Playlist du mois #6 (octobre 2018)

Playlist du mois #6 (octobre 2018)

Conformément au titre de l’article, la rédaction de Journa’Lîdje publiera mensuellement une playlist musicale qui reprendra les chansons qui les auront le plus marqués le mois précédent. Plus encore qu’une simple liste, une courte description ou analyse sera proposée pour chaque son.
Les playlists seront divisées en trois parties, chacune étant la playlist personnelle d’un des trois rédacteurs en chef du site. L’ordre des chansons n’est pas représentatif d’une quelconque hiérarchie, seul un coup de cœur sera mis en évidence par section.
Ces publications mensuelles ont pour but le partage et la possibilité de découvertes musicales.

Playlist Tchoupi :

  •  [Coup de coeur] J’en parlerais au diable (Johnny Hallyday – Mon pays c’est l’amour) : chanson phare de l’album posthume de Johnny, J‘en parlerai au diable nous séduit par sa qualité et son attachement au style si singulier de l’artiste. Le morceau pourrait même devenir un des tubes de l’année 2018. La ballade proposée par feu Jean-Philippe Smet nous fait entendre sa voix si particulière, restée intacte malgré la maladie qui l’avait touché pendant l’enregistrement de cette chanson. Laissez-vous aller et écoutez cette chanson sans modération.

  • Taki Taki (DJ Snake feat Selena Gomez – {single}) : après des associations prestigieuses avec Justin Bieber ou Major Lazer, le DJ français s’associe cette fois à Selena Gomez pour une chanson assez hot. Sur Taki Taki, la jeune chanteuse prouve encore une fois toute l’étendue de son talent. Une chanson chantée en espagnol qui a des airs d’été en plein mois d’octobre, et on ne va pas s’en plaindre. Elle sonne juste, et l’on conseille humblement à Selena de continuer à chanter en espagnol, le rendu de sa voix est juste magique. À écouter au moins une fois!

  • Tiago (Kendji Girac – {single}) : je dois bien avouer que, d’habitude, Kendji Girac ne fait pas partie de mon répertoire mais là, on est dans une autre dimension. Une grande émotion, un accent qui sonne bien, un clip plutôt bien foutu. Quand on écoute le morceau, on sent que le chanteur rend hommage à ses racines et l’on se retrouve plongé dans l’ambiance gitane. Dans cette chanson, les sonorités évoluent vers quelque chose d’un peu plus urbain, de pop. Kendji ralentit le temps avec Tiago. Le titre, composé par Renaud Rebillaud, est à la fois un hommage aux racines gitanes de l’artiste et une belle déclaration d’amitié dans laquelle Kendji parle à son ami d’enfance pour lui prouver son affection face aux épreuves de la vie. Citons le refrain : “Tiago, j’ai pris le temps de t’écrire / Une mélodie en mille sourires / Tiago, j’ai mis le temps pour le dire / Mais mon ami, je suis là pour le pire” qui développe des sonorités pop et gispy où les guitares s’affolent. La voix de Kendji est remplie d’un mélange d’énergie et de mélancolie. C’est une très belle chanson que je vous conseille d’écouter.

  • Shallow (Lady Gaga, Bradley Cooper – BO du film A Star is born) : produite par Mark Ronson, la chanson phare du film “A Star is born“ (dans lequel Lady Gaga est étincelante) scellent l’alliance des deux compagnons. Entonnée lors d’une scène épique, cette ballade aux reflets rock permet aux deux artistes de déployer toute la puissance émotionnelle de la romance entre leurs personnages. C’est une chanson entraînante et dramatique qui ne laisse personne indifférent. Je vous laisse donc vous faire votre propre opinion…

  • Je te le donne (Vitaa feat Slimane – {single}) : le titre est une complainte amoureuse nous racontant l’histoire d’un couple qui n’arrive pas à vivre l’un sans l’autre, au point de ne plus supporter la distance qui les sépare. Les deux artistes se métamorphosent dans un clip poétique qui illustre à merveille le propos du morceau. Ils apparaissent sous la forme de deux pantins de bois que la vie va injustement éloigner, mais une petite fille attendrie va prendre soin de Vitaa et l’aider à réparer son coeur… La rencontre entre ces deux artistes est assez exceptionnelle. On aime les voir tous les deux s’épanouir dans ce duo assez épique. On aime les entendre sur un morceau amoureux qui envoie. Après ma déception sur Bella Ciao, qui pour moi n’était pas du tout à la hauteur de l’originale, je dois avouer qu’avec Je te le donne, je me réconcilie avec les deux artistes.

Playlist d’ALVARRO :

  • [Coup de coeur] Smetljiste historije (Helem nejse – {single}) : le pari est pris que ni le titre de cette chanson ni même le nom de son groupe ne vous disent quelque chose. Sauf si vous êtes bien attentifs à nos différents articles (et là, on verra qui sont les vrais) car, oui, on a déjà parlé tant du groupe que de ce morceau en particulier, dans notre analyse de la situation politique de la Bosnie-Herzégovine à la suite des dernières élections de début octobre puisque nous en citions quelques lignes pour illustrer l’état d’esprit de la jeunesse bosnienne (alors, ça vous revient maintenant?).
    Dans son dernier single intitulé Smetljiste historije (= un repère de l’histoire) sorti la veille des élections nationales, le groupe de hip-hop de Sarajevo se fait l’écho de la nouvelle génération bosnienne, lassée d’une classe politique corrompue maniant éternellement le réflexe identitaire. Dans un pays encore fortement divisé entre ses trois grandes communautés, la jeunesse, consciente qu’elle doit tourner la page de sa sulfureuse histoire et former un front bosnien pour avancer tous ensemble dans la même direction, monte au front d’une classe politique dont elle ne veut plus. Morceaux choisis : ”Vous avez fait la guerre, maintenant vous maintenez la paix”, ”Les entreprises sont en faillite, les rayons sont vides, le pays est à plat mais vous avez de l’argent”, ”Les étrangers sont bons pour vous parce qu’ils donnent le plan [ndlr : le programme identitaire des politiques], et dès que le bip est terminé vous faites resurgir les crises”, ”Depuis plus de 20 ans, vous oeuvrez pour diviser”, ”Vous m’ecoeurez dans les trois langues [ndlr : bosniaque, croate et serbe]”…
    Mais plus encore que les disparités entre identités internes, la Bosnie est minée par le chômage et l’exode social auxquels elle ne parvient pas suffisamment à faire face. Et si Smetljiste historije s’est principalement concentrée dans ses paroles sur le ras-le-bol de ceux dont elle s’est fait la porte-voix, elle ne lésine pas non plus sur cette importante problématique qu’elle traite par l’image dans un clip tristement réaliste. On y voit un père de famille coucher ses deux enfants avant de fuir son pays en bus en direction de l’Allemagne via un réseau officieux avant de finir le trajet par les égouts et sous-terrains. La référence à la marque Red Bull en tout début de clip est un petit tacle à la Russie qui tente de réimprimer sa galaxie sur ses anciennes constellations qui ne cessent de rejoindre l’Occident (l’épisode de l’annexion de la Crimée en est le plus grand fait d’arme), comme pour dire qu’elle a déjà perdu la Bosnie. Une référence que l’on retrouve à la fin du clip, lorsque les deux acolytes sont arrivés en Allemagne, pays ”de l’Occident”.
    Si l’on écoute principalement du rap francophone et américain, on ne peut se targuer de connaître l’univers hip-hop des pays de l’Est, et c’est bien dommage lorsque l’on écoute cette chanson. Engagés comme il n’en existe plus que peu dans notre rap francophone, les groupes de rap y pullulent et les talents se bousculent. On est tout à fait d’accord que l’on ne comprend rien aux paroles, mais force est de reconnaître que le croate n’est pas horrible à l’écoute et que Helem nejse sait manier le flow et le phrasé. De plus, pour avoir creusé un peu plus sur le groupe, on peut aisément affirmer qu’ils n’ont rien à envier à nos rappeurs au niveau des instrus, old school et accrocheuses. Honnêtement, risquez vous à écouter, ça vaut le coup! N’oubliez pas que la musique c’est universel et ça se partage.

  • Empire (Sniper – Personnalité suspecte vol. 1) : le dernier album du groupe remontait à 2011 et il fallait même retourner en 2006 pour retrouver les trois comparses sur un même projet, une éternité qu’il fallait briser. C’est désormais chose faite avec Personnalité suspecte vol. 1, un futur opus qui en appelle rapidement un second, plus puissant et hardcore (”à l’ancienne” diront les puristes). Mais Sniper c’est aussi et surtout ça, une générosité et une adaptabilité à toute épreuve autour d’un noyau inamovible et robuste. Après deux extraits relativement hétérogènes mais toujours bien accueillis, le groupe sort Empire comme troisième clip de l’album, et la magie opère encore.
    Si Personnalité suspecte vol. 1 nous avait jusque là offert un nouveau visage de Sniper, plus actuel et mélodieux, Empire remet les points sur les ”i” dans le pur style corrosif qui avait tant fait le succès du groupe début des années 2000. Bourré de références, de tacles acides et de reproches, le morceau rappelle le véritable objectif du rap : frapper là où ça fait mal et titiller les esprits. Pas d’extraits cette fois-ci car choisir c’est renoncer et ce serait injuste pour les punchlines que nous n’aurions pas citées (elles méritent toutes leur place), ainsi pas de jalouses et l’on vous laissera maître de juger par vous-mêmes. Un gros gros big up pour le clip, très très bien réalisé et dont on comprend parfaitement toute la cohérence. Gros amateurs de clips illustrant les propos à l’aide de morceaux photos/vidéos, vous ne serez pas déçus car il en regorge (des extraits percutants et engagés qui plus est). De manière générale, Empire est un petit bijou de nostalgie qui nous replonge dans la grande époque du groupe mythique, du très bon boulot d’effectué!

  • Tout oublier (Angèle feat Roméo Elvis – Brol) : si la playlist concerne les morceaux sortis lors du mois d’octobre, elle sort bien en ce début novembre, une période de l’année que personne n’aime vraiment : on est plus (du tout) en été et l’on est pas encore à la période de Noël. Si comme nous, vous ne voulez pas vous l’avouer et que vous préférez vous voiler la face, voire vous terrer dans une humeur bougonne, ne cherchez plus on a la solution, la toute nouvelle chanson d’Angèle.
    On le sait, la jeune belge a du talent à revendre et son originalité apporte un vent de fraîcheur évident à l’univers musical francophone, elle y ajoute désormais un effet réconfortant qui n’est pas à déplaire. Dans un duo familial avec son frère rappeur Roméo Elvis, elle nous livre une petite pépite emplie de pêche et d’ondes positives qui fait beaucoup de bien. L’idée générale du morceau est parfaitement résumée par la première phrase du refrain (”Le spleen n’est plus à la mode, c’est pas compliqué d’être heureux”) mais elle cache également le message principal : vis ta vie et n’écoutes pas ce qu’en disent les autres. Un propos directement mis en oeuvre par le clip puisque les deux compères enfilent leurs tenues de ski pour aller à la plage où ils passent du bon temps sans se soucier des regards étonnés des autres personnes.
    Il est clair que le fait que les deux protagonistes soient frères et soeurs joue énormément, mais l’alchimie qu’ils ont réussi à créer autour du morceau fait plaisir à voir et entendre, on se laisse emporter sans problème par la mélodie tressautée et la bonne humeur enivrante qu’elle transmet. Petit bémol tout de même sur le rapport couplets/refrain que l’on trouve encore trop inégal avec cette répétition de refrain en fin de chanson qui gâche un tout petit peu le plaisir. Mais bon, on pardonne toujours au talent, d’autant plus lorsqu’il nous fait Tout oublier d’un triste mois de novembre.

  • J’rap encore (Kery James – J’rap encore) : il nous avait laissé quelque peu sur notre fin le mois passé, il nous a entendu (s’il vous plait, laissez nous y croire) puisqu’il revient avec un nouvel extrait, éponyme et plus consistant cette fois, de son nouvel album. De retour à ses fondamentaux, le rappeur d’Orly enfile à nouveau les gants (rapport à Muhammad Alix, son dernier album, vous l’avez?) pour enchaîner punchlines, clichés et adversaires. Et quand il est comme ça, on ne peut que l’aimer notre Kery James! Si il a déjà fait plus péchu et rythmée en termes de flow comme d’instru, cette légère faiblesse est largement balayée par un clip dont la première moitié est composée de 5 longs plan-séquence avant une accélération de montage en lien avec une accélération de flow. Plusieurs fois lors du clip il se fait agresser (coups de couteau, de poing, de feu) lorsque ses paroles gênent, métaphore de la censure dont sont parfois victimes les rappeurs conscients, mais il ne cesse de se relever, comme il l’a fait tout au long de sa carrière. Et comme il l’a fait entre cette playlist et celle du mois passé, histoire de nous rappeler qui est le boss qui rap français. Hâte que le prochain extrait nous assoiffe encore plus de son nouvel album, prévu pour le 16 novembre.

  • 20 ans (Mac Tyer – C’est la street mon pote) : les Grecs antiques avaient Socrate d’Alopèce, nous on a Socrate (Petnga) d’Aubervilliers, une analogie du classicisme dans leur discipline. Figure de proue du rap conscient du début-milieu des années 2000 au sein de Tandem (en duo avec Mac Kregor) avant d’entamer une importante carrière solo, Mac Tyer revient doucement sur le devant de la scène après 2-3 albums moins reconnus et on ne va pas s’en plaindre. Une prod fluide et efficace, un texte accrocheur et le retour du flow classique du Général, la recette était complète pour une nouvelle bombe de Mac Tyer, et le public s’est montré présent au rendez-vous. Dans un léger élan de retour au premier plan du rap conscient, le rappeur d’Aubervilliers ressort les racines de son succès sur ses thèmes favoris que sont la vie de quartier et la violence (symbolique ou réelle) au travers de ses inimitables punchlines et métaphores. On a beaucoup aimé la richesse du clip puisque Mac Tyer y a fait apparaître pas moins de 10 rappeurs parmi lesquelles certaines pointures et certains amis, on ne citera que les trois grands Lino, Kery James et Oxmo Puccino pour vous laisser découvrir les autres (saurez-vous tous les reconnaître?). Un très bon retour d’El General qui, on l’espère, va se concrétiser au sein d’un album de plus en plus attendu vers un retour aux origines de Socrate.

Playlist d’Esteban :

  • [Coup de coeur] Avec Ta Zouz (Therapie Taxi – {single}) : en pleine ascension dans le cœur de tous les jeunes fêtards désinvoltes, Therapie Taxi amène une bouffée d’air frais dans le paysage de l’électro-pop à la française. Leur premier album, Hit Sale, n’est pas sorti depuis un an qu’ils remettent déjà le couvert avec ce nouveau single, dont le clip un poil provocateur n’a pour autre ambition que de faire balancer les hanches de ses auditeurs. Au programme des paroles, on a la liste complète des thèmes déjà affectionnés dans leurs autres morceaux, à savoir : la drague, le sexe, l’alcool et l’excès. Et l’on aime se laisser emporter par leur art, à ne surtout pas boycotter!

  • I’m Still Here (Sia – {single}) : forte d’une carrière prolifique et d’un succès jamais démenti, la chanteuse australienne livre un son engageant, en utilisant sobrement les recettes qui marchent. Sa voix singulière, chaude et énergique, a décidément le don de rester dans le crâne : et ce n’est pas une mauvaise chose!

  • Wild Wild Son (Armin Van Buuren feat Sam Martin – {single}) : dans ce voyage acoustique empreint de tendresse, Sam Martin rend compte du temps qui passe en s’adressant à son futur fils auquel il souhaite une vie riche et à la hauteur de ses rêves. Cet hymne à la vie est par ailleurs dépeint dans un clip d’une beauté simple, sans extravagance. Juste une relation père-fils dans un cocon naturel, au milieu de rien. Dans ce décor rural idéalisé, la douce sonorité des claviers d’Armin Van Buuren cristallise parfaitement les émotions véhiculées par les images ensoleillées. Il s’en trouvera forcément des gens pour ironiser la naïveté du sujet et des images en question. D’autres, dont je fais partie, penseront qu’un peu de crédulité et de bienveillance font parfois du bien.

  • Tiger Teeth (WALK THE MOON – What If Nothing) : le groupe de rock indé américain, qui avait fait vibrer les ondes en 2014 avec le single Shut up and dance, signe un morceau résolument formaté, dans la lignée de leurs précédentes compositions. Sans grande originalité dans ses paroles comme dans sa mélodie, il réconforte pourtant inexplicablement nos oreilles dans un ronronnement apaisant. C’est peut-être ça, le pouvoir de la pop mainstream.

  • Happy Now (Kygo feat Sandro Cavazza – {single}) : le maître de l’électro signe un harmonieux single, toujours plus riche et plus dense en émotions que ses précédents, accompagné du puissant timbre de Sandro Cavazza. Et lorsque le refrain arrive, comment ne pas reconnaître l’hommage distinct que le DJ livre à son ex-camarade Avicii? Cavazza avait d’ailleurs opéré un featuring avec le défunt suédois sur Without You, l’une des chansons de son dernier EP. Par ici les frissons…

 

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