Playlist du mois #5 (spécial rentrée)

Playlist du mois #5 (spécial rentrée)

Conformément au titre de l’article, la rédaction de Journa’Lîdje publiera mensuellement une playlist musicale qui reprendra les chansons qui les auront le plus marqués le mois précédent. Plus encore qu’une simple liste, une courte description ou analyse sera proposée pour chaque son.
Les playlists seront divisées en trois parties, chacune étant la playlist personnelle d’un des trois rédacteurs en chef du site. L’ordre des chansons n’est pas représentatif d’une quelconque hiérarchie, seul un coup de cœur sera mis en évidence par section.
Ces publications mensuelles ont pour but le partage et la possibilité de découvertes musicales.

Playlist Esteban :

  • [Coup de coeur] Fuh You (Paul McCartney – Egypt Station) : Promenade dans un Liverpool en noir et blanc, premiers émois adolescents : on est en droit de penser que l’infatigable ex-Beatles est en proie à la nostalgie le temps d’une chanson… Cette dernière entonne un air pourtant jovial dès ses premières notes. Dans l’air du temps, la mélodie est un habile cocktail pop/rock, où l’on reconnaît sans trop le savoir la signature acoustique de Ryan Tedder, leader de OneRepublic. Cette collaboration, pleine de fraîcheur, insuffle un vent nouveau à la discographie de Paul.

  • Don’t Leave Me Alone (David Guetta ft Anne-Marie – 7) : On peut dire à ce stade de sa carrière que David fait du Guetta : est-ce qu’il se foule dans sa composition ? Non. Est-ce que le son est bon quand même ? Oui ! Car quoiqu’on en dise et malgré ses redondances mélodiques, le DJ français donne toujours autant envie de bouger, et pour ça il met son set au service des plus gros talents pop du moment. Débordante de punch et multipliant les collaborations, Anne-Marie, du haut de ses 27 ans, s’assure davantage avec ce titre une place solide sur le devant de la scène. On se souvient de son explosion en 2016 sur le son de Clean Bandit, « Rockabaye », en featuring avec Sean Paul. Sa voix cristalline s’accorde ici parfaitement aux vibes électro. En bref on a une recette classique, mais qui a fait ses preuves.

  • This Is Love (Hardwell & KAAZE feat. Loren Allred – single) : Le disc-jockey hollandais nous revient avec une partition surpuissante, calibrée pour les festivals et autres lieux où la place ne manque pas pour faire sauter une foule en délire. Réalisée avec KAAZE en featuring avec Loren Allred, la chanson sonne peut-être le glas de l’été, mais pas des festivités. The party never stops.

  • Zero (Imagine Dragons – single) : Le style est toujours le même, mais pourquoi changer une équipe qui gagne ? Jetée en pâture sur leur chaîne Youtube le 19 septembre dernier, « Zero » a été composée à l’attention du nouveau nourrisson des studios d’animation Disney, Ralph 2.0, qui n’est autre que la suite des « Mondes de Ralph ». Cette chanson inédite sera audible dans les salles obscures dès le 23 janvier 2019, pour le plus grand bonheur de nos oreilles.

  • Song for a Dream (Indochine – 13) : C’est bon, c’est beau, c’est Indo ! 4ème single de leur dernier album, « Song for a Dream » est une magnifique complainte sur la poursuite de nos idéaux. Le groupe aborde une fois encore un sujet universel avec des mots simples qui cachent ici une douce amertume et un vague à l’âme, sans jamais tomber pour autant dans un profond désarroi sans issue. L’optimisme a toujours sa place, et l’ambition du groupe français est de créer une musique qui ne serait pas que passive ou divertissante. Comme le disait Nicolas Sirkis encore récemment dans diverses interviews, l’envie est de pôner ces rêves, ces envies de faire bouger les choses, à une époque où tout semble fragile et l’avenir incertain.

  • Dancing Alone (Axwell Λ Ingrosso, RØMANS – single) : Ces deux-là font la paire : ex-membres de la Swedish House Mafia (dissolue en 2013), Axwell et Ingrosso ont continué depuis à travailler ensemble, enchaînant les hits à échelle planétaire tels que « More than you know » ou « Sun is shining ». La mélodie et le rythme son toujours impeccables, et comme c’est le cas encore pour « Dancing Alone », on sent dès les premières secondes d’écoute une irrésistible envie de tournoyer sur la piste de danse la plus proche (on devra se contenter de notre salle à manger…).

  • REMEDY (Alesso – single) : Voici venus les premiers jours d’automne, et pour empêcher l’arrivée trop prématurée de la mélancolie des jours frileux, Alesso vous propose son remède musical. On l’a testé, et on peut vous dire qu’il marche du tonnerre. Avec en prime un petit clip excentrique sur fond d’histoire extra-terrestre. Que demande le peuple ?

Playlist Mina:

  • [Coup de coeur] BIG LOVE (Black Eyed Peas – Masters of the Sun) : Ce nouveau titre au clip choc s’inscrit dans la continuité de Where Is The Love paru en 2003 et on y retrouve une véritable critique de la société américaine. Ode au retour du peace & love, hymne pacifiste, Where Is The Love faisait ouvrir les yeux sur le terrorisme, les discriminations, le racisme, la haine, les actes violents, les armes en tous genres,…
    Avec BIG LOVE, le groupe frappe fort et nous renvoie une réalité dure en pleine tête, que ce soit dans les paroles ou dans le clip. Les paroles dénoncent tout un tas de comportements et d’actes, notamment actes commis par les membres du gouvernement sur lesquels on se pose questions. Elles dénoncent également l’appât du gain, la guerre comme solution ou comme réponse à un problème, la haine envers certaines communautés, la facilité de posséder une arme et la dangerosité que cela entraine,… Face à ces problèmes, le refrain rappelle que la manière de faire face à tout cela n’est pas de céder à la haine mais de rester solidaires, de dénoncer ces problèmes et de continuer à répondre avec l’amour (et non la violence et la haine).

    « ‘Cause all that we are, all that we’re made of, is big big love, big big love »

    On retrouve d’abord un avertissement quant à la violence mise en évidence dans la vidéo en expliquant que c’est sans doute dur à regarder mais que dans un sens ça doit être dur à regarder, puisque ce qui y est montré n’est pas normal et ne devrait pas l’être, surtout en ce qui concerne les enfants. Le clip se déroule en trois temps: la première scène se déroule dans un lycée, on assiste à une fusillade dans un lycée, comme cela s’est déjà produit une soixantaine de fois depuis le début de l’année 2018 (et 290 fois pour ce qui concerne les fusillades « de masse »). Rien ne nous est épargné que ce soit le sang, les tirs, les pleurs, les morts. La deuxième scène reflète la réalité sur la politique de l’immigration et se déroule aux abords des frontières, plus précisément à la frontière mexicaine. Lorsqu’une personne majeure voyage avec un mineur, les enfants sont séparés des parents ou de la famille. Les enfants sont placés dans des camps de détention en attendant la décision juridique quant à la personne majeure qui les accompagnait. Enfin, la dernière scène montre des enfants et adolescents enfermés dans un camp de détention, ce qui fait également référence aux vidéos qui ont été partagées sur internet où l’on voyait les conditions désastreuses de ces camps.
    Pour finir, le clip finit sur ces quelques mots accompagnés de liens vers des associations qui ont contribué à fournir des témoignages:

    « They take kids away from their parents, but they don’t take guns away from kids. Speak up for those who can’t. Vote. »

    Que ce soit dans les paroles ou dans le clip, tout est fait pour choquer et essayer de sensibiliser ceux qui ne se rendent pas compte de ce qu’il se produit. Malheureusement, rien n’est exagéré, ce qui choque n’est que reproduction de la réalité et si cela vous choque, alors tant mieux dans un sens. Cela prouve que les actes perpétués par certains doivent cesser et des choses doivent êtres mises en place pour améliorer la situation.
    Green Day qui profite de sa tournée pour revendiquer sa haine envers Trump, Childish Gambino et son titre This is America sorti il y a seulement 4 mois qui pointait du doigt le problème des armes aux USA ainsi que les discriminations ou actes mortels perpétués sur les personnes de couleurs, les Black Eyed Peas et leur critique sur la politique des armes et la politique de l’immigration…
    Quand les artistes profitent de leur notoriété pour élever la voix sur ce qui ne va pas, quand ils mettent leur art au profit de la critique, ne serait-il pas temps d’écouter?

    (NDLR: Un rapport définitif et précis est difficile à trouver, mais voici un autre article sur les fusillades dans les écoles aux USA, un second sur les fusillades de masse ainsi que le site d’archive dont l’article précédent fait référence).

  • Uh Huh (Jade Bird – single) : Ce titre entrainant vacille entre pop et une résonance de rock brut. La chanteuse britannique nous livre un titre audacieux, osé au sujet d’un ex qui a joué avec ses sentiments mais surtout de sa nouvelle copine qui reproduit ce qu’il a un jour fait endurer à Jade Bird. Pas de mélancolie, pas de vers mielleux. Au lieu de ça réside une certaine fierté de s’en être sortie et une joie un peu noire de se dire « tu comprends à présent ce que ça fait ». Au-delà des paroles, on y retrouve une mélodie entrainante qui invite à se défouler, un refrain explosif et un air qui reste en tête.

  • Girls Go Wild (LP – single) : Sur une musique pop, LP nous explique qu’elle est à la recherche d’un coeur à prendre et nous parle également du côté « sauvage » des filles de la côte Ouest. Le clip, réalisé par Darren Craig, retransmet ce côté nature tout en restant dans l’esthétisme. Ses chansons sont toujours efficaces, Girls Go Wild en est un nième preuve.

  • Head Above Water (Avril Lavigne – single) : Après 5 ans, Avril Lavigne revient avec un nouveau single (et on suppose un nouvel album). La chanteuse n’avait pas sorti d’album depuis 2013 et son dernier titre était un single en 2015 pour les Special Olympics. Atteinte de la maladie de Lyme depuis 2014, elle a eu un suivi médical mais n’a pas été correctement diagnostiquée. Elle a expliqué en interview qu’elle se sentait faible et proche de la mort et que la foi l’a aidée à « sortir la tête hors de l’eau ». La balade parle de son combat contre la maladie et relate ses ressentis lorsqu’elle pensait toucher le fond. Dans ce single, elle laisse de côté son côté rock et ado rebelle pour une image plus simple et épurée.

  • Let’s See What the Night Can Do (Jason Mraz – Know) : Le chanteur revient après une pause de 4 temps avec un nouvel album, Know, son sixième album. Le titre est une petite balade à propos de passer du temps avec son amour, de passer une nuit folle à danser, voyager et se perdre. En outre, une chanson feel good au sujet de l’amour. Thème souvent abordé mais toujours efficace!

  • Get Up (Diva Faune feat. Léa Paci – Get Up!) : C’est une pop légère avec un refrain entêtant et entrainant que nous livre le groupe anglo-saxon. La version « originale » de la chanson est totalement en anglais et elle est présente sur l’EP du groupe. Cette « french Edit » avec Léa Paci en featuring nous donne un mix duo français-anglais qui ajoute une touche un peu différente. La voix de Léa Paci change le ton de la chanson et rend la mélodie et les paroles plus fluides et moins entrecoupées a contrario de l’originale. En conclusion, on est content que le groupe est proposé à la chanteuse francophone de se joindre à eux pour une pop fraîche et légère.

  • Voices (Against The Current – Past Lives) : Le groupe a définitivement sorti leur album Past Lives sur lequel figure Strangers Again et Almost Forgot dont nous avons parlé dans une précédente playlist. Sur une pop rythmée aux sonorités proches de Do I Wanna Know? de Arctic Monkeys, Voices aborde le fait d’affronter ses propres démons mais surtout le fait d’affronter son pire ennemi: la sur-analyse, le fait de trop penser (ou plus précisément en anglais « overthinking »). En ce sens, la chanson fait écho au titre connu du groupe Imagine Dragons, Demons, sorti en 2012.

A écouter aussi:
Bishops Knife Trick (Fall Out Boy – MANIA) : Le groupe est de retour et tease son nouvel album depuis un moment déjà, notamment avec la sortie de Hold Me Tight Or Don’t. Ils ont également sorti un EP, Lake Effect Kid. Musique entrainante, il est difficile de ne pas rentrer dans leur monde pop-rock.
Body Talks (The Struts feat. Kesha – Young & Dangerous) : Ce titre bouge et il est intéressant d’entendre Kesha dans un autre registre.

Playlist Tchoupi

  • [Coup de coeur] Souldier (JAIN – single) : Souldier est le deuxième album studio de la chanteuse française Jain sorti le 24 août 2018. Il y a quelques inspirations cubaines.

  • Lost (YEW – single) : Le groupe était au Reflektor le 28 septembre, et ils ont envoyé!

  • T’en va pas comme ça (Agustín Galiana – single) : Une chanson romantique où Agustín Galiana tente de trouver la femme de ses rêves.

  • La Bohême (Charles Aznavour – Charles Aznavour) : Après une grande carrière qui a duré 77 ans, Charles Aznavour nous a quitté. L’occasion pour nous de se réécouter un morceau qui a fait de lui l’artiste qu’il est aujourd’hui. A écouter sans modération!

  • This Feeling (The Chainsmokers – Sick Boy… This Feeling) : The Chainsmokers débarque avec un hymne aux sentiments. Le titre met en avant la voie des sentiments et non celle de la raison. Le son est limpide et percutant et mérite d’être écouté de toute urgence!

  • Let You Love Me (Rita Ora – Phoenix) : Un nouveau single efficace et electro pop qui signe le retour de la chanteuse après 6 ans d’absence. Elle semble rechercher l’amour parfait : écoutez!

  • Like I Love You (Lost Frequencies – single) : L’artiste belge revient avec ce titre et confirme son envie de nous faire danser jusqu’à la fin de l’année.

Playlist d’ALVARRO :

  • [Coup de cœur] Le Réveil (Sinik – single) : malgré un bref passage en 2015 avec son album Immortel II, cela faisait plus de 6 ans que le rappeur parisien avait quitté la scène musicale, pour ouvrir son salon de tatouage et se concentrer sur l’éducation de sa fille principalement. Mais personne ne peut éternellement refouler l’art qui coule dans ses veines et cet amateur de bons mots sur l’actualité l’a appris à ses dépends, pour notre plus grand plaisir.
    Premier single de son nouvel album intitulé Invincible, le Réveil signe de la meilleure des manières le grand retour à tout niveau du second artiste (derrière Seth Gueko) le plus cité en terme de « punchlineur », son titre se suffisant à lui-même : le fameux « réveil » symbolise autant le retour de Sinik que celui du rap de qualité, de la critique politico-sociale et du réveil douloureux sur un monde qui ne cesse de se détériorer. Et de critique il va en être question tout au long du texte, le rappeur n’hésitant pas à tirer à vue sur tous les thèmes actuels (hyper connectivité, violence, scandales politiques, racisme, vide musical, société matérialiste). Le point de vue du « c’était mieux avant » peut paraître un peu cliché mais il est formidablement amené, dénonçant les abus de nos sociétés de l’immédiateté (« Le monde n’est plus le même »). Fidèle à sa réputation, Sinik se fait plaisir (et nous fait plaisir) en multipliant les références, traits d’humour ou d’esprit, pieds de nez, attaques frontales et tacles rhétoriques comme à sa grande époque. Si le flow n’est pas révolutionnaire et que l’on peut caricaturalement dire que « Sinik fait du Sinik », il faut reconnaître que la formule marche toujours et que l’on en redemande encore. À titre personnel, la partie  »chantée » de fin n’était pas nécessaire. Un extrait qui donne clairement l’eau à la bouche quant à la qualité d’Invincible qui sort ce 14 octobre.
    Visuellement, le clip observe les principes du clair-obscur et fait la part belle à un montage rapide et saccadé révélateur de l’enchaînement d’un texte fort qu’il vient encore souligner. Si l’idée du morceau tient à la dénonciation, son support vidéo lui emboîte directement le pas puisqu’elle met en scène la disparité entre le rappeur et les réalités sociales, alternant les gros plans dans son salon et les extraits illustratifs de l’écran de télévision. On y retrouve également la critique d’une télévision toujours plus différente et éloignée du citoyen.
    Après les retours annoncés (et attendus) de Youssoupha, Sniper, Médine ou encore Kery James, le rap « conscient » renaîtrait-il de ses cendres? Espérons que la bombe de ce Réveil ne soit pas qu’un pétard mouillé, même si l’on a jamais vraiment été déçu du maître punchlineur.

  • Je me dis que toi aussi (Boulevard des Airs – Je me dis que toi aussi) : une guitare qui chante, un rythme qui sautille, un air entraînant et une épaisseur orchestrique des plus allégées, Boulevard des Airs semble avoir trouvé la formule qui marche depuis quelques mois. Après le succès de Bruxelles et de leur single éponyme, ils tentent de reconquérir les ondes radiophoniques avec leur 4ème album, le titre éponyme est le premier extrait.
    Fraîche, légère et épurée, la mélodie donne la pêche et s’implante rapidement dans les mémoires, une habitude ces derniers temps dans leur chef. Mais à vouloir trop rester dans les têtes, on tombe dans la facilité et dans le cliché de la pop française : en cherchant à tout prix l’efficacité par la répétition (« Et qu’importe le/la… » doublé en début de chaque ligne du premier couplet), les paroles deviennent simples et simplistes et ne sont pas soutenues par une répartition couplets/refrains des plus sommaires. De plus, commencer une chanson par un « Et » (« Et qu’importe le temps »), en plus d’être perturbant, donne l’impression d’arriver en plein milieu du morceau et d’une écriture peu concentrée. Et nous ne parlerons pas des fameux « palala palala » devenus bien trop faciles et célèbres.
    Néanmoins, et malgré toutes ces coquilles, il faut bien avouer que la mission est remplie puisque l’on garde perpétuellement cette chanson en tête et l’on doit bien le reconnaître au groupe. La beauté et la réalisation du clip remontent également le niveau de la chanson puisqu’elles font ressortir la tristesse du sujet évoqué, bien masquée par le côté entrainant de la chanson. Du classique qui marche à chaque fois pour Boulevard des Airs, mais attention à ne pas se reposer sur ses lauriers!

  • Le monde est à mes pieds (SCYLLA & Sofiane Pamart – single) : après le succès de son album Masque de Chair en avril sur lequel il a beaucoup travaillé avec Sofiane Pamart, SCYLLA avait annoncé l’arrivée d’un nouvel album réalisé en collaboration avec le talentueux jeune pianiste intitulé Pleine Lune et dont Le monde est à mes pieds est le 6ème extrait.
    D’apparence assez simple et linéaire, la chanson est, comme toujours avec le rappeur belge, beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air et renferme pas mal de références à son évolution artistique. On peut en premier lieu diviser le morceau selon ses deux couplets qui ne possèdent ni la même longueur ni le même propos : une première partie plutôt centrée autour de lui, la deuxième tournée vers un autre. De manière basique, on pourrait dire que le premier couplet traite de sa carrière et le deuxième s’adresse à sa femme mais en analysant le parcours du rappeur, on se rend compte d’un double sens de lecture sur chacun des couplets. Plus encore que parler de sa carrière en elle-même, il évoque également son rapport à la métaphysique (très influencé par les théories de Platon, il se considère comme une âme coincé dans un corps qui la restreint : « ils reviendront voler mon âme […] vous ferez de moi une proie […] peut-être qu’un de ces jours je serai roi » et « un jour qui sait je serais peut-être moi ») et présuppose le deuxième couplet (« avec une armée d’hommes et d’anges sous mes ordres », « je leur ai donné mon cœur »). En effet, le deuxième couplet parle d’amour et s’il s’adresse ouvertement à sa femme, on y voit entre les lignes une déclaration d’amour envers son public. L’asymétrie des deux couplets démontre qu’il accorde plus d’importance à l’amour qu’à sa carrière ou sa propre personne, ce qui peut expliquer son absence de 5 ans avant Masque de Chair qu’il avait alors explicité par une volonté de se retrouver en famille.
    Le clip, comme la plupart des autres clips avec Sofiane, respecte une logique faites de grandes étendues, de gros plans du piano et de travellings autour des deux artistes, une simplicité à la hauteur de l’ambition du projet piano-voix mis en place. Une simplicité d’apparence qui renferme une complexité d’écriture terriblement intéressante, un parfait résumé de la carrière du rappeur belge. Une merveilleuse petite balade (et non ballade) entre piano et poésie!

  • Jalousie (Angèle – single) : quatrième extrait de Brol, le premier album d’Angèle, le morceau Jalousie avait déjà été dévoilé par la sœur de Roméo Elvis lors de certains de ses concerts, avant de sortir officiellement le 17 septembre.
    Comme dans la plupart de ses chansons et comme son titre le laisse facilement suggérer, Jalousie aborde le thème de l’amour, selon le prisme de la jalousie ici. Si le sujet a déjà été épuisé depuis longtemps, elle y apporte un angle original puisqu’elle y personnifie la jalousie, en ce qui semble être une fille en photo (Instagram?) que suit son mec. Dans son style bien particulier et totalement déstructuré, elle déplore la façon dont la jalousie s’immisce lentement entre les personnes jusqu’à leur pourrir la vie sans pour autant tomber dans le cliché de la chanteuse « pleureuse ». L’absence presque totale de rimes parfaitement volontaire et assumée et l’anarchie rythmique des lignes de texte servent le propos puisqu’elles déconstruisent le cliché de la « chanson pour filles » par excellence. Si l’on approuve la qualité d’écriture de la chanteuse belge, on ne peut que déplorer le trop pauvre corps de texte : deux seuls couplets pour quatre refrains, le tout embaumé d’une intro et d’un outro identiques, c’est fort vide.
    Le clip est visuellement magnifique et le contraste des couleurs est très bien pensé, métaphore de la dualité entre la douceur de la chanson et la certaine violence que peut représenter le sujet. La qualité du ballet proposé ajoute encore du professionnalisme au clip et l’idée des robes unisexe est très bien pensée. On avoue ne pas trop trop comprendre le sens des danses, mais cela n’enlève rien à la qualité du produit fini même si l’on reste un tout petit peu sur notre fin car cette fille a beaucoup de potentiel.

  • XIX (MHD – XIX) : découvert fin 2015 sur le net grâce à un freestyle de 20 secondes, MHD a rapidement laissé tomber son boulot de livreur de pizza pour se lancer dans l’univers musical, pour un succès toujours croissant. Deux ans après son premier album, l’inventeur de l’afrotrap sort son deuxième deuxième opus intitulé XIX contenant… 19 morceaux, tiens tiens. Ça ne doit évidemment pas uniquement se résoudre à cela (MHD vient du 19è arrondissement de Paris, il s’agit également de son chiffre porte bonheur) mais cela démontre bien la simplicité qui incarne le jeune homme.
    Pour le titre éponyme de son nouvel album, le rappeur parisien laisse de côté son habituel style musical pour revenir aux fondamentaux du genre vers un flow rappé plus classiquement, et il faut bien reconnaître que le tableau final est plus que plaisant. Sur une instru d’influence plus africaine que trap, MHD parle de son ancienne situation et de ses origines qu’il met en comparaison avec sa nouvelle vie dans un texte très sincère au rendu très spontané. Moins soupe-au-lait et léger que d’habitude, il aborde le racisme, le mauvais œil, les personnes (principalement les filles) intéressées ou les problèmes avec la police dans une plume certes pas révolutionnaire mais largement convenable.
    (le clip) Quelques jours après avoir dévoilé la tracklist de XIX, le jeune rappeur annonçait qu’il mettait un terme provisoire à sa carrière et se mettra en marge totale de l’univers musical et médiatique pendant une année complète pour « retomber dans l’anonymat » et se « concentrer sur la famille ». En guise d’au revoir, MHD nous laisse alors un titre éponyme très sincère et différent de ses habitudes que l’on ne peut qu’apprécier. Offert sans prétention, le morceau se prend comme cela et se laisse clairement écouter, un bon morceau pour ne pas se prendre la tête.

  • Electricity (Silk City feat Dua Lipa – single ) : révélée mondialement ces derniers temps, Dua Lipa s’associe ici à Silk City pour nous offrir ce que l’on aurait appelé un « son de l’été » si il était sorti il y a deux mois.
    Une prod douce et aérienne, une voix entêtante, des slaps légers en arrière plan, les recettes du tube de l’été sont connues de la plupart des artistes qui n’hésitent pas à en user, parfois à outrance. Ce n’est pas le cas d’Electricity qui a su garder une certaine indépendance aux formats habituels, évitant notamment le piège désormais généralisé d’une grosse basse en refrain, et peut se caractériser par la douceur qui accompagne la timeline du morceau. En résulte une mélodie efficace qui fait bouger les têtes et parvient à ne pas exaspérer, coucou Jain (ndlr: on ne peut cacher notre déception sur le nouvel album de Jain dont toutes les chansons réussissent l’exploit de nous saouler après 20 secondes, et nous ne parlerons même pas du niveau des paroles).

  • Pays (Dehmo – single) // Baltimore (Kobo – Période d’essai) : deux salles deux ambiances! Pourtant on a regroupé les deux morceaux, pourquoi? Tout simplement parce qu’on arrive pas à trancher entre les deux, on va donc les analyser indépendamment bien qu’elles soient regroupés sous le même point.
    La MZ est dissoute et ne se reformera pas mais une chose est sûre, la MZ n’est pas morte! Car si les carrières de Jok’Air, Dehmo et Hache-P ont pris des directions diverses, l’âme commune qu’ils avaient intégré à leur groupe n’a pas disparu et on la retrouve dans leurs différents projets solos. Entre voix chantée et rap plus classique, Pays abord les thèmes chers à Dehmo (et la MZ) que sont les origines africaines, le racisme, la drogue et surtout les femmes. Triste et profonde, l’instru de Pays rajoute une dimension puissante à la voix lancinante de Dehmo dont l’autoune est parfaitement maîtrisée. Une chose est sûre : lorsque l’on écoute les différents sons des anciens de la MZ, notamment, on se rend compte que l’on est désormais loin des débuts catastrophiques de l’autotune vocal (on rappelle qu’à la base, l’autotune c’est pour les instruments) tant les deux ex-comparses en démontrent parfaitement les possibilités, bien utilisé l’autotune n’est pas gênant et peut apporter quelque chose de plus à un morceau. Il faut également souligner la qualité d’image du clip, très épuré et très propre, mais l’on doit avouer que l’on ne comprend pas l’intérêt d’y mettre la jeune fille (surtout habillée comme cela), elle ne sert pas le propos et n’a même aucun rapport avec le texte, un détail assez dommage car il perpétue le cliché du rappeur entouré de filles. En résumé, Dehmo nous livre avec Pays un très bon morceau, très lancinant et parfaitement adapté à une écoute tardive.
    Si nous avons placé Pays et Baltimore dans le même regroupement, c’est aussi pour leur point commun : le côté obsédant qu’elles dégagent et qui nous force à les relancer à peine viennent-elles de se terminer. Jeune rappeur belge, Kobo a commencé sa carrière en 2016 en publiant le morceau What’s my name avant de confirmer quelques temps après avec Présumé sobre qui le fera découvrir à Damso (avec qui il participe à la bande originale du film Tueurs). Déjà reconnu dans l’univers hip-hop belge, il sort en 2018 son premier album Période d’essai dont est issu le single Baltimore. Relativement plus axé sur les normes clichés du rap, le texte regorge cependant de petites pépites au sein d’éclaircies (le talent d’écriture de Kobo est plutôt à retrouver dans ses autres sons) et n’est pas le point central du morceau qui mise bien plus sur sa vibe. Les basses étouffées d’une instru puissante et flottante établissent un rythme en faussement lent qui nous emporte un peu en dehors de la réalité. Une impression renforcée par l’excellente maîtrise de l’autotune qui donne à la voix du rappeur une traînée douce et lancinante qui s’immisce tranquillement dans les cœurs. Le clip, réalisé dans la tradition américaine puisée dans les road movies, enchaîne les plans, les coupures et les raccords sur une certaine linéarité répétitive qui appuie encore le côté lourd et lancinant du morceau. Plus calme qu’à son habitude, Kobo nous livre un son plus profond et plus axé sur le plaisir terriblement efficace. Comme pour Pays, on conseille de l’écouter le soir en rentrant de soirée ou en contemplant les étoiles.

Bonus:
La chanson date déjà d’il y a quelques mois (c’est pour ça qu’elle est dans les bonus et pas directement dans la playlist) mais elle a à nouveau beaucoup tourné dans les écouteurs ces deux derniers mois : la reprise de Zombie des Cranberries par le groupe de hard rock Bad Wolves est la preuve que les reprises peuvent parfois être à la hauteur. La transformation de la chanson en une version plus hard et dure que l’originale est parfaitement maîtrisée et l’harmonie générale dégagée marche à merveille. La voix puissante, bien que très différente, de Tommy Vext, le chanteur du groupe, n’a rien à envier à celle de Dolores O’Riordan et son implication fait plaisir à voir et entendre. Petit plus : à la base, elle devait chanter sur la reprise de Bad Wolves mais elle est morte ce jour là. Le groupe a alors réalisé la chanson sans elle, tous les bénéfices étant reversés aux enfants de la chanteuse irlandaise.
Il était parti sur un album extraordinaire, à la fois puissant, revendicatif et profond, il était revenu avec un opus plus actuel, sensible et mélodieux mais jamais sa place sur le trône n’avait été remise en question. Kery James sort en octobre J’rap encore son deuxième album (après Mouhammad Alix) depuis son retour et la planète rap francophone entière attend le début du spectacle. Communiquant sur le côté (encore) plus dénonciateur, provocateur et direct du nouveau projet, Kery James promettait une nouvelle critique politico-sociale de renom, mais PDM, le premier extrait qui en est issu, a plutôt résonné comme un petit pétard mouillé : la présence de Kalash Criminel sur le morceau faisait baver les fans à l’avance mais le résultat est relativement décevant. De Kalash Criminel on aura qu’une présence sur le refrain (même pas un seul couplet) et de provocation on aura qu’une rythmique ratée qui mine le propos. On retrouve évidemment beaucoup de bonnes choses dans la chanson mais tout semble « pas assez », il manque quelque chose. On attend désormais le deuxième single de l’album pour tenter de se rassurer et l’on reste persuadé que l’album ne sera pas mauvais car toutes les bases sont présentes, on espère juste une meilleure forme.

Journa’Lîdje

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