Pays-Bas, Portugal : quand l’énergie renouvelable n’est plus une utopie

Pays-Bas, Portugal : quand l’énergie renouvelable n’est plus une utopie


À l’heure où la question de l’énergie nucléaire et de la gestion de ses centrales devient critique et fait gronder l’Union Européenne, de nombreux pays refusent de voir la vérité en face et se complaisent dans l’intenable situation actuelle, allant jusqu’à prolonger le bail de centrales nucléaires pourtant déjà obsolètes. Les arguments avancés par ces réfractaires sont toujours les mêmes et ne sont que trop peu contredits dans l’espace publico-médiatique mais de récents résultats venus d’autres pays européens permettent désormais de les désamorcer.
Coup d’œil sur deux pays dont les alternatives énergétiques ont dépassé la capacité de production, un exemple à suivre pour beaucoup d’autres.

Aux Pays-Bas, l’énergie solaire surcharge le réseau électrique
Ces dernières années, nos voisins bataves investissent massivement dans l’industrie photovoltaïque afin de produire une énergie propre et de pallier la sortie du nucléaire prévue pour 2033 (la centrale de Borssele, la dernière en activité, ne produit cependant plus que 4% de l’énergie nationale). En 2017, le pays a enregistré un nombre record d’installations de parcs solaires sur son territoire, et la tendance ne semble pas prête de s’arrêter.
En raison de résultats d’abord prometteurs rapidement devenus presque prodigieux : les réseaux électriques du sud de la province de Groningen et du nord de celle de Drenthe se retrouvent ainsi régulièrement surchargées par l’apport considérable de l’industrie photovoltaïque.

En résulte un enthousiasme national toujours plus grandissant pour l’énergie solaire et une multiplication des panneaux photovoltaïques. TenneT, gestionnaire de réseau spécialisé dans le serveur solaire et acteur principal de la prolifération de son industrie dans le pays, tente d’ailleurs de développer son réseau grâce à des mesures d’expansion menées en collaboration avec les gestionnaires d’énergie locaux.
Mais plus encore que ces volontés d’expansion des réseaux déjà existants, des discussions ont été entamées pour la construction de nouveaux parcs solaires ailleurs sur le territoire.

On n’oubliera pas de noter que si la croissance du réseau photovoltaïque hollandais dépasse toutes les attentes nationales, il doit sa réalisation puis sa réussite aux soutiens importants dont il jouit. Qu’ils soient d’ordre financiers, moraux ou politiques, les incitants au projet solaire se mobilisent en masse pour la cause.

 

Au Portugal, l’énergie verte produit trop…
Entamée il y a déjà de cela quelques temps, la révolution énergétique portugaise a pris un nouveau tournant ces dernières années en accélérant drastiquement son étendue sur tout le territoire. Les récents résultats obtenus grâce à ces mesures renforcent le choix posé par les instances lusitaniennes et les incitent à poursuivre dans cette direction.

Principalement organisé autour de 36 barrages hydrauliques et 261 parcs éoliens, le réseau d’énergies vertes portugais a dépassé la consommation nationale en mars 2018. Atteignant une production de 103,6% de la consommation nationale mensuelle, avec un pic à 143% le 11 mars, il a permis l’empêchement d’émission d’1,8 million de tonnes de CO² et l’économie de 20 millions d’euros de quotas d’émissions.
Les deux têtes de gondoles du réseau expliquent un tel rendement puisqu’elles ont assuré, à elles seules, la quasi totalité de la demande nationale, soit 55% des besoins de consommation par les barrages hydrauliques et 42% par le réseau éolien. Ce dernier a d’ailleurs couvert en moyenne 23,3% de la consommation du pays entre la mi-2016 et la mi-2017, soit le troisième meilleur taux européen.
Autre conséquence positive de l’efficacité du réseau vert portugais, le prix de l’électricité a diminué de 4,19€ entre mars 2017 et mars 2018 et pourrait baisser à nouveau si les résultats se confirmaient autour d’une régularité de production.

Des résultats d’autant plus impressionnants lorsque l’on s’intéresse à la progression du réseau d’énergie renouvelable sur les derniers mois qui n’avait pu généré que 6% de la consommation nationale il y a de cela un an, en raison de conditions climatiques défavorables. La production d’énergie verte reste effectivement dépendante du facteur climatique qui la rend relativement instable. Cependant, de réels progrès ont été effectués au Portugal, permettant une telle performance depuis plus d’un an.
Impressionnés par les progrès lusitaniens, de nombreux eurodéputés pro-vert estiment que l’Union Européenne devrait hausser son objectif de production d’énergie renouvelable, actuellement de 27% d’ici 2030. Selon les calculs de certains économistes spécialisés, l’Union de l’énergie pourrait viser et atteindre les 35% de production si elle mettait en place les solutions adéquates.

Seul point d’ombre à l’excellent bilan énergétique portugais, la difficulté d’exportation de son énergie vers le reste de l’UE, la circulation du réseau européen s’opérant par câbles électriques car les capacités de stockage de l’énergie verte sont encore trop insuffisants. Or, le territoire du pays de Vasco de Gama, situé à l’extrémité de la péninsule ibérique, se trouve géographiquement coupé du reste de l’Europe, rendant compliqué la transmission de leur surplus énergétique.
Conscientes du problème que cela pose, les autorités portugaises ont annoncé avoir entamé de sérieuses réformes en coordination avec l’Espagne pour améliorer la qualité et la capacité de partage d’énergie afin de s’inscrire pleinement au sein de l’Union de l’énergie.

 

Hypocrisie de nos dirigeants
Ces deux exemples permettent de mettre définitivement en lumière l’hypocrisie chronique dont font preuve nos dirigeants lorsqu’ils s’affirment la nécessité de conserver l’énergie nucléaire en balayant l’argument des énergies vertes d’un geste de la main empli de dédain. Tous leurs arguments se retrouvent désormais caducs et l’on peut, à notre tour, les repousser de la main :

     •  « on n’a pas assez de soleil pour pouvoir compter sur l’énergie solaire, on est pas en Espagne, Italie ni Portugal » → le Portugal dépasse les 100% d’énergie renouvelable sans même utiliser le réseau solaire et les Pays-Bas parviennent, eux, à surcharger leur réseau électrique grâce à leur production d’énergie solaire. Et que l’on ne vienne pas nous dire qu’il y a plus de soleil aux Pays-Bas que chez nous.
     •  « on ne saurait pas se passer du nucléaire » → les Pays-Bas entraînent parfaitement leur transition grâce au réseau solaire, le Portugal avec l’hydraulique et l’éolien tandis que l’Allemagne est presque totalement sortie du nucléaire. Autant d’exemples qui prouvent que l’on peut aisément s’en passer, à condition de réellement mettre en place des alternatives.
     •  « cela coûte trop cher d’en sortir » → que l’Allemagne possède une plus grande fortune d’État que la Belgique, cela ne fait pas de doutes mais des pays comme nos voisins bataves ou le Portugal ne sont clairement pas beaucoup plus riches que notre plat pays, ces derniers ayant d’ailleurs été durement frappés par la crise économique de 2008 au même titre que les Grecs ou leurs voisins espagnols, et ont totalement réussi leur transition prétendue si chère. De plus, les résultats portugais ont, en outre, démontré les énormes économies que permettaient, in fine, la transition énergétique (et non, contrairement à ce que veulent bien nous dire politiciens et fournisseurs d’énergie, le prix ne va certainement pas augmenter pour les consommateurs, au contraire). Enfin, lorsque l’on nous parle du prix du nucléaire comme inférieur, on oublie très souvent d’évoquer le prix du stockage des déchets ainsi que celui des entretiens.
     •  « cela prend trop de temps d’en sortir » → les Pays-Bas n’ont pas eu besoin de 20 ans pour obtenir de sérieux résultats et les incroyables progrès du réseau portugais se sont déroulés en un an à peine.
    •  « aucune source énergétique ne possède le même rendement que l’énergie nucléaire » → et jamais personne n’a contesté ce fait, tout le monde en est conscient et la transition énergétique ne s’est jamais produite autour d’une seule alternative. Le Portugal en a mis deux en place, les pays nordiques plusieurs tandis que les Pays-Bas développent leur double réseau des années à l’avance pour en améliorer la productivité au moment voulu.
Petit bonus (c’est comme ça, on est généreux) : les énergies vertes ne produisent absolument aucun déchet, et encore moins radioactifs, contrairement à l’industrie nucléaire. Déchets dont on ne sait d’ailleurs qu’en faire et dont la gestion commence sérieusement à poser question. On nous explique avoir enfin trouvé une solution consistant à enfouir les déchets 300 mètres sous terre car cela pourrait nous protéger pour 100 ans… oui, mais après on fait quoi? Bref, une preuve de plus de la dangerosité permanente de l’énergie nucléaire et de l’incapacité chronique de nos dirigeants à la contrôler.

Si il est désormais plus qu’évident que les alternatives au nucléaire sont dorénavant totalement capables d’en assurer la relève et qu’elles renferment beaucoup moins de risques et de faiblesses, on ne peut plus considérer l’énergie nucléaire comme viable, et encore moins nécessaire. Quel intérêt donc à garder au sein de notre pays des centrales périmées et fissurées de toutes parts? Absolument aucun.
Il est désormais temps d’amorcer une transition énergétique devenue obligatoire, et ce pour de bon. Elle ne se fera pas en quelques mois mais elle devra se faire et les alternatives doivent être mises en place à l’avance. Il est évident que l’on ne pourrait pas se passer du jour au lendemain du réseau nucléaire mais il faut préparer dès maintenant une sortie imminente.

 

Notre pays a (complètement) raté le train de la transition industrielle, il ne faudrait pas également rater celui de la transition énergétique, mais cela commence sérieusement à presser!

ALVARRO

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