La Revue de la semaine #7

La Revue de la semaine #7


Chronique hebdomadaire, la Revue de la semaine aura pour but de revenir sur certains sujets de la semaine écoulée, non pas en en listant la simple neutralité d’information mais en y apportant un point de vue, une critique ou une approche de réflexion. Entre une et trois informations seront sélectionnées par jour afin d’en livrer une courte analyse sans encombrer une chronique qui se veut directe. La volonté de la rédaction est d’amener chaque sujet à être traité et lu comme une brève. 

Lundi
La « Brume » de Stephen King avait raison, voici l’airpocalypse!
Aspect souvent méconnu de son oeuvre, le maître de l’horreur s’inspire dans la plupart des cas de situations réelles, vécues ou observées, qu’il extrapole pour en dénoncer le fléau. C’était le cas de Brume (The Mist en version originale, et oui la série était mauvaise, au contraire du film et du livre) au sein duquel il traite une brume emplie de monstres et créée par l’armée, mais la réalité a désormais -à peu près- dépassé la fiction à New Delhi : les monstres originaux ont été banalisés par une pollution de l’air mortelle et ce n’est plus la seule armée mais le pays tout entier qui a engendré un tel massacre.
Les besoins énormes de croissance d’un pays d’1,25 milliard d’habitants majoritairement pauvre et agricole poussent à l’activité perpétuelle et au renouvellement continu, provoquant une pollution massive de l’air. Cela fait maintenant de nombreuses années que l’arrivée de l’automne voit fondre sur la capitale une brume toxique qui voile le paysage, s’infiltre dans tous les bâtiments et dégage une odeur de brûlé. Le problème trouve son point d’orgue entre mi-octobre et début novembre lorsque les agriculteurs, soumis au besoin effréné de production, recourent au feu pour liquider les restes de la culture du riz pour pouvoir planter le blé au plus vite, frappant dès lors non plus seulement la capitale/ville de (New) Delhi mais également tout le nord de l’Inde. Point culminant du smog, la fête des lumières hindous de Diwali assomme de fumée de millions de pétards un air déjà bien assez étouffant. Une situation d’autant plus critique qu’elle décime petit à petit la population du nord du pays de Gandhi : en 2015, la pollution atmosphérique (ainsi qu’aquatique et terrestre) est tenue responsable de 2,5 millions de décès dans le pays, plus lourd bilan humain à l’échelle mondiale. Ce lundi matin, l’ambassade américaine sur place enregistrait notamment une concentration supérieure à 620 microgrammes de particules fines par m3 d’air, là où l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser les 25 microgrammes… Une réalité gravissime qui s’acharne principalement sur les enfants car la toxicité de l’atmosphère peut entraver leur développement neurologique et les rendre plus vulnérables encore aux maladies : les cancérologues de la capitale évoquent les premières respirations d’un nouveau né comme équivalentes à « 20 à 25 cigarettes au premier jour de sa vie. »
Si notre réalité belge n’atteint pas le dixième de ce que subit annuellement tout le nord de l’Inde, il n’empêche que l’on assiste à l’explosion des mégalopoles et autres grandes villes soumises à une pollution perpétuelle de leur atmosphère. Les photos prises en surplomb mettent de plus en plus en lumière les nuages de pollution qui flottent sur les toits des villes, et il n’en faudra pas beaucoup plus pour qu’ils ne piquent vers les entrailles et les artères de ces dernières, collés au sol par le froid arrivant. L’urgence absolue de Delhi et ses alentours ne doit pas être minimisée et doit nous pousser à agir maintenant pour éviter à tout prix l’augmentation de cas identiques, pas uniquement chez nous mais sur la surface entière du globe. Il n’est pas encore trop tard mais c’est à nos générations d’agir et de se mobiliser pour espérer encore changer les choses, on ne cessera de le rappeler.

Mardi
Le chocolat Galler n’est plus belge!
Un carré de chocolat qui a un goût un peu amer pour Jean Galler qui n’a pas pu conserver un actionnariat 100% belge. Le chocolatier de renom aurait tout de même préféré garder des parts dans son entreprise mais les Qataris en ont décidé autrement, ils sont désormais officiellement actionnaires à 100%. Quel dommage! Avec cette annonce, plus aucun chocolat n’est désormais belge… Heureusement, l’usine Galler va rester en Belgique (enfin, du moins jusqu’à la prochaine restructuration du personnel qui touche toutes les entreprises un jour ou l’autre). Jean Galler va maintenant se concentrer sur son autre passion, le vin! Qui sait, nous entendrons peut-être parler d’un vin Galler dans quelques années. Il est pour moi essentiel de rappeler que les 160 employés de l’usine Galler gardent leur poste et ça, c’est la bonne nouvelle. Espérons que ça soit pour un bout de temps. En attendant de connaître ce que deviendra l’usine Galler, je continuerais à manger le sublime chocolat fourré à la banane. Quel délice!

Mercredi
Engie prêt à sacrifier sa filiale belge pour ne pas payer le démantèlement des centrales
Ce devait être en 2014, la totalité de nos réacteurs sont encore en opération (bon mis à l’arrêt depuis quelques semaines mais toujours dans le circuit) : la Belgique n’a pas tenu ses engagements sur la sortie du nucléaire et, après avoir tenté de rallonger le bail de ces centrales, se retrouve désormais avec un chantier sur les bras pour en organiser le démantèlement. Le coût de celui-ci et la gestion des déchets font aujourd’hui débat (bah oui c’est plus logique d’y penser maintenant que sur les dix ans qui étaient prévus pour la sortie nucléaire initialement votée) et les travaux devraient commencer en 2025. Ecolo prévoit près de 60 ans de travaux et 30 milliards d’euros de budget pour s’en sortir, mais l’inquiétude des Verts se portent surtout sur le comportement du fournisseur Engie, responsable du secteur nucléaire : il existe un « fond de provision nucléaire », alimenté chaque
année un petit peu plus, dans l’optique d’une aide financière pour le démantèlement, mais Engie pourrait préparer l’insolvabilité (incapacité de payer par manque de solde) de sa filiale belge Electrabel pour éviter de financer ce dernier.
Ecolo et Groen demandent en urgence le renforcement du cadre juridique pour en empêcher la possibilité. En effet, si Electrabel est déclaré insolvable, l’Etat ne pourra plus lui demander de financer la sortie du nucléaire (leur manque de solde signifierait la faillite de l’entreprise) qui sera alimentée par l’argent du contribuable. Pour ne pas financer la sortie d’une situation critique qu’ils ont eux-mêmes créée, les responsables d’Engie sont donc prêt à « menacer » l’Etat belge de liquider leur filiale belge pour faire payer les citoyens belges, aux moyens de leurs impôts. C’est chouette hein l’industrie du nucléaire? D’abord, elle est dangereuse et radioactive, mais en plus maintenant elle veut nous faire payer pour tout ça… Encore des convaincus par une puissance énergétique qui menace de nous faire payer notre empoisonnement si l’on venait à en sortir?
Si le gouvernement Michel reste ferme dans ses convictions (« c’est au pollueur de payer, pas au contribuable« ), il va devoir s’accorder au plus vite sur un projet de loi de renforcement du cadre juridique qui traîne depuis plus de neuf mois sur le bureau si il ne veut pas qu’Engie le fasse chanter. Le secteur nucléaire n’est pas un lobby disiez-vous?

Jeudi
Ulysse, l’Odyssée grâce aux déchets
18 Tonnes de déchets (environ 3 éléphants), c’est la quantité de plastique rejetée chaque minute dans les océans et il est quasiment impossible de les récupérer. 1% de ce plastique flotte à la surface et peut-être ramassé. Ce qui reste est une réelle menace pour la vie marine. « Plastic Odyssey » est peut être la solution! Quatre jeunes français officiers de la marine marchande ont décidé de faire le tour du monde avec le premier navire qui avance grâce aux déchets plastiques et qui se nomme Ulysse. Quelle belle initiative des ces jeunes français, trouver une solution pour réutiliser ce plastique jeter dans les mers et océans est indispensable. Une alternative comme celle-là pourrait réduire le nombre de tonnes de déchets déversés dans les océans. Si ce projet va au bout, ça pourrait être l’invention du siècle qui permettrait à la vie marine d’avoir de meilleurs jours devant elle. Et moi, j’y crois… En mars 2020, la deuxième phase du projet sera lancée : faire le tour de trois continents : Asie, Amérique du Sud et Afrique en trois ans. C’est à cette date que nous connaîtrons l’avenir des fonds marins, un avenir qui s’annonce chambouler dans les années à venir…

