Ryan Gosling : l’incarnation moderne de « l’effet Koulechov » ?

Ryan Gosling : l’incarnation moderne de « l’effet Koulechov » ?

À l’occasion de la sortie de First Man ce mois-ci, l’envie nous a pris de braquer notre focale sur sa vedette, réputée pour son stoïcisme à la vie comme à l’écran. L’interprète de La La Land serait-il le meilleur acteur de l’histoire du cinéma ? Ou simplement le plus gros roublard d’Hollywood ?

Depuis que le cinéma est cinéma, de nombreux théoriciens et cinéastes ont cherché à penser cet art sous toutes ses formes. Beaucoup ont très tôt saisi la valeur du montage, central dans le discours filmique, et un certain Lev Koulechov a, dans les années 1920, réalisé une expérience qui a traversé les générations lui ayant succédé. Celle-ci consiste à démontrer quelle valeur émotionnelle un plan peut avoir une fois mis en corrélation avec un autre plan lui succédant. Ainsi, Koulechov aurait choisi trois gros plans d’un acteur porteur d’une expression neutre, le regard tourné vers le hors-champ, qu’il aurait monté avec trois autres plans représentant respectivement une assiette de soupe, une jeune fille morte dans un cercueil et une fillette en train de jouer.
Selon les dires, les témoins de cet assemblage auraient crié au génie du jeu de l’acteur, dont le regard neutre semblait exprimer si subtilement l’appétit, la tristesse et la tendresse.

L’expérience de Koulechov, qui suggère que les spectateurs tirent eux-mêmes en grande partie le sens de l’interaction entre deux plans cinématographiques, prend un sens bien particulier lorsqu’on attarde son zoom sur les films de Ryan Gosling. L’acteur canadien ne semble pas manquer de charisme, mais qu’en est-il de son jeu d’acteur ? Une fois n’est pas coutume, les images sont plus parlantes que les mots. Depuis que Ryan éblouit les salles obscures avec sa belle gueule, il semble vacciné contre toutes les émotions contagieuses : rire, colère, peur… Sur son visage, les sentiments se sont fait la malle. De temps à autre, il s’autorise un léger rictus, comme pour rappeler au spectateur qu’il vit toujours, même si ses yeux semblent hurler le contraire.
Cet art de l’impassibilité atteint son apothéose dans Drive, thriller où il campe le moins nerveux des conducteurs… le moins causant, aussi.

 

 

 

 

En cette fin d’année laborieuse où les sorties ciné se bousculent toujours davantage, le nouveau film de Damien Chazelle sur la célèbre mission Apollo 11 et son iconique héros Neil Armstrong occupe une place de choix, centrale même. Le réalisateur, qui se remet à peine du succès planétaire de sa comédie musicale et de la flopée de récompenses qui l’ont suivi, est sans surprise attendu au tournant. En y réfléchissant mieux, cette nouvelle réalisation est taillée sur mesure pour Gosling puisqu’elle conte l’épopée d’un homme dans la lune. Espérons qu’il n’y reste pas trop longtemps.

Alors, jeu d’acteur au rabais ou transcendance dans l’interprétation ? Certains verront dans ce détachement total l’aboutissement ultime de la méthode stanislavskienne, de l’abandon total de l’interprète à ses personnages, jusqu’à l’oubli de soi… Les autres crieront à l’imposture : on se gardera bien de balancer notre verdict sur la question, préférant l’ombre du mystère à l’aveuglante vision d’une vérité incertaine.
De plus, on ne voudrait pas mettre l’acteur en colère. Oh, mais attendez une seconde…

Esteban

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