Ce que cache réellement le chamboulement du Parlement wallon

Ce que cache réellement le chamboulement du Parlement wallon

Conséquence directe des récentes élections du 14 octobre, de nouvelles alliances et majorités doivent être mises en place et font bouger le paysage politique belge. Un turn-over bien plus important cette année avec l’entrée en vigueur de la loi sur le décumul des mandats qui touche l’ensemble de l’univers politique. Principale victime des résultats électoraux, le Parlement wallon voit ainsi partir quinze de ses membres qui retournent s’occuper de leurs chères villes « adorées ». Focus sur une nouvelle hypocrisie politique.

Lundi 12 novembre marquait la date limite pour le dépôt des pactes de majorité, document officiel qui reprend l’identité du futur conseil communal. Mais le récent décret sur le décumul des mandats est venu, cette année, bousculer cette habituelle simple formalité administrative. Il interdit en effet à un élu de siéger tant à la commune qu’à un autre niveau politique et l’oblige désormais à choisir entre ses différents mandats et abandonner les autres.

Quelles conséquences pour le Parlement?
On assiste depuis les résultats des élections communales et provinciales du 14 octobre à un véritable jeu des chaises musicales entre partis et élus, au détriment du Parlement wallon la plupart du temps. Il vient en effet de perdre le total de 15 membres (7 socialistes, 6 réformateurs et 2 humanistes) suite à ce jeu de position stratégique.
Au PS, Véronique Bonni, Jean-Marc Dupont, Déborah Géradon, Bruno Lefebvre, Dimitri Legasse, Maurice Mottard et Alain Onkelinx abandonnent donc le navire wallon pour retourner s’occuper de leur commune tandis qu’au CdH ce sont Isabelle Stommen et Pascal Baurain qui les imitent. Côté MR, les Philippe Bracaval, Christine Defraigne, Jordan Godfriaux, Patrick Lecerf, Carine Lecomte et Valérie Warzée-Caverenne décrochent également le gros lot. Car de gros lot il en est question, mais nous y viendrons plus tard.

Des départs massifs qui modifient fortement le visage du Parlement, renouvelé à hauteur de 20%. Amputé du cinquième de son effectif, il sera alimenté en suppléants, envoyés par les partis déserteurs, pour assurer la fin de législature. Ces derniers seront donc nommés pour moins de 6 mois puisque l’institution régionale sera réélue au mois de mai. Difficile dès lors d’imaginer l’émergence assez rapide d’un dynamisme décisionnel et d’une ligne de conduite commune pourtant nécessaires à la pratique et l’exercice du pouvoir. Autrement dit, ça risque de ne pas énormément bosser dans les hautes sphères wallonnes dans les prochains mois, faute de réelle union et connaissance des dossiers (les suppléants vont débarquer dans des discussions auxquels ils n’auront pas du tout participé).

Quel(s) intérêt(s) pour les déserteurs?
Depuis leurs annonces de retour à leur commune, les différents candidats élus qui rentrent au bercail aiment à nous vanter leur amour pour leur ville, volonté de travailler pour et proches de leurs citoyens et autres discours caramélisés. Si l’on ne peut mettre en doute la véracité de ces dires, il est cependant clair que ce n’est pas cet argument moral qui a fait pencher la balance. Les cas sont évidemment tous différents mais on peut aisément dégager les deux raisons principales de ces nombreux changements de caps.

En Belgique, les mandats communaux et provinciaux s’étalent sur six ans tandis que les élections fédérales, régionales et européennes ont lieu tous les cinq ans. En intégrant un conseil communal, un élu est donc assuré de sa place pour les six prochaines années et ne dépend pas des autres élections. Ce n’est pas le cas au Parlement wallon qui doit être renouvelé dans un peu moins de six mois en mai 2019.
Les résultats des élections du 14 octobre, conjuguant la chute des grands partis traditionnels à la montée d’Ecolo et du PTB, ont redistribué la carte et les réalités politiques du pays. Tout le monde est conscient de l’ampleur qu’ont pris les deux partis « d’opposition » et les traditionnels cadors commencent à se poser des questions. Conscients d’un possible changement politique majeur, ils préfèrent dès lors assurer leurs arrières et se retranchent « dans la facilité » de leur commune plutôt qu’attendre un poste plus important aux Régions ou au fédéral qui ne viendrait jamais. En s’engageant dans leur commune, ils sont certains de siéger pour au moins six ans supplémentaires et ne prennent pas le risque de perdre leur poste dans six mois lors du renouvellement du Parlement. Pas d’amour de sa commune ici, juste une peur de ne plus siéger.

La deuxième raison principale de ce transfert des Régions au communal est (encore) une affaire financière. Eh oui, que serait un bon politicien moyen (dans la moyenne) si il n’était pas aussi question d’argent? En tout cas, il ne serait pas très « malin » quand on voit les primes d’indemnités que vont recevoir les 15 parlementaires démissionnaires : entre 4 et 24 fois leur indemnité parlementaire mensuelle classique, qui s’élève déjà à 7611€ brut. On espère qu’ils sauront passer l’hiver avec une si maigre somme, arriveront-ils seulement à la fin du mois? Seigneur prie pour eux, toi qui aide tant les plus pauvres. Oups, ah non ça on ne peut plus, on se doit d’être « laïc » maintenant (d’ailleurs la laïcité c’est promouvoir la liberté et la pluralité des cultes, pas les « interdire » ni les cacher, mais ça c’est encore un autre débat). Pas d’amour de sa commune ici non plus, juste une possibilité de toucher de grosses indemnités.
Oh attendez, ce n’est pas tout : ils ne sont pas les seuls à plaindre puisque, comble du comble au carré, le même sort est réservé à leur suppléant. Oui oui, lorsque le Parlement sera renouvelé en mai, les suppléants des démissionnaires recevront également une indemnité de sortie minimale, soit quatre mois de « salaire » complémentaire (histoire de les dédommager un peu quand même).
Évidemment, c’est le Parlement qui paiera (et pas les partis qui organisent ces transferts) mais cette mascarade aurait pu être évitée : si cette version du décumul des mandats avait été votée lors du renouvellement du Parlement, elle n’aurait été effective qu’à ce moment précis et toutes ces indemnités auraient été largement diminuées. Mais les partis en avaient (encore) décidé autrement…

© wallonie.be

Entre peur de perdre leur place et affaire de gros sous, les différents démissionnaires du Parlement nous ont servi ces derniers jours des buffets d’hypocrisie. Si leur amour si incroyable et fort pour leur commune est sans doute en partie véridique, le vernis se craquellent vite, très vite même, dès que l’on cherche un peu en fait. Une langue de bois d’autant plus répugnante lorsque l’on voit la gigantesque planche (de bois!) à billets qui se déroule à leurs pieds. Encore une fois, ils nous prennent pour des imbéciles. Et encore une fois les gens votent à nouveau pour eux. Pourquoi arrêteraient-ils dès lors leurs magouilles et hypocrisie?

ALVARRO

One Reply to “Ce que cache réellement le chamboulement du Parlement wallon”

  1. Très intéressant …
    Article sur ce sujet paru quelques jours après celui ci dans un journal traditionnel mais plus lissé. Je préfère de loin le ton employé dans votre journal. Ça ouvrirait peut être les yeux à certains

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