Le dopage sportif est-il suffisamment combattu?

Le dopage sportif est-il suffisamment combattu?


Le sport : si beau, si puissant, si imprévisible, plus grand véhiculant d’émotions mais pourtant parfois aussi si sale, si truqué, si décevant. La pureté du sport apporte au spectateur enthousiasme et passion, loin de l’édulcorée vie quotidienne, mais lorsque sa face sombre ressurgit c’est tout un pan de naïveté qui s’effondre. Les faits sont là, on ne peut vivre sans la terrible dualité du sport, surtout lorsque l’on voit la complaisance des systèmes de rétorsion. La problématique des ex-dopés revenus sur le devant de la scène n’a dès lors jamais quitté le giron du monde sportif depuis de longues années déjà. Petit tour d’horizon de cas célèbres.

Athlétisme : terre (battue) du dopage
5 août 2017. L’image a rapidement fait le tour du monde : Justin Gatlin, agenouillé sur le tartan de la piste londonienne s’incline respectueusement devant Usain Bolt, légende vivante de l’athlétisme mondial, qui vient de terminer la dernière course de sa carrière. C’est pourtant l’Américain qui s’est imposé, gâchant la fête d’un départ gagnant de la Foudre, sans que son succès ne soit jamais remis en question lors du sprint. Gatlin vient de remporter les Championnats du monde mais il subit les foudres (de guerre) du public anglais, sifflé et hué jusque sur le podium.

Cette violente réaction des spectateurs trouve source dans le passé du sprinteur de New-York, condamné deux fois déjà pour dopage. Suspendu un an en 2001 pour prises d’amphétamines, l’Américain revient plus fort sur les pistes, trop fort puisqu’il est à nouveau contrôlé positif en 2006, à la testostérone cette fois, et purgera une peine de 4 ans sans exercer. Après avoir payé son dû (comme Freddie Mercury dans We Are The Champions), il foule à nouveau les pistes et se rachète une conduite. Champion du monde en salle à Istanbul en 2012, médaillé de bronze puis d’argent aux JO de Londres puis Rio, il est également sacré vice-champion du monde à Moscou en 2013 puis deux ans plus tard à Pékin. Avant cette soirée du 5 août 2017 qui fait ressurgir son lourd passé et ses larmes en même temps.

Grand espoir du sprint jamaïcain, Yohan Blake est stoppé net dans son ascension par un contrôle positif à la méthylxanthine en 2009, sa Fédération le suspend 3 mois (seulement!) en représailles. Déterminé à tirer un trait sur cette ombre à son tableau de chasse, il travaille d’arrache-pied et revient plus fort en 2011 pour les Championnats du monde. Mais le duel tant attendu entre le Roi du sprint et l’étoile (re)montante de Kingston accouche d’un pétard mouillé : Usain est disqualifié suite à un faux-départ et ouvre la voie toute royale à son jeune compatriote qui empoche le titre mondial, une consécration. Quelques jours plus tard, Blake améliore même le record du monde de relais 4x100m en compagnie de Nesta Carter, Michael Frater et Usain Bolt. Il décrochera ensuite la médaille d’argent sur 100m et 200m aux JO de Londres, échouant chaque fois derrière son mentor qui l’aidera à conquérir l’or sur le relais. La fin de carrière de Yohan Blake est plus compliquée mais ces nombreux titres récoltés sur deux saisons lui ont certainement facilement fait oublier cette histoire de suspension.

En tennis, les champions et championnes tombent de haut
Pas question de Serena Williams ici, elle n’a jamais été contrôlée positive, au contraire d’une grande Russe, victorieuse de nombreux Grand Chelem et souvent considérée comme l’une des plus belles joueuses sur le circuit (les hommes ne pensent donc qu’à ça…). Et oui, vous l’avez reconnue : on va maintenant parler de Maria Sharapova dont la saga de l’utilisation de meldonium a agité la fin d’année 2015. Elle aboutira sur une suspension de 15 mois en janvier 2016 mais la Russe n’abdique pas et refuse de prendre sa retraite. À son retour sur les courts, elle a dégringolé dans le classement WTA et ne peut pas participer à de nombreux tournois cotés. Mais conscients de l’attractivité de Sharapova, certains d’entre eux décident alors de l’inviter pour lui permettre d’éviter de passer par les phases qualificatives, une action qui fera grincer beaucoup de dents sur le circuit. Son retour ne se passe pas aussi bien que prévu puisqu’elle ne remporte qu’un titre, en octobre 2017 à Tianjin, après avoir lutté toute la saison.

Nous pouvons ensuite rapidement aborder deux cas au profil assez différent, une joueuse plutôt sur la fin et un joueur en pleine bourre. Martina Hingis, référence parmi les références féminines, a été contrôlée positive à la cocaïne lors du Wimbledon 2007, quelques mois seulement après sa sortie d’une galère de trois ans de blessures. Elle est suspendue jusqu’en 2008 et annonce alors sa retraite, mais elle réalise le come-back en 2013 car les terrains lui manquent. Si elle n’a plus rien gagné en simple, elle a continué à engranger quelques succès en double.
Si je vous dis « Croate, 30 ans, 7ème au classement ATP et vainqueur d’un US Open » vous me dites? Marin Cilic exactement, et il fut en 2013, lui aussi, contrôlé positif, à la nicéthamide cette fois. Premièrement suspendu pour 9 mois, sa sanction sera revue à la baisse et il restera écarté des terrains pour 4 mois. Cet aménagement de peine lui permet de participer et de remporter son premier Grand Chelem avec l’US Open 2014. Il remportera ensuite le Masters 1000 de Cincinnati et l’ATP 500 de Bâle et atteindra la finale de Wimbledon 2017 et Open d’Australie 2018.

Cyclisme : coincé entre clichés et vérités
Le sport qui ressort en premier lorsque l’on aborde le sujet du dopage c’est toujours le cyclisme, mais cette réputation est basée sur un amas monumental de faits, de preuves et d’affaires. On ne reviendra pas sur les différents grands scandales qui ont secoué le monde du vélo mais sur deux immenses coureurs des dernières années.
Le premier d’entre-eux a gagné les trois grands Tour avant de se faire destituer de certains de ses succès. El Pistolero Alberto Contador venait de remporter le Tour de France 2010 et le Giro 2011 lorsqu’il fut condamné à deux ans de suspension pour dopage au clenbuterol. Ecopant de la plus lourde peine possible, il a également perdu la paternité de ces deux sacres mais n’abdique pas et compte revenir plus affamé que jamais. De retour sur les pédales, il est hué le long des routes du Tour mais dégaine à nouveau sur le Giro en 2015 et deux fois sur la Vuelta en 2012 et 2014.

Et pas n’importe quel champion du monde, le champion du monde en titre s’il-vous-plait. Suspendu pour deux ans en mai 2010 dans le cadre du scandale de dopage sanguin dans l’affaire Puerto datant de 2006, Alejandro Valverde écope, lui aussi, de la sanction la plus élevée mais ne se voit pas retirer ses victoires car il n’était plus concerné par le dopage. Comme pour Contador, le public belge et français ne cessera de marquer son mécontentement lors de ses courses mais, revenu plus fort que jamais, il fait taire les critiques en remportant deux Liège-Bastogne-Liège en 2015 et 2017 ainsi que quatre Flèche Wallonne consécutives entre 2014 et 2017. Il s’impose encore à la Classica San Sebastian en 2014 avant d’enfin décrocher le titre mondial cette année à Innsbruck après 6 podiums en 11 participations, le couronnement de sa carrière.


Comme nous venons de le voir, le nombre d’ex-dopés revenus sur le devant de la scène pour décrocher des titres sont légions et si l’on se doit de saluer leurs performances, il faut avouer que le fait reste tout de même surprenant. Dans l’absolu, comment est-ce possible qu’un tricheur puisse toujours concourir voire remporter des titres? Un tricheur ne devrait-il pas être suspendu à vie? La question est complexe mais une chose est sûre : un sportif qui voit un collègue tricheur ne pas réellement être suspendu (deux ans de suspension comme peine maximale c’est vraiment n’importe quoi, disons le) ne sera certainement pas découragé de tricher à son tour, que risque-t-il au final? Un arrêt de carrière de deux ans maximum puis hop c’est reparti et on recommence. Des peines plus lourdes au contraire permettraient de prévenir la tentation, le risque serait trop grand. Les Fédérations ne mettent peut-être pas de telles mesures en place pour ne pas perdre leurs grands sportifs et rester attractifs? Il est vrai qu’un Tour sans le duo Contador/Valverde, un Grand Chelem sans Sharapova et Cilic et un 100m sans le duel Blake/Gatlin aurait certainement eu moins de gueule, mais c’est le prix à payer si l’on veut réellement endiguer un dopage qui gangrène le sport et son image aux yeux du public. Une chose est sure, les différentes fédérations ont fait leur choix par le passé, attendons de voir si elles sont enfin prêtes à perdre un nom pour gagner en crédibilité et propreté. À méditer…

ALVARRO

{article rédigé sur base d’une chronique radio pour l’émission « Inside Sport » sur Equinoxefm}

2 Replies to “Le dopage sportif est-il suffisamment combattu?”

  1. Le dopage est-il suffisamment combattu ?
    La réponse est claire. C’est non !
    Comment peuvent-ils encore courir quand ils récidivent, ils récidivent, …

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