[L’analyse] Notes des équipes du Mondial

[L’analyse] Notes des équipes du Mondial

L’Analyse est une chronique non périodique spécialisée dans le sport qui prendra pour sujet tout objet susceptible d’analyse. Nous tenterons d’y développer un point de vue indirect, extérieur et synthétisant pour dégager les tenants et aboutissants, les points forts et points faibles, les conclusions et enseignements à tirer du sujet observé. Elle recouvrera un sain mélange d’objectivité dans ses points d’enseignements et de pure analyse et de subjectivité lors de nos choix de mises en avant ou de gratifications. Elle ne souffre d’aucune obligation de parution et reviendra quand bon nous semble, nous ne voulons pas nous obliger à respecter une périodicité aux dépends de la qualité.

Groupe A :

Rossiya (10/10) : présentée ante-Mondial par ses propres supporters comme la pire équipe russe de l’histoire, la Sbornaya s’était fixée un objectif, celui de récupérer le soutien de ses fans. La mission fut plus que remplie et la Russie toute entière a vibré tout au long du parcours russe lors de sa Coupe du Monde. Atomisant l’Arabie Saoudite dans le match inaugural, les joueurs ont pris confiance en leurs qualités et ont confirmé contre l’Egypte, principale concurrente à la deuxième place du groupe, au cours d’un match parfaitement géré du début à la fin. Lors du match décisif pour la première place du groupe, la Russie aligne une équipe réserve et s’incline contre le favori uruguayen mais accède au deuxième tour. En s’extirpant de son groupe pour retrouver l’Espagne en huitièmes de finale, les hommes de Stanislas Tchertchessov s’étaient réconcilié avec leur peuple et ils n’auraient pas eu à rougir d’une élimination face à la Roja, pointée comme l’un des favoris au sacre mondial. Mais, libérés de toute pression, ils se sont transcendés et ont profité des doutes espagnols pour terrasser une Espagne malade de son football, versant le pays dans la liesse. Ils s’arrêteront en quarts de finale face à la Croatie, future finaliste, mais offriront une nouvelle prestation de qualité en emmenant les Valtreni jusqu’aux tirs au but. Pas mal pour une équipe tant décriée !

Uruguay (6,5/10) : annoncée favorite de son groupe, la Céleste a assumé tranquillement son statut en encaissant aucun but lors de ses trois premiers matchs. Ne concédant que très peu d’occasions, les Uruguayens ont affiché une rigueur et une solidité défensive effrayante mais ont beaucoup déçu vis à vis de leur jeu offensif en se satisfaisant du strict minimum lors des deux premiers matchs avant de gommer quelque peu cet aspect dans le match décisif contre la Russie. Les deux 1-0 consécutifs contre, chaque fois, des équipes bien inférieurs aux Uruguayens ont laissé plané un léger doute et la victoire assez facile contre le pays hôte devait être relativisé au vu de l’équipe réserve alignée par la Russie. Si les joueurs d’Oscar Tabarez voulaient continuer leur parcours, il leur faudrait ajouter de l’efficacité offensive à leur rigoureux bloc défensif. Face au Portugal en huitièmes de finale, l’Uruguay a émergé d’un match compliqué grâce à une prestation XXL d’Edinson Cavani, confirmant son statut de tombeur de grands. Malheureusement, la blessure de l’attaquant du PSG dans ce même match a conduit à la perte de sa sélection, auteure d’une rencontre complètement loupée contre la France en quarts de finale. Morne, insipide, lente, pas inspirée et fébrile derrière, la Céleste aura péché à tous les niveaux face aux Bleus et auront offert la demi-finale aux futurs vainqueurs. Une fin de tournoi qui gâche un peu le parcours uruguayen
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Misr (3/10) : on attendait beaucoup du retour de l’Égypte en Coupe du Monde ainsi que des premiers pas de Mohamed Salah mais la star de Liverpool, blessé lors de finale de Ligue des Champions fin mai et encore diminué physiquement, n’a jamais su tirer sa sélection vers le haut. Après une prestation encourageante en ouverture et une défaite à la dernière minute contre l’Uruguay, on pensait les Pharaons capables de terminer deuxièmes, l’objectif de la sélection, mais ils se sont écroulés défensivement face à l’hôte russe, actant l’élimination égyptienne avant même le dernier match de poules. Incapables de se révolter, le moral dans les chaussettes hautes, les Égyptiens n’ont pas su décrocher la première victoire en Coupe du Monde de leur histoire contre la très faible Arabie Saoudite malgré un début de match réussi. Trop laxistes, ils ont rompu face à des Faucons Verts bien plus consistants qui accrochent la troisième place du groupe. Un Mondial raté pour une équipe très attendue que le record du gardien Essam El Hadary, joueur le plus âgé à disputer un match de Coupe du Monde, ne parvient à atténuer.

