Une matinée en correctionnelle

Une matinée en correctionnelle

« Libéré! » Le terme tant espéré, tant fantasmé, sur les bancs des tribunaux venait de sortir de la bouche d’un détenu reconduit, menottes aux poignets, par ses gardes à la sortie de son audition. Un seul mot, un simple mot, qui sert pourtant de fil rouge, de dénominateur commun, à toutes les personnes présentes ce jeudi 22 novembre au tribunal correctionnel de Liège.

Au sein de la 15ème chambre, présidée par le juge Snyers, la joie parvient à se lire derrière le visage pourtant fermé de Johan B., âgé de 28 ans et atteint d’un léger retard mental. En écopant d’une suspension probatoire, il vient de comprendre qu’il ne recevrait pas de peine, ce qu’il redoutait par dessus tout, s’il respectait un certain nombre de conditions. Mme Fairon, la procureure, s’est montré clémente envers cet homme fragile qui prenait conscience de sa bêtise d’appeler plusieurs fois la centrale des pompiers pour un incendie fictif.

« Vous n’avez qu’à aller demander à Mogi Bayat si cette Rolex est une vraie. »

La réponse du juge Snyers fuse dans la petite salle du tribunal et cloue le bec à Marc T., accusé d’abus de faiblesse et recel de mobilier pour une valeur de 2500€, qui rétorquait que la montre de luxe qu’il avait offerte à sa victime était authentique malgré les preuves de l’expertise. Condamné il y a 20 ans pour détournement, abus de confiance et escroqueries, le quinquagénaire ne pouvait plus trouver d’échappatoire, après avoir tenté de minimiser les faits reprochés. Mais en commerçant sciemment avec une personne atteinte de schizophrénie, et ce malgré les demandes de la mère de la victime de ne plus faire affaire avec son fils, le prévenu devrait écoper de 6 mois de prison puisqu’il refuse d’endosser une peine de travail.

On le sait, on ne change pas un homme

Dans le droit belge, il n’est pas interdit de mentir au tribunal et Sébastien W. semblait l’avoir compris lorsqu’il évoquait l’absence de déclaration de son épouse dans son dossier. « Elle vit une grossesse difficile, en plus de son cancer de l’utérus », expliqua-t-il mais il ne sut que répondre lorsque le juge lui rappela qu’elle n’avait répondu à aucune des 7 convocations qui lui avaient été soumises. Un tel mensonge éhonté n’arrangeait pas le cas de ce futur papa, présent pour coups et blessures donnés à son père et dont le casier judiciaire était déjà bien rempli. Sorti en juin de 5 ans de prison, il cassait en août les côtes et le nez de son « géniteur » qui s’opposait à son enroulement dans la Légion. Échappant de peu à un nouvel emprisonnement grâce à ses aveux, sa prochaine paternité et sa procédure de réinsertion, il retombait rapidement dans ses travers : « Je veux bien une peine de travail, mais que les week-end. » On ne change pas un homme, surtout quand il est libéré.


ALVARRO

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