Quand le football belge « encourage » la triche

Quand le football belge « encourage » la triche

Depuis un mois maintenant, le football belge est secoué par une violente affaire de blanchiment d’argent et de matchs truqués, on ne vous fera pas l’injure de vous l’apprendre. La compétition a maintenant repris et l’affaire est quelque peu retombée au second plan, mais les questions restent encore en suspens. En analysant le fonctionnement du monde footballistique belge en comparaison avec ses voisins, on peut dégager plusieurs facteurs qui facilitent la triche dans notre plat pays.

Petite précision avant de commencer, si le sujet part de l’affaire du « Footballgate », c’est bien du cyclisme qu’il est pourtant inspiré : lors de la présentation du tracé du Tour de France 2019, le directeur de course Christian Prud’homme nous a proposé un parcours toujours plus difficile que les années précédentes, une difficultés telle qu’elle pousserait les coureurs à se doper, ne serait-ce que pour le terminer. Certains ex-coureurs et cyclistes amateurs s’accordent en effet à dire qu’un tel parcours est pratiquement humainement impossible à réaliser en si peu de temps. Mais ne nous égarons pas trop loin et revenons-en à notre football belge qui nous occupe dans ce sujet.

Une dernière chose avant de rentrer pleinement dans les faits, il faut d’abord dégager l’axe principal d’analyse de ce qu’on appellera les « largesses du système belge », la problématique des amendes. Nous aborderons ensuite en surface les autres failles de cette « industrie de la triche » que sont le manque de punitions des simulations, le sponsoring des sites de paris, un système soumis aux clubs, un recours en appel scandaleux. Ces diverses facteurs concernent précisément le point sur lequel la triche est indirectement encouragée par le football belge, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Concernant les amendes encourues par les clubs et les joueurs en Belgique, tout supporter de foot vous dira qu’elles sont ridiculement faibles, et on ne peut clairement pas leur donner tort au regard des faits. Là où l’Angleterre a allumé le brasier pour vider les tristement célèbres hooligans de ses stades, la Belgique n’a accouché que d’un pétard mouillé, trop préoccupée par la peur de fâcher nos grands clubs.
Le 3 octobre 2018, le club de Charleroi a par exemple écopé de la terrible amende de 2500€ en raison du comportement dangereux de ses supporters qui avaient allumé des feux de bengale et jeté des bombes de fumées sur le terrain lors du match au Standard du 15 septembre dernier, deux types d’objets strictement interdits. Que les Carolos ont du regretter et se mordre les doigts de devoir payer une telle somme, attention de ne pas mettre le club en banqueroute messieurs de l’Union Belge…
Autre cas, même débat : lors de son dernier déplacement à Anderlecht avec son club de l’Antwerp, Laszlo Bölöni a été renvoyé en tribunes pour « comportement inadéquat », un fait grave sur un terrain de foot puisqu’il tend à remettre en cause l’autorité de l’arbitre. Que le Roumain tremble, il sera condamné à payer une amende de 2000€ plus 1000€ supplémentaires pour avoir communiqué avec son staff depuis la tribune, une autre infraction grave au règlement. Un petit virement de 3000€ et hop l’affaire est réglée, Monsieur Bölöni pourra désormais continuer à invectiver les arbitres et communiquer des tribunes quand il y sera ré-envoyé.
On continue? Parfait! À la suite de la défaite de leur club sur le terrain d’Ostende le 31 mai dernier, 13 abrutis de supporters de Genk ont fait irruption sur la pelouse avant de prendre à partie plusieurs stadiers. Résultat des échauffourées? 36 mois d’interdiction de stade de 1000€ à 1350€ d’amende, de quoi pas du tout leur faire regretter leur acte et leur faire comprendre que si ils recommencent bah ils ne devront de nouveau attendre que quelques mois avant de revenir pourrir les stades.

À titre de comparaison, les amendes comparables en Angleterre relève de 3 ans de prison et 15 000€ d’amende pour jets de projectiles ou d’objets inflammables, 12 000€ pour renvoi en tribunes et radiation à vie des stades pour tout supporter troublant l’ordre public. De pareilles peines sont à l’oeuvre en Italie et en Allemagne tandis que les supporters parisiens et marseillais ne peuvent plus se déplacer chez l’ennemi depuis 2012 à la suite de trop nombreux débordements (bien que l’on puisse discuter d’une telle décision). En Espagne, pas besoin de mesures de rétorsion : les supporters sont mélangés dans le stade et ne vouent pas de haine à leurs opposants, ils parlent entre eux et supportent juste leur équipe.

La problématique des amendes est le principal facteur d’incitation indirecte à la triche, mais d’autres facteurs entrent également en compte, on ne fera toutefois que les aborder rapidement pour ne pas devoir rendre l’antenne minuit passé.
Un homme n’est pas capable d’inventer, il ne fait que recopier et améliorer ce qu’il a déjà pu observer, ce n’est pas une critique mais un fait anthropologique. Bref, tout ça pour dire qu’un footballeur qui voit un de ses collègues ne pas être sanctionné lorsqu’il triche, se sentira légitime de tricher à son tour. Et c’est ainsi que fonctionne le problème des simulations. Lors de la Coupe du Monde, les premières simulations tentées ont toutes été sanctionnées d’un carton jaune, au final on a assisté à très peu de simulations sur l’ensemble de la compétition (les simulations de Neymar étaient surtout des exagérations suite à des fautes, pas de manifestes simulations). En Jupiler Pro League, 90% des simulations ne sont ni sanctionnées ni même relevées et chaque match voit son florilège de plongeons. De plus, la Commission des litiges peut punir un joueur après match au cas où l’arbitre ne l’aurait pas vu, elle ne prend pourtant aucune décision à ce propos mais continue de se plaindre de la « malhonnêteté » de la plupart des joueurs, hypocrisie quand tu nous tiens.
Il faut également citer la vaste blague du recours en appel des sanctions dont certains clubs, dont un rouche plus particulièrement, n’hésitent pas à abuser en allant toujours en appel, peu importe si la sanction est cohérente ou non. Et le système leur donne raison puisque 9/10 la sanction est diminuée en appel. Limiter la possibilité d’aller en appel à 2 par club par saison ne serait-elle pas déjà une avancée?
Le problème de la transparence de la Pro League doit aussi être posé : elle est composée des différents clubs et ne peut dès lors pas prétendre à l’honnêteté ni à la partialité complète puisqu’elle est dirigée par les clubs qu’elle doit gérer et sanctionner, un vrai système politique à la Belge.
Une liste longue comme le bras donc, mais non-exhaustive puisque l’on a pas abordé les sanctions de Wesley, Diedhiou et Carcela abandonnées suite à l’amateurisme de la Pro League, les nombreuses insultes racistes non sanctionnées ni les dirigeants qui ferment les yeux sur les commissions des agents.

Avant de conclure, un cas se doit d’être abordé car il cristallise les problèmes du milieu bien plus qu’il ne les assainit : la surprésence des sites de paris sportifs dans la compétition. Un sponsor officiel de la compétition, d’autres sponsors officiels de différents clubs parmi tant d’autres, les bookmakers sont implantés partout au sein de la Pro League et ce n’est clairement pas une association très saine pour l’intégrité du sport. Entre matchs truqués et paris de joueurs (Olivier Deschacht, plusieurs joueurs d’Eupen,…), on a déjà pu remarquer que la limite est d’ailleurs souvent franchie. À quand une interdiction de collaboration entre le sport et les jeux d’argent?

Comme on peut le remarquer, les collusions entre le monde de notre football belge et la triche en général sont nombreuses et ne semblent pas poser de problèmes à nos dirigeants footballistiques puisque le système ne change pas. Comme en politique, les vieux loups de mer n’ont pas quitté le navire et ne se plaignent pas d’une coque qui fuite vers le naufrage de la pureté du (s)port. Si le scandale des matchs truqués a frappé de plein fouet chaque supporter, il était pourtant largement prévisible au vu de la danse lascive qui unit depuis longtemps déjà triche et football belge. Il est grand temps que le public se réveille si il ne veut pas vivre la disparition de la beauté du sport, si belle et innocente.

ALVARRO

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