 

Alearabiat Alsaeudia (4/10) : présupposée comme l’une des nations les plus faibles de cette compétition, l’Arabie Saoudite a confirmé les piètres attentes que l’on plaçait en elle au terme d’un match d’ouverture indigne du niveau d’une Coupe du Monde. Si il eut le mérite de gonfler le moral russe, ce premier match « ne fut pas mauvais, il fut très mauvais », à l’aube d’un festival de mauvaises passes, de tacles ratés et d’interventions manquées. La prestation des Faucons Verts relevait presque du scandale tant le niveau affiché supplantait la limite du zéro absolu, mais les deux matchs suivants ne pouvaient que se montrer meilleurs. Contre une Céleste se suffisant du minimum syndical, ils ont tenté de proposer quelque chose et de se créer quelques occasions mais la différence de classe entre les deux équipes était bien trop importante malgré un mieux côté saoudien. Ce match fut l’occasion d’observer les limites offensives d’une sélection qui avait déjà affiché ses largesses défensives lors du match inaugural. Mais lors d’un dernier match promis à l’Égypte, les hommes de Juan Antonio Pizzi se sont montrés bien plus consistants et rigoureux tactiquement pour émerger grâce à une envie bien supérieure à leurs adversaires. Une petite surprise qui aura le mérite de rattraper un peu leurs débuts catastrophiques en Russie.

Groupe B :

Portugal (5/10) : championne d’Europe en titre, la Selecçao affichait la volonté de faire honneur à son sacre continental autour d’un noyau rajeuni et enrichi et avait donné rendez-vous à l’Espagne pour ce que l’on cochait tous comme le plus gros match de la phase de poules. Au terme d’un match fou, les Lusitaniens accrochent la grande Roja en fin de match après moult rebondissements et buts exceptionnels. Le triplé et la performance grandiose de Cristiano Ronaldo occulte le reste de sa sélection, scindée entre cadres rassurants et jeunes décevants. Contre le Maroc, le nouveau but rapide de son capitaine permet au Portugal de gérer son avance en profitant des contres inévitables mais les nouvelles piètres prestations des jeunes promesses portugaises gâchent de nombreuses possibilités. Il faut ensuite une magnificence de Ricardo Quaresma (ndlr : le but du tournoi!) pour faire sauter le verrou iranien, preuve d’un problème offensif croissant au sein d’une sélection qui misait beaucoup sur ses espoirs. L’élimination en huitièmes de finale face à l’Uruguay est une désillusion : ayant réussi le plus dur en revenant au score et prenant petit à petit le dessus sur son adversaire, la Selecçao se fait punir en contre par un Edinson Cavani magistral. Une fois encore, les déclencheurs Bernardo Silva et Gonçalo Guedes passent complètement à côté de leur rencontre et l’absence d’André Silva aux côtés de CR7 en pointe de l’attaque se fait ressentir tant le buteur du Real Madrid a semblé seul dans le tournoi. Après un Euro réussi autour d’une assise défensive impassable, le Portugal cru 2018 avait misé sur les qualités et la diversité offensives de ses jeunes promesses mais, transparents, ils se sont révélés comme les poids d’une sélection qui ne savait plus où donner de la tête. Quelle déception pour une Selecçao qui pouvait rêver de bien plus…

España (3,5/10) : ultra dominatrice tant en qualifications qu’en matchs de préparation, la Roja s’était presque autoproclamée favorite du tournoi et la mécanique semblait relancée après deux tournois majeurs ratés. Julen Lopetegui avait relégué les subsistances du légendaire tiki-taka des grandes heures, pas adapté à la nouvelle génération espagnole, pour un sain mélange de pure possession, de courses d’infiltrations et de jeu direct et vertical qui promettait énormément. Mais son éviction, consécutive à son engagement avec le Real Madrid acté alors qu’il était encore à la tête de la sélection, semble avoir laissé bien plus de traces dans l’effectif que l’on a bