La Revue de la semaine #8

La Revue de la semaine #8


Chronique hebdomadaire, la Revue de la semaine aura pour but de revenir sur certains sujets de la semaine écoulée, non pas en en listant la simple neutralité d’information mais en y apportant un point de vue, une critique ou une approche de réflexion. Entre une et trois informations seront sélectionnées par jour afin d’en livrer une courte analyse sans encombrer une chronique qui se veut directe. La volonté de la rédaction est d’amener chaque sujet à être traité et lu comme une brève. 

Lundi
La Belgique vend les armes de ses attentats

Il n’est désormais plus possible de le nier, le dernier rapport de l’Union européenne l’écrit noir sur blanc : la Belgique est le 6ème exportateur européen d’armes à feu vers l’Arabie Saoudite, où celles-ci se perdent dans le large réseau armé du pays du Golfe. 152 millions d’euros de ventes en 2017, uniquement en Arabie Saoudite et entièrement dus à la seule Wallonie via la fabrique du FN Herstal, pour aider à tuer toujours plus de gens dans un autre pays, ça dépasse l’entendement. Ce n’est pourtant pas un record puisqu’à titre de comparaison, l’Allemagne en récupère près du double et l’Espagne le triple tandis que le Royaume-Uni dépasse le milliard de recettes. Des sommes astronomiques qui témoignent de l’inimaginable quantité d’armes envoyées au Moyen-Orient, mais c’est loin d’être fini : leader incontestée de la vente d’armes aux Saoudiens, la France pose fièrement sur son trône avec plus de 14,6 milliards d’euros de recettes, soit près de onze fois plus que sa dauphine britannique (entre vente de nucléaire peu protégé et vente d’armes, quel bel exemple que cette grande France).
Saignée sur son sol, la Belgique semble tout doucement se réveiller depuis les attentats de Bruxelles et déclare mettre (très) petit à petit en place des mesures pour endiguer le phénomène. L’exécutif fédéral a ainsi demandé aux entreprises productrices d’armes de diversifier leurs activités et marchés d’ici cinq ans maximum. Mais pourquoi juste leur demander, pourquoi ne pas directement les obliger? La Wallonie s’est quant à elle déclarée favorable à un embargo européen sur les ventes d’armes en Arabie Saoudite. C’est bien, mais ce n’est que de la poudre aux yeux (ou de la poudre de Perlimpinpin si l’on se trouve dans l’Hexagone), un embargo européen est totalement improbable lorsque l’on voit les marchés britanniques et français notamment. De plus, elle a beau s’être dit favorable à cet embargo, la Wallonie n’a, entre temps, pas stoppé son activité pour autant.
On attend donc toujours de réelles prises de position pour mettre fin à ce massacre au Moyen-Orient et à cette propagation d’armes recueillies en partie par différents mouvements terroristes : certaines armes retrouvées suite aux attentats provenaient de productions européennes, principalement d’Europe occidentale. Vendre des armes à des pays en guerre avec le risque de se faire frapper soi-même par ses mêmes armes, c’est la vie qu’a décidé de mener la Belgique… Les hautes instances vont-elles encore attendre un drame avant d’agir pour de bon? Vu l’avancée des réformes, on n’est en tout cas encore prêts d’assister à l’arrêt d’un marché aussi dangereux que scandaleux et immoral.

Mardi
Des chats toujours plus gros, des jaguars toujours moins nombreux…


Selon une étude du WWF (World Wide Fund for nature), 36% des chats belges sont en surpoids. L’organisation protectrice des animaux a profité de cette étude pour essayer de nous sensibiliser sur la situation alarmante du jaguar. En effet, victime de braconnage (en Asie, leurs crocs sont enviés notamment pour êtres portés autour du cou), de l’activité humaine, de la déforestation ainsi que de la construction de routes, les jaguars, qui autrefois occupaient la quasi totalité du continent américain, ne sont aujourd’hui plus que 15.000 au Mexique et au Brésil.
Pour nous sensibiliser à la cause du jaguar et ainsi les protéger, le WWF a lancé la campagne « Big cats save big cats » visant à réduire l’alimentation de nos chats en situations de surpoids et de placer l’argent ainsi économisé en dons pour les jaguars. L’organisation rappelle que les jaguars peinent à survivre, notamment à cause de la réduction de 50% de leur habitat (vive la déforestation), et qu’ils sont en haut de la chaîne alimentaire et régulent ainsi le nombre d’herbivores. Sans eux, on observerait trop d’herbivores pour trop peu de terres fertiles, un cycle meurtrier tant pour la Terre que pour les animaux (tiens tiens, comme l’Homme qui pille la planète).
Même si au premier abord le message de la campagne semble un peu faible (« votre chat est trop gros, nourrissez-le moins »), l’organisation a mis en place un site appelant aux dons avec un « cat configurator » où le propriétaire peut rentrer les données de son chat pour savoir si il est trop mince, trop gros ou si il a un bon poids en rappelant que le jaguar, lui, n’est certainement pas gros. Le WWF explique « [qu’]en faisant un don via cet outil, [les utilisateurs] reçoivent des conseils pratiques et des astuces concrètes pour permettre à leurs chats de retrouver la forme. Chaque euro investi permet d’avancer dans la lutte pour la sauvegarde du jaguar.« 

Fin des voitures polluantes en Espagne en 2040
Dans le sillage des pays nordiques, les nouveaux pionniers du développement politique positif et de la transition écologique sont clairement ibériques. Après un Portugal produisant plus de 100% d’énergie verte, constatant les taux de croissance économique et de développement social les plus élevés de l’Union et connaissant la population la plus favorable à la structure politique en place, son voisin espagnol marque également le coup en matière d’écologie. Dans le cadre de sa future loi sur la transition énergétique (un truc sur le long terme apparemment, faudrait peut-être expliquer à nos dirigeants ce que c’est, on dirait qu’ils ne connaissent pas le principe) visant à décarboniser son économie avant 2050, le gouvernement hispanique a annoncé vouloir interdire la vente de voitures diesel et essence pour 2040.
Si la date posée semble lointaine comparée aux résolutions françaises et britanniques, le projet espagnol est beaucoup plus solide et cohérent : basé sur le succès du programme portugais, il ne compte pas uniquement remplacer les voitures par des véhicules électriques mais attendre d’avoir mis en place une électricité 100% verte avant de les remplacer, afin de ne pas dépendre du nucléaire ou d’une énergie fossile pour alimenter un réseau électrique si important. Le ministère de la Transition écologique (oh bah tiens, ça existe ça là bas? Parce que chez nous c’est juste improbable de créer un tel poste pour un tel enjeu, bizarre…) a d’ailleurs déclaré « [qu’]en 2050, le système électrique devra exclusivement reposer sur des sources d’énergies renouvelables » et que seront maintenant prohibés autorisation d’activité, permis de recherche, licence d’exploitation et subventions visant à « favoriser la consommation d’énergies fossiles. »
De vraies mesures donc qui seront en plus maintenues coûte que coûte, Madrid précisant que le « niveau d’ambition » du projet ne pourra jamais être revu à la baisse, même en cas de divergences politiques. Socialistes et libéraux se sont d’ailleurs accordé sur la continuité sans faille du projet, peu importe lesquels seront au pouvoir (comme ils l’avaient déjà fait pour la mise en place du métro de la capitale notamment, meilleur réseau souterrain du monde en terme de fluidité), un exemple pour nos politiciens français et belges bien trop préoccupés à détruire ce qu’avaient construit leurs adversaires avant eux qu’à chercher à faire avancer le pays.
Une fois de plus c’est dans la péninsule ibérique (quand ce n’est pas au nord de l’Europe), que les choses bougent et que les projets à long terme émergent. Nouveau moteur européen en terme de développement écologique et logistique, la région se positionnerait peut-être au niveau des leaders suédois, finlandais, norvégiens et danois si elle n’avait pas été si fortement frappée par la crise des subprimes de 2008. Tombée bien plus bas que nos pays d’Europe occidentale (Belgique, France, Pays-Bas, Royaume-Uni), elle nous a déjà dépassé et cette réalité met en lumière nos différences d’efficacité et de stratégies. Remettons nous en question, n’ayons pas peur de nous inspirer de ce qui se passe à l’étranger (nous ne sommes pas plus évolués ni intelligents que des pays ayant connu une crise, une guerre ou une dictature, restons humbles au regard de l’état de notre société) et allons de l’avant, ne nous laissons pas dépasser par la majorité des pays « émergents » à force de faire du surplace.

Quelle Sinema pour la première sénatrice de l’Arizona!
Une semaine après les midterms nationaux, l’Arizona élisait son nouveau sénateur, ou plutôt sa nouvelle et première sénatrice puisque la victoire finale se disputait entre la républicaine Martha McSally et la candidate démocrate Kyrsten Sinema. Et c’est cette dernière qui s’impose finalement sur le clap malgré une défaite plus qu’annoncée par les sondages, une première dans cet Etat du sud-ouest des Etats-Unis. Sinema qui dirige un Etat typique du western américain, ça mérite d’être relevé. Elle était pourtant battue le soir des midterms mais les votes postaux n’avaient pas encore été comptabilisés, lui permettant au final d’assurer facilement sa victoire lors du générique.

La victoire est double puisqu’en plus d’une première sénatrice dans l’histoire de l’Arizona, l’Etat traditionnellement républicain vire au bleu démocrate, un nouveau revers pour le parti de l’éléphant(?). Et ce n’est pas l’excentrique président Donald Trump qui va se réjouir de ce double changement, lui qui vient de perdre sa majorité républicaine à la Chambre, le restreignant désormais un peu plus dans ses manoeuvres. Il est d’ailleurs certain que la nouvelle sénatrice arizonienne ajustera sa focale sur la question des femmes, forte de la montée récente des élues féminines sur la grande majorité du territoire de l’Oncle Sam. Le président américain connaîtra maintenant une concurrence déloyale pour faire son c(s)inéma devant la presse : battu par une femme, c’est pas trop difficile à vivre Donald?

Mercredi
Où en sont nos ambulanciers ? 

Le métier d’ambulancier est un des métiers les plus accessibles en Belgique. Pour accéder à la profession, une simple formation de 120 heures au minimum et de 40 heures de stage sont obligatoires. En France, on parle de 630 heures de formation pour les ambulanciers, un écart significatif entre deux pays pourtant très proche territorialement. On parle même de 7 ans d’étude aux Pays-Bas (4 années pour devenir infirmier puis 2 années de spécialisation en soins intensifs et un an en soins ambulanciers).
Comment est-ce possible de ne pas mettre plus de moyens, et surtout de qualifications, dans la formation d’un métier prétendant à la préservation des fonctions vitales d’une personne? La ministre de la Santé Maggie de Block ne semble d’ailleurs pas vouloir bouger au sujet de la formation des ambulanciers (elle est plus forte pour taxer les médicaments…). Un ambulancier devrait être bien plus formé pour faire face à des situations délicates sur le terrain. Si les exigences, notamment européennes sont de plus en plus importantes, le nombre d’heures de formation n’a lui pas changé depuis 20 ans. Lors de chaque Revue de la semaine on a l’impression de se répéter, et ce sur tous les sujets, mais : à quand un vrai changement en Belgique?

Jeudi
Nouveau record de température, sortez les t-shirts (et les mouchoirs)

16° celcius, c’est la nouvelle température record enregistrée ce jeudi 15 novembre. Au fil des différentes revues de la semaine, nous n’avons cesser de rappeler les ravages du réchauffement climatique. Ces 16°C prouvent encore une fois, si il en faut, que la température est anormalement haute pour un mois de novembre. Mais je sens, en écrivant, ces quelques lignes que les mentalités sont tout doucement en train d’évoluer, notamment au sein de la nouvelle génération d’électeurs. Malheureusement, le changement ne peut pas se faire en quelques jours. Quelques (longues) années seront donc nécessaires pour voir les bienfaits de ce changement. Il n’est donc certainement pas temps de baisser les bras mais bien de continuer à faire des efforts pour lutter contre un réchauffement de la planète de plus en plus dangereux.

Vendredi
Ne dites plus « le » génocide mais « un » génocide

Enfin! Près de 40 ans après la fin du régime des khmers rouges, le génocide perpétré au Cambodge entre 1975 et 1979 vient seulement d’être reconnu par la justice internationale. La chambre du tribunal international, parrainé par l’ONU, a jugé ce vendredi, et ce pour la première fois de l’histoire du conflit, que pour les exactions et crimes commis par les hauts responsables khmers rouges « le crime de génocide était établi » envers les populations vietnamiennes, musulmanes cham et autres minorités religieuses décimées et que celui-ci visait à « établir une société athée et homogène [en] supprimant toutes les différences ethniques, nationales, religieuses, raciales, de classe et culturelles. »
La scène paraissait surréaliste : les deux plus hauts responsables khmers rouges encore en vie, Nuon Chea et Khieu Samphan, respectivement 92 et 87 ans, entourés d’une apanade de juges, magistrats et avocats tous beaucoup plus jeunes que les prévenus (Nuon Chea était carrément installé dans une cellule spéciale en raison de sa santé fragile), ce qui est déjà assez rare pour être souligné. Arrêtés et incarcérés il y a pourtant 20 ans, les deux condamnés avaient déjà écopé de la prison à vie en 2014 pour « crimes contre l’humanité » mais le jugement de vendredi était le premier établissant le terme de « génocide ». La décision finale est motivée par « la gravité des crimes, leur échelle, leur brutalité, le nombre et la vulnérabilité des victimes » et s’articule autour d’une nouvelle peine de prison à perpétuité. Les chefs d’accusation requis contre les prévenus étaient nombreux et non des moindres : meurtre, extermination, déportation, esclavage, emprisonnement, torture, persécution pour motif politique, religieux ou racial, attaque et atteinte à la dignité humaine, mariage forcé et viol pour un total de deux millions de morts (soit le quart de la population du Cambodge à l’époque).

Plus encore que la condamnation et la peine elles-mêmes, il était grand temps qu’une telle reconnaissance soit enfin effective. Il ne faut pas avoir peur du terme « génocide » qui n’était encore utilisé que pour le massacre des juifs par l’Allemagne nazie, mais ils ne sont pas les seuls à en avoir été victimes. Espérons que la prise de conscience et la reconnaissance du statut génocidaire de la question des khmers rouges permettent au monde d’ouvrir les yeux et de reconnaître les autres actuels et antérieurs quasiment tous passés sous silence. À quand une reconnaissance du génocide rwandais, arménien, palestinien, indien (d’Amérique évidemment),…?

Samedi
Même le football féminin…

Le duel de Superleague entre le Standard Fémina et l’équipe féminine d’Anderlecht de ce samedi a dû être arrêté suite notamment à un envahissement de terrain. Des hooligans se sont introduits sur le terrain et en sont venus aux mains, obligeant l’arbitre à arrêter la rencontre alors qu’Anderlecht menait 1 à 0. Heureusement, aucun blessé n’est à déplorer mais quelle tristesse de voir, à nouveau, une telle violence sur un terrain de football, encore plus de foot féminin.
Les sanctions tomberont et c’est tant mieux, mais quelles en seront leurs sommes dérisoires? Pourquoi l’interdiction de stade à vie n’est-elle pas encore obligatoire, comme c’est le cas en Angleterre. Le football belge est déjà tellement ébranlé suite aux histoires de matchs truqués et de corruption qu’on se passerait bien volontiers de nouveaux supporters idiots qui se battent sur le terrain uniquement parce que les couleurs qu’ils supportent sont différentes! Voir un tel climat de violence sur un terrain (comme partout ailleurs) est tout simplement choquant, révoltant et inadmissible.
Avec cette situation délicate, le Standard risque un score de forfait (5-0), affaire à suivre donc… Espérons que les sanctions seront exemplaires pour ces gens qui ne connaissent pas le vrai football, celui des sensations, des émotions, celui où la violence n’a pas sa place et ne l’aura jamais.

Dimanche
Une hausse d’attaques de requins sur l’homme à remettre en contexte

Un homme a « encore » été mordu par un requin alors qu’il suivait une leçon de surf à une centaine de kilomètres de Sydney, la plus grande ville australienne (mais pas la capitale hein!). Il s’agit de la huitième attaque de requin depuis le mois de septembre en Australie, dont une fut mortelle. Mais peut-on vraiment parler d’attaques de requins sur l’homme lorsque l’on considère le danger que représente l’homme pour le squale? L’être humain a démontré au fil des années qu’il ne reculait devant aucune frontière (physique, maritime ou symbolique) et s’enfonce toujours plus loin dans les mers, que ce soit pour en piller les fonds ou plus légèrement pour dénicher de nouvelles plages sur lesquelles bronzer et surfer. Mais ces explorations humaines débordent sur les territoires de chasse où les requins règnent en maître depuis toujours, qui ne demandent rien à personne si ce n’est de vivre tranquilles dans leur coin.
À la suite des récentes attaques, les autorités australiennes, pourtant fortement concernées par les enjeux marins de leurs côtes, avaient lancé une chasse aux requins, en tuant près de 6. En raison de la succession d’incidents en Australie, le sujet devient très sensible au pays et certaines équipes de télévision travaillant sur ces problèmes se sont d’ailleurs vues refuser l’accès à des plages touristiques. Il serait quand même temps de rappeler que le requin n’attaque pas l’homme sciemment (il n’aime d’ailleurs pas la chair humaine, ce qui explique qu’ils ne mangent pas les hommes mais ne font que les mordre), mais uniquement parce qu’il le prend pour une proie ou se sent en danger. Plutôt que de punir les squales pour suivre leur instinct de survie, ne faudrait-il pas tout simplement restreindre l’expansion humaine sur les territoires marins? Si les victimes d’attaques de requins sont à plaindre, il faut toutefois rappeler qu’elles l’ont indirectement cherché en empiétant sur son espace vital. Laissons les requins tranquilles et soyons tous responsables en respectant son habitat, le monde ne s’en portera que mieux.

Journa’Lîdje

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