Vendredi
Le protectionnisme ne peut donc être qu’américain Donald?
En milieu de semaine, Emmanuel Macron abordait la possibilité de la mise en place d’une armée commune européenne censée représenter la force de l’Union et briser sa dépendance vis à vis des Etats-Unis, une idée également reprise par Angela Merkel. Dans un clin d’oeil très poussé envers les Américains, la chancelière allemande a dénoncé le fait que « l’époque où nous pouvions compter aveuglément sur d’autres est révolue » avant d’ajouter que l’Union doit « prendre davantage [son] sort entre [ses] mains si nous voulons nous renforcer en tant que Communauté. » L’argument principal d’une telle réforme militaire stipule qu’elle montrerait définitivement au monde qu’il n’y aura plus jamais de guerre entre les pays de l’Union et que cette nouvelle armée ne serait pas dirigée par l’OTAN qu’elle viendrait compléter.
Mais cette volonté de s’unir pour assurer une puissance militaire indépendante d’autres entités n’est pas du goût de tout le monde puisque Donald Trump s’est fendu d’un tweet pour dénoncer la mise en place d’une telle mesure. Jugeant la proposition et l’idée « très insultant[e] », il attaque ensuite frontalement l’Union en rajoutant « peut-être l’Europe devrait-elle payer sa part [du budget] de l’OTAN, que les Etats-Unis assument largement. » Ben alors Trumpounet, on est vexé à cause des méchants européens qui se regroupent comme des méchants? C’est pas toi pourtant qui prônait le protectionnisme, ah ou alors c’était que pour les Etats-Unis peut-être? Bon soyons honnête, la mise en place d’une armée commune européenne ne relève pas réellement du protectionnisme mais puisque c’est de « protectionniste » que le président américain qualifie, à tort évidemment encore une fois, sa démarche de renforcement militaire pour « protéger les frontières », alors nous aussi on peut jouer sur le sens des mots pour leur donner celui que l’on veut quand il s’agit de parler de retourner les arguments trumpien contre lui-même.
Plus factuellement, la mise en place d’une armée commune pourrait être une solution pour le rapprochement en interne d’une Union européenne toujours fort divisée, mais elle ne peut pas être LA solution : plutôt que de monter sur pied une force commune de répression, il serait peut-être plus utile de mettre en place une force commune de création, un plan long terme vers lequel tous les Etats tendent pour une Union solide et solidaire plutôt que des petits groupements d’Etats ne recherchant que leur profit personnel? Mais là n’est pas l’essentiel de ce sujet, l’essentiel c’est que Trump boude quand l’Union réagit à ses caprices, et ça fait toujours plaisir.

Samedi
Les camions qui dépassent sous la pluie enfin sanctionnés
Des caméras seront installées l’année prochaine en Flandre afin de sanctionner les chauffeurs de poids-lourds qui ne respectent pas l’interdiction de dépasser sous la pluie. Encore une fois, la Flandre agit avant la Wallonie et propose de vraies réformes pour lutter contre les infractions routières des camions. Les caméras seront reliées à un pluviomètre qui mesure les précipitations, elles devraient être installées dans le courant du premier semestre 2019. Il était d’agir contre cet infraction exécrable des chauffeurs de camion, c’est complètement inconscient de tenter d’essayer de dépasser sous la pluie quand on un truc de 6 tonnes derrière. Osons croire que les amendes seront suffisamment salées pour empêcher les camions de dépasser sous la pluie mais rien n’est moins sûr.

Quand Emmanuel Macron épouse Angela Merkel
Samedi déjà, les commémorations de l’armistice de 1918 allaient bon train et le président français Emmanuel Macron ainsi que la chancelière allemande Angela Merkel avaient organisé un bain de foule avec le public français et allemand. Après plusieurs discussions, une petite femme âgée rejoint les deux chefs d’Etat pour un petit entretien sur l’évolution des deux pays et les perspectives d’avenir lors duquel elle explique qu’elle aura 101 ans deux jours plus tard (elle les a donc fêté ce lundi, bon anniversaire!). La discussion se termine par une photo souvenir des trois protagonistes, moment choisi par la centenaire pour appeler Angela Merkel « Madame Macron« , ce qui n’a étonnement pas semblé réellement la surprendre.
Existe-t-il donc un lien fort qui caractériserait et unirait la chancelière allemande et la première dame de France au point de les confondre? On ne pense pas, bien que l’on ait pas toutes les infos people à Journa’Lîdje, on le concède. Il est par contre plutôt intéressant et assez éclairant de remarquer que la confusion et la possibilité d’un couple Macron-Merkel n’a pas paru si surprenante que cela, peut-être la proximité du programme macroniste avec la politique libérale allemande? Il est en tout cas clair que depuis sa prise de fonction, le nouveau président français a relégué son passé socialiste au placard pour embrasser une droite libérale « à l’allemande » (et sa grande représentante par la même occasion?), sans la capacité de gestion. Si la chancelière à la poigne de fer mène d’une main de maître son navire politique,
Manu est, au contraire, loin de faire l’unanimité en Hexagone entre réformes fiscales au profit des (nouveaux) riches et politique migratoire à la limite des extrêmes. Si il ne suffit pas de faire du Cetelem pour être Cetelem, il ne suffit pas non plus de tenter de copier un programme politique (surtout si l’on en a pas la capacité de gouvernance) pour être un bon dirigeant. À se jeter bras ouverts dans les bras/draps de la politique merkélienne, Emmanuel Macron a sans doute, par manque de précaution et de retenue, refilé le sida politique et social à une société française de plus en plus malade, déchirée entre (nouveaux) riches toujours plus riches et pauvres laissés pour compte. Et si, au final, ce n’était pas la centenaire qui avait raison?

Dimanche
Une banderole plus que de longs discours

© rtbf.be

Tandis que les différents dirigeants européens multipliaient les hommages et que les différentes rédactions multipliaient les directs lors des commémorations de l’armistice de la Première Guerre mondiale, un groupe de militants de la paix a décidé de lier passé et actualité loin des discours pompeux des politiciens. Là où ces derniers parlent d’union entre les pays, de dialogue et de souvenir pour ne pas oublier et ne pas revivre la même chose, les manifestants pointent du doigt leur double discours et double jeu lorsqu’ils ne cessent de vendre des armes au Moyen-Orient.
Dénonçant des commémorations passées mais peu d’actes concrets présents, l’association « Agir pour la Paix » avait créé une banderole bardée d’un « Plus jamais ça? Arrêtez le commerce des armes » et déployée lors d’un direct de la RTBF. Elle s’est ensuite fendue d’un communiqué pour commenter son action : « [nous tenons] à rappeler que tandis que l’on commémore en grande pompe les victimes de la Première Guerre mondiale, nos gouvernements sont complices de plusieurs conflits actuels par la vente d’armes à des pays comme l’Arabie Saoudite et la Turquie. » Et l’on ne peut leur donner tort quand l’on voit nos sociétés financer l’armement ou directement vendre des armes dans les pays en guerre et ne pas réellement lutter contre le port d’arme dans l’Union toute entière.
Beaucoup de paroles pour peu d’actes, encore et toujours, une situation qu’ont voulu briser les manifestants anti-arme par leur action ce dimanche. « Parfois il vaut mieux une punchline qu’un long discours » disait El Matador dans
Polémiquement incorrect II, et l’association « Agir pour la Paix » vient encore de nous le démontrer.

Journa’Lîdje

2 Replies to “La Revue de la semaine #7”

  1. A suivre absolument :
    Mercredi
    Engie prêt à sacrifier sa filiale belge pour ne pas payer le démantèlement des centrales

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