on ne va pas s’en plaindre, on attend la suite avec impatience.
  • À la Ideal J (Kery James – J’rap encore) : on s’était quitté avec la sortie du titre éponyme de son nouvel album et Kery James semble particulièrement attaché au fait de se retrouver dans chacune de nos playlist puisqu’il a, entre temps, mis en ligne la suite directe de J’rap encore (dont des extraits sont présents dans l’intro).
    Et de suite directe il en est question littéralement puisque le clip d’À la Ideal J commence sur le plan inversé du plan final de J’rap encore, histoire de créer un énorme plan séquence entre les deux morceaux. Tant que l’on parle du clip, il faut souligner la très belle métaphore de parler devant des caméras de sécurité montées sur des pieds de micro qui met en avant le sentiment d’être épié et surveillé constamment (notamment par la presse) dans un contexte de sécuritarisme de plus en plus présent. Le clin d’oeil de la surveillance s’étend d’ailleurs dans le texte puisque Kery James fait référence dans le refrain à l’album culte de Tupac intitulé All eyes on me, pas con le Kery. Il n’a d’ailleurs encore une fois pas délaissé le fond avec un texte dont la quasi totalité des lignes peuvent/doivent être prises selon plusieurs sens. Toujours plus corrosif, le King n’est jamais réellement parti malgré ses années d’absence et n’a rien perdu de sa hargne. Si l’on reproche souvent aux rappeurs d’opposer radicalement une population de quartier victime du système et des rappeurs partis de rien à des forces de l’ordre racistes et à un pouvoir corrompu, Kery arrose ici à tout va. Dans un style rappelant son incroyable Constat amer, il se (re)tourne également contre les « siens ». On retrouve d’ailleurs cette opposition dans la structure visuelle du clip : dans la première partie, il charge les « autres » (système, pouvoir, forces de l’ordre) face aux caméras mais se place dos aux caméras dans la deuxième partie lors de laquelle il s’adresse aux « siens » (jeunes de quartiers, rappeurs). Définitivement, pas con le Kery!
  • Petite fille (Booba – Trône) : parmi les critiques qui reviennent le plus concernant l’univers musical du Duc, on retrouve le fait qu’il ne fait, ces temps ci, plus que des chansons qui font l’apologie de l’argent et de la réussite et délaisse les titres plus profonds. Avec ce titre beaucoup plus personnel dédié à sa fille, il s’est chargé de leur répondre. On (re)découvre ici un père et non plus un rappeur, plus sensible, plus personnel, plus sincère (qui garde quand même bien sûr par moments son style qu’il qualifie de « hardcore » et qui n’est pas nécessaire ici) qui nous livre une chanson d’amour, d’espoir et de courage pour son enfant.
    La première chose que l’on remarque lorsque l’on écoute le morceau pour la première fois, c’est l’incroyable qualité sonore. Une fois de plus, Booba démontre qu’il gère désormais le vocoder à la perfection (ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années) avec une utilisation parfaitement adaptée pour le propos, plus traînante et chantante. On en parlera davantage plus tard dans le morceau bonus mais la variété de flows du Duc et sa capacité quand utiliser lequel est remarquable car elle offre un impact supérieur au sens des mots et à l’intensité qu’il veut y mettre. Enfin, la prod est sublime, sautillante et mélodieuse à souhait et transporte directement, laissant les émulsions de la voix s’y couler naturellement. Lorsque l’on prête un peu plus l’oreille, on y retrouve sans difficulté des ressemblances avec les mélodies de Renaud : la mélodie de tête et d’intro rappelle même clairement celle de Mistral gagnant, d’ailleurs déjà samplée par le Duc pour sa chanson Pitbull. Un hommage pas du tout caché puisque l’on retrouve directement une référence à cette chanson d’amour dans les paroles (« à m’asseoir cinq minutes sur un banc, en tenant dans mes mains tes petits doigts de femme »), une chanson dédié par Renaud à sa fille, tiens tiens. Mais ce n’est pas la seule référence du morceau qui touche au sens même de son propos, pèle-mêle : « place Jemaa al-Fna » et « l’Etna » pour la liberté et la beauté, « aux nègres sur Amistad » pour le courage et la possibilité d’y arriver, « repeint le quartier d’un Blood en bleu » (gang principal de Los Angeles avec les Crips qui ne portent que du bleu, les Bloods s’habillent uniquement en rouge) et celle à Mistral gagnant pour la force de l’amour pour sa fille.
    On ne peut pas non plus passer à côté de la beauté du clip, d’un niveau encore rarement atteint. Les incrustations et effets spéciaux sont parfaitement exécutés, les paysages sont magnifiques et bien exposés, les plans et mouvements de caméras sont très bien sentis dans le sens de la chanson. Une vraie réussite!
  • De Lorean (Rim’K feat Vald – Mutant) : on a tous été matrixés par son Air Max, avec l’excellent Ninho, d’il y a quelques mois, et Rim’K remet le couvert avec De Lorean, en collaboration avec le tout excellent Vald cette fois. À l’instar de Niska depuis son album Commando et de Dosseh récemment, on sent que l’ancien membre de 113 a trouvé le truc qui fait marcher tous ses sons. Car il est clair qu’une nouvelle fois, les morceaux de Rim’K s’écoute bien plus pour « kiffer la vibe » comme dirait Fatal que pour réfléchir, ils portent bien plus sur la forme que sur le fond.
    En sachant cela, on évacue notre concentration des paroles, souvent vides, pour se laisser porter par la musique pure. Mais pas cette fois ! Il y a en fait de la matière à analyser les paroles qui se révèlent bien plus travaillées et réfléchies qu’on ne pourrait le croire à la première écoute. Derrière ses apparats de « tube de l’été » simpliste, De Lorean parle de la réussite, du temps qui passe et de la façon dont le temps qui passe impacte la réussite. Rim’K s’infiltre au sein de ces thèmes généraux en utilisant son retour dans le rap comme grille d’analyse de ce propos. Si on se concentre sur le refrain : « j’ai quitté le zoo » et « j’ai changé les roues » parlent de son retour dans le rap, « je compte mes sous, je vais rentrer saoul » et « j’ai déjà mis le plein » (plein d’argent, de tubes, de succès) rappellent sa première réussite dans le rap, « je regarde la météo, aujourd’hui le ciel est blue » explique que le chemin vers un nouveau succès est tout tracé (en opposition avec le ciel qui s’obscurcit) et « je tourne en ville dans ma De Lorean » est le résumé de tout ce qui précède (peu importe l’époque, il a toujours réussi, il peut voyager n’importe où dans le temps, il réussira toujours) et la répétition de la phrase permet d’appuyer encore le propos, il passe d’un état à l’autre quand il veut sans que cela lui pose problème.
    Rapidement, le clip est plutôt joli, avec un travail sur les couleurs hyper intéressant, mais renferme plusieurs plans bizarres, parfois mal faits même, comme ceux dans la De Lorean ou le plan final sur la lune. On ne peut pas non plus passer à côté des placements de produits complètement ratés et mal incrustés dans la structure visuelle. Au final, De Lorean est une excellente chanson pour se vider la tête et passer un bon moment mais elle est, pour une fois, aussi plus que ça et renferme une réelle réflexion et structure narrative. Pourquoi tous les « tubes de l’été » ne peuvent-ils pas être construits comme ça?
  • KYLL (Médine feat Booba – {single}) : considéré à juste titre comme un rappeur provoc’ et conscient, Médine vient ici ajouter la forme au fond et le résultat est au rendez-vous. Pour s’assurer une maîtrise parfaite des mélodies et du vocoder, il s’est allié au Duc de Boulogne pour un duo aussi imprévisible qu’excellent.
    Le mélange du flow corrosif de Médine et de la mélodie vocale de Booba avait de quoi promettre une bombe musicale, les deux compères ont fait plus que cela puisqu’ils ont également mélangés leur style : Médine s’essayant au vocoder du Duc, ce dernier reprenant un flow plus direct par moments. On ressent d’ailleurs clairement l’écriture en duo du morceau et non pas chacun ses parties séparément. En découle une homogénéité sonore terrible entre un vocoder très bien réglé pour le propos, une prod sautillante, de nombreux flows et des backs utilisés à bon escient. Les nombreuses métaphores, références, tournures d’esprit et critiques directes apportent beaucoup d’eau au moulin de la qualité d’écriture des deux compères. La référence à Kyllian Mbappé, à qui est dédié le morceau à la base, est d’ailleurs très bien amenée (et cachée juste comme il faut) sur un fond de critique sociale. C’est un propos récurrent ce mois-ci mais on ne pouvait pas passer à côté de la beauté du clip. Plus que les plans très bien réalisés et la qualité de la lumière, ce sont la fluidité des images en rapport avec les paroles et le tournage en Algérie comme différence directe au propos qui lui ajoutent le cachet qu’il lui fallait.
  • Vanille (Josman – J.O.$) : cela faisait longtemps que l’on attendait des nouvelles de Josman et le garçon ne nous a pas déçu avec un album solide et prometteur, Vanille en est un bel exemple. Premièrement, bravo pour le pied de nez sur le titre : le préjugé voulait que le titre traite du racisme mais Jos aborde au final l’attirance inévitable de l’homme vers le monde et le matérialisme. Un thème qui trouve un échos particulier avec la prod et le flow plutôt tournés old school sur les couplets tandis que la résonance ricaine du flow sur le refrain est très bien maîtrisée et offre une belle variété au morceau.
    On pourrait pu parler de la qualité du texte mais on va finalement s’intéresser au clip et à sa complexité simple. La formule peut paraître étrange mais elle exprime exactement les faits, une structure visuelle qui semble simple, voire neutre, cachant une vraie recherche de construction. On peut l’observer dès les premiers plans : Josman est au milieu d’une foule (correspond à ce moment avec les paroles) qui ne démarre que lorsque l’on parle d’argent (correspond encore aux paroles). Petit à petit, on nous offre un florilège de personnes différentes par l’âge, le sexe ou la couleur de peau qui tiennent tous une glace à la vanille pour rappeler le propos de la chanson, l’attirance universelle pour le matérialisme (on est donc tous pareils, ça correspond encore une fois aux paroles), mais ils la laissent tous fondre au lieu de la manger comme si ils préféraient la laisser « pourrir » plutôt que de la maîtriser (correspond au propos général du morceau et donc aux paroles). Tout au long du clip, l’environnement des acteurs se détériore des beaux quartiers vers les plus défavorisés, rappelant l’idée que le propos touche l’ensemble de la société (correspond toujours aux paroles). À la fin du morceau, Josman finit par jeter sa glace car il choisit de refuser cette dépendance et cette attirance, rejoignant ainsi une dernière fois les paroles en y ajoutant une petite conclusion. Cette construction et réflexion du clip suffit à offrir sa place dans cette playlist à Vanille, ce à quoi viennent s’ajouter une qualité de mélodie et d’écriture, bravo.
  • Bonhomme de neige (Rim’K – Mutant) : deuxième nomination pour Rim’K dans cette playlist, mais pas pour les mêmes raisons : contrairement à De Lorean, écrites principalement pour se vider la tête, les paroles de Bonhomme de neige ont cette fois beaucoup plus d’importance et représente l’intérêt principal du morceau.
    D’ailleurs, on va commencer par parler de la petite et bonne surprise que représente le titre : alors que l’on s’attend, surtout connaissant la carrière de Rim’K, à une sorte « d’apologie » de la drogue, ce n’est pas du tout le cas puisque la référence est détournée vers un autre message, celui du déterminisme social. Le morceau traite en effet pèle-mêle du racisme, de la discrimination et de la vie de quartier, mais plus profondément du poids de la classe sociale et économique sur un individu. Rim’K met clairement en avant le fait que les jeunes de quartiers deviennent des malfaiteurs ou criminels parce qu’ils sont déterminés à le devenir, qu’on ne leur laisse pas vraiment d’autres choix. C’est une référence directe au titre de son nouvel album, Mutant, puisqu’il se sent, de par son identité de banlieusard, de musulman et d’enfant de l’immigration, comme extérieur (voire dégoûtant) à ce que prône la France.
    Le clip est en rapport direct avec le propos puisqu’on y voit, en ouverture, un drapeau français flottant au-dessus de la devise hexagonale (« Liberté, égalité, fraternité ») avant de découvrir un petit garçon métisse passer d’abord trop blanc pour traîner avec les noirs puis trop noir pour être accepté par les blancs (un peu comme Rim’K? En tant qu’arabe, il n’est en effet ni noir ni blanc mais reste discriminé). Mais bloqué par le plafond de verre que représente sa couleur de peau, il finit par plonger et tombe dans le vol. Une fois devenu « criminel » il se retrouve à traîner avec les noirs, comme si ils avaient acceptés que lui aussi était rejeté par le modèle français. Une idée trop souvent reprise par les rappeurs et devenue presque clichée mais elle est cette fois vraiment bien amenée, notamment visuellement, et puis ça fait plaisir de voir Rim’K nous sortir des sons plus profonds, on espère une continuité.
  • Random (Eddy de Pretto – Culte) : on a toujours un peu de mal à aborder Eddy de Pretto mais Random fait clairement partie des morceaux qui nous poussent à continuer à s’y intéresser. Le morceau reprend son propos habituel de l’éloge de la normalité mais celui-ci est une nouvelle fois originalement amené, ce qui est une force de l’artiste. Cette habitude textuelle explique le fait que l’on ne va pas analyser le propos de la chanson. On mettra plutôt rapidement en avant la qualité du duo voix-prod que l’on sent vraiment jouer ensemble et non l’une sur l’autre. Le rapport entre la voix sèche et la prod douce se retrouve également dans la linéarité de la prod opposée au flow décousu d’Eddy. On remarque par contre la variation similaire de rythme et de puissance entre les couplets et les refrains. Le clip est en fait presque meilleur que la chanson et comporte énormément de réflexions et de métaphores. Les effets spéciaux sont parfaitement réalisés, les images sont pures et belles et l’utilisation de la lumière est excellente. On notera la métaphore du masque, thème (trop?) souvent abordé par l’artiste mais très bien imagé. Un morceau très réfléchi et travaillé qui fait s’intéresser à Eddy de Pretto.
  • Dans mon élément (Georgio feat Isha – XX5) : comme pour Eddy de Pretto, on a toujours un peu de mal à se prononcer sur le cas de Georgio tant on l’adore un jour et on le déteste un autre. Cette fois, il est dans nos bonnes grâces avec Dans mon élément qu’il signe en duo avec l’excellent et « sous-côté » (que cette expression est ridicule) Isha.
    Et c’est justement la qualité de leur duo, dans deux styles pourtant différents, qui participe notamment à la réussite de ce morceau. Le thème est parfaitement respecté par les deux dans leur style propre (quel couplet encore d’Isha à ce propos) et on ressent même une certaine complicité entre les deux. Autre point fort de la chanson, le bon rapport entre le refrain chanté et les couplets kickés : Georgio n’en fait pas trop pour se démarquer, comme il fait parfois, et ça marche (dommage toutefois pour la facilité de texte sur le refrain). On retrouve pas mal de profondeur et de réflexion sur le morceau, le clip et les paroles et cette homogénéité fait que tout s’emboîte bien comme il faut. En parlant du clip, il est très beau et on voit clairement la réflexion derrière. Le rapport entre les plans clairs et les plans en sépia est assez décadent et décousu mais le résultat final est assez intéressant.
    Sans trop analyser le texte, on peut noter que l’on retrouve un le message et l’idée de Bonhomme de neige de Rim’K autour du fait que le sombre et le méfait s’infiltre au sein des personnes qui y vivent (la classe économique et sociale détermine la faiblesse) mais on retrouve ici une volonté de s’en sortir, de s’en extirper.
  • Señor Django (Kpoint – {single}) : une prod entraînante, des paroles sans grand rapport mais ni aléatoires ni simplistes, un gros travail sur la rythmique, que demander de mieux pour un bon « tube de l’été »? C’est en tout cas ce que nous propose Kpoint avec Señor Django, un bon morceau pour se vider la tête et passer un bon moment tout en gardant une qualité certaine. Car de qualité, il en est question dans le traitement sonore et musical : le rapport entre la voix grave et la prod légère est très agréable, les flows sont diverses et bien variés et les backs très bien utilisés, le rapport de niveau sonore entre la voix et la prod est nickel. Il est clair que la forme prime sur le fond mais pas que, le texte suit quand même bien la route derrière. Un son qui doit s’écouter sans prise de tête, en flânant, et ça marche parfaitement. Objectif rempli!

Bonus :
Vous avez sûrement commencé à le comprendre si vous suivez nos playlists depuis un moments mais les « sons de l’été » (les vrais, ceux qui passent en radio, pas ceux dont on traite plus haut) ne sont pas vraiment notre tassé de thé chez Journa’Lîdje. On va pourtant ici parler d’un exemple typique, Sale mood de Bramsito. Mais pourquoi? Tout simplement pour un élément extérieur à cet artiste qui vient tout changer, du moins sur une partie du morceau. Sale mood est bel et bien un son de Bramsito mais Booba est également présent et, honnêtement, il a encore fait très fort.
Disons le tout de suite, le morceau en général est une caricature à lui tout seul : un refrain sans aucun rapport avec le reste des paroles, un texte plus creux que la couche d’ozone, une voix pitchée à la mort, des filles en maillot de bain autour d’un chanteur paré d’or et d’argent et une voiture de luxe de sport louée et plantée au milieu du bazar. Mais le son mérite le coup d’oeil uniquement pour la qualité du couplet de Booba, pas tellement pour son écriture mais pour sa preuve de la qualité artistique et musicale du Duc. En 8 lignes, il arrive à poser un texte sur Kaaris dans un morceau sans aucun rapport mais parvient à le faire passer parfaitement. On y retrouve d’ailleurs beaucoup plus de double sens que ce que l’on pourrait croire à la première écoute mais c’est surtout la forme qui fait tout : une qualité rythmique folle dans la voix et un vocoder utilisé juste à bon escient pour servir le propos et donner une plus grande musicalité encore dans la voix. Il donne l’impression qu’il n’en a rien à foutre de rien et c’est peut-être justement sa force. Dans le son, il démontre aussi toute sa capacité de légèreté et de distance sur certains sujets en détournant le sens d’une situation pour en proposer une vision différente presque poétique. Le mieux c’est de donner des exemples, voici donc : « tu m’aimes c’est ton problème, ce n’est pas le mien », « on s’est croisé à Orly Ouest, personne n’a pris l’avion », « j’ai vu l’ennemi en Veyron, #hallucination ». On remarquera que le clip s’assombrit quelque peu lors du passage de Booba, avec des plans moins éclairés, comme si l’on quittait à ces moments là le côté « tube de l’été » du morceau. Outre le passage du Duc, le clip vaut le coup d’oeil pour les nombreuses fois où la voix et les lèvres de Bramsito ne sont pas raccords et aux têtes, poses et mimiques qu’il propose par moments à la caméra.
Pour finir plus sérieusement, on ne peut pas passer à côté de la nouvelle réponse et référence de Booba aux propos d’Eric Zemmour (rappel : « le rap est une sous-culture d’analphabètes ») : « (mois d’août en hess au D4), j’ai bien retiendu la leçon », un délice.

Playlist de Tchoupi :

  • [Coup de coeur] Notre idylle (Jenifer – Nouvelle page) : bien loin des paroles à l’eau de rose des premières chansons de Jenifer. Notre idylle parle d’un sentiment de liberté, d’un espèce de lâcher prise total. Le titre rappelle ses anciens tubes pop de « L’amour et moi“. La chanson est partagée entre énergie et spleen avec un refrain accrocheur baigné de guitares. Dans son clip, Jenifer déambule de jour comme de nuit dans les rues de Séoul faisant découvrir aux spectateurs sa chambre d’hôtel. Une occasion immense pour le public de voyager avec la star et découvrir les meilleurs spots et paysages de la capitale coréenne. On peut dire que ce saut à pied joint dans la pop est un retour gagnant pour la chanteuse.
  • Giant  (Calvin Harris feat Rag’n Bone Man – {single}) : Calvin Harris semble tenir un nouveau tube avec Giant. Pour marquer les esprits, le DJ écossais a collaboré avec Rag’n’Bone Man. L’artiste débute l’année 2019 avec un nouveau hit potentiellement en poche. Ce titre rassemblant la voix forte de l’interprète de « Skin » et les sonorités house et estivales du DJ nous fait vibrer autant qu’il risque de devenir un hit dans les semaines à venir. Le clip, quant à lui, nous invite à fuir les problèmes du quotidien pour se ressourcer en pleine nature. Calvin Harris nous fait découvrir ses talents de pêcheur, part à la cueillette aux champignons, ou attise un feu de camp. On découvre en parallèle le destin croisé d’un jeune garçon. Cette chanson aux accents estivales nous sort complètement de notre quotidien. Un vrai moment de plaisir à écouter sans modération. 
  • Bad Liar (Imagine dragons – {single}) : Imagine dragons a ralenti le tempo avec Bad Liar, une ballade inspirée par la vie sentimentale compliquée du chanteur Dan Reynolds. Cette ballade est une sorte d’exutoire pour Dan Reynolds où l’on retrouve les percussions si chères à Imagine Dragons. Le groupe change complètement de ton avec Bad Liaret nous plonge dans les derniers mois difficiles que le rockeur a traversé sur le plan personnel ce qui amène une chanson très authentique et poignante. Avec cette ballade en équilibre, le groupe originaire de Las Vegas fait plaisir à écouter tant la chanson est authentique. 
  • Chlorine (Twenty one Pilots – {single}) : après une trilogie apocalyptique tournée en pleine forêt (« Jumpsuit », « Nico and the niners », « Levitate »), le duo américain composé de Tyler Jospeh et Josh Dunn investit une banlieue pavillonnaire dans le nouveau clip de « Chlorine ». Même si, la banlieue paraît déserte, on peut apercevoir les deux artistes en train de remplir une piscine avec une mystérieuse substance bleue chlorée sauf qu’ils tombent nez à nez avec une créature extraterrestre très étrange. Et cette bête appelée “Ned“ sera certainement le personnage principal des prochains clips du duo. Encore une fois, le groupe a décidé de jouer la carte du mystère mais peut-être faut-il chercher du côté des paroles de « Chlorine » qui évoquent l’effet salvateur de la musique sur le narrateur. Cette facette mystérieuse de la chanson pousse les fans à s’interroger sur les connexions entre cette chanson et les précédentes. Une véritable cure de jouvence pour s’offrir un moment de répit dans ce monde si difficile à vivre. Un pur bonheur qui se laisse écouter ! Quant à savoir si cette chanson aura du succès, ça reste un mystère… 
  • Roi (Bilal Hassani – {single}) : c’est finalement Bilal Hassani, jeune chanteur et youtubeur de 19 ans qui représentera la France au concours Eurovision de la chanson qui aura lieu à Tel Aviv en Israël. Mais depuis sa nomination, le jeune chanteur est victime de propos et d’injures racistes et homophobes. C’est la raison pour laquelle, je pense qu’il faut écouter cette chanson sans modération. Pour montrer aux personnes diffusant ces injures qu’ils ne gagneront pas ! C’est grâce à son interprétation du titre « Roi » que Bilal Hassani a convaincu le jury et le public de le sélectionner au détriment d’autres personnalités confirmées de la musique comme Chimène Badi ou Emmanuel Moire. Même si, ce chanteur fait polémique tant on l’insulte sur les réseaux sociaux. Il n’empêche que sa chanson correspond parfaitement au concours Eurovision : une chanson en anglais et en français, un grain de folie. Tous ces éléments pourraient peser dans la balance du classement final. Une chanson assez rythmée qui se laisse écouter avec facilité. Ecoutez-la et elle vous restera dans la tête. On verra si cette chanson a plu lors du 64ème concours de l’Eurovision, le 18 mai prochain. 
  • Swan Song (Dua Lipa – {single}) : le blockbuster « Alita : Battle Angel » de Robert Rodriguez arrivera au cinéma le 13 février avec sur sa bande-son le morceau « Swan Song ». Le film pourrait bien être un des événements cinématographiques de l’hiver et sa bande son confiée à l’une des popstars les plus en vues du moment : Dua Lipa pourrait bien renforcer son succès attendu ! La chanteuse britannique s’est enfermée en studio pour écrire le titre « Swan Song » qui prend tout son relief dans un refrain mêlant cordes, percussions et envolées vocales. Une chanson que vous mettez du temps à apprécier mais qui devient vite addictive. Je pense que cette chanson va bousculer tous les charts. N’hésitez pas à l’écouter… 
  • Bohemian Rhapsody (Queen – A Night At The Opera) : je ne pouvais pas faire cette playlist sans parler du film biographique sur la vie de Freddy Mercury, Bohemian Rhapsody. Je vous propose donc d’écouter la chanson dont est tirée l’inspiration du titre qui est décrite comme le testament musical du chanteur. Enregistrée par le groupe rock britannique « Queen », la chanson qui adopte le style opéra-rock est dépourvue de refrain et comporte des arrangements tantôt a capella, tantôt hard-rock. A sa sortie, le titre devient vite un immense succès commercial marquant un tournant important dans la carrière du groupe et posant les jalons de sa reconnaissance comme l’un des plus grands groupes de rock du siècle. Il n’y a jamais de bon moment pour l’écouter, il faut juste se laisser guider par son envie. Très bonne écoute… 
  • Play (Jax Jones & Years Years – {single}) : tous les morceaux du DJ électronique de 31 ans Jax Jones sont chargés de préparer le terrain pour l’arrivée dans les bacs du premier album du chanteur en cours de finalisation. Ici, avec Play, on est dans une production électro-house envoûtante. Le chanteur Olly Alexander tente de convaincre l’élu(e) de son cœur de céder à la passion. Ce titre ne devrait pas tarder à passer en boucle sur nos radios. A noter que la chanteuse Raye pose sa voix sur les chœurs. Une chanson électro stupéfiante qui ne laissera personne indifférent. Je conseille à tout le monde de l’écouter… 
  • Oh Man (Jain – Souldier) : le deuxième album aux parfums d’ailleurs de la chanteuse de 25 ans, Jain a marqué les esprits avec le titre « Alright » qui est considéré comme l’un des tubes de l’été 2018. Récemment en concert du côté de Barcelone, Jain en a profité pour réaliser le clip de son nouveau single « Oh Man » dans l’écrin splendide du Musée nationale d’Art de Catalogne. Un morceau entrainant interprété par Jain en compagnie de sept musiciens, d’une trentaine de figurants et du danseur diablo. Le résultat est époustouflant pour cette création live avec une chorégraphie captée en une seule prise et en plan-séquence. Un morceau qui bouge et qui devrait résonner dans toutes les têtes d’ici très peu de temps. 

Playlist d’Esteban :

  • [Coup de coeur] Malislass – Inmate

Single (2018)

Véritable pépite acoustique, Inmate est un pur produit local. Son géniteur, Malislass, est originaire de la région de Verviers et n’en est pas à sa première composition. Bâtissant ses interprétations sur de sobres accompagnements de guitare électrique, il alterne entre covers et créations persos, le tout étant disponible sur sa chaîne Youtube. Le morceau présent est une énergique collaboration batterie/chant avec un certain Oli, le tout pour un résultat plus que sympatoche. On vous le dit sans hésitation : les nouveaux talents vivent à deux pas de chez vous !

  • Charli XCX, Troye Sivan – 1999

Single (2018)

Un pur son Dance, idéal pour chauffer ses sens à l’instar de ses hanches en début de soirée. On avait adoré briser toutes les règles en 2014 en sa compagnie, on est à nouveau ravi de retrouver Charli XCX dans cette virée nostalgique vers la fin du siècle dernier, colorée par d’agréables souvenirs de pop culture, des débuts de Britney au liturgique Titanic, en passant par Les Sims et American Beauty… Autant de fresques multimédias que la chanteuse se propose de revisiter sans prétention ni fioriture. Prêts pour le voyage ?

  • Galantis – Emoji

Single (2018)

Il suffit d’une voix délicate et du son tempéré de Galantis pour obtenir la chanson feel-good de cette fin d’automne. Elle a l’avantage, du long de ses 2 minutes 48, de ne pas être redondante et d’agir comme un parfum acoustique : il respire la bonne humeur de façon à la fois éphémère et persistante.

  • Imagine Dragons – Birds

Album : Origins (2018)

De quelle façon pourrions-nous encore faire l’éloge de ce groupe ? …
S’il s’est souvent retrouvé dans nos playlists mensuelles, c’est en effet parce qu’Imagine Dragons a été très prolifique ces derniers mois, accouchant régulièrement de nouveaux singles depuis l’été en vue de leur 4ème album, Origins, lequel s’est finalement retrouvé dans les bacs le 9 novembre dernier. Parmi les 12 morceaux qu’il contient, Birds nous a semblé pertinent à partager, parce qu’il voyage et nous a transporté dans des sphères improbables, aussi hautes que celles que les oiseaux semblent emprunter dans les paroles. Si vous souhaitez prendre part à l’expérience, on vous recommande chaudement ce titre. 

https://www.youtube.com/watch?v=zgEaJw1wEB0

Muse – Algorithm

Album : Simulation Theory (2018)

Dès que les premières vibrations retentissent, on comprend qu’on a affaire à du grand Muse. Un morceau hybride doté d’une riche quantité de sonorités, une symphonie électro en puissance : probablement le meilleur cru de la cuvée du groupe britannique, mise en bouteille le 9 novembre dernier. Mais à la différence du vin, Algorithm ne vous donnera jamais de maux de tête.

https://www.youtube.com/watch?v=617qdQhCuxs

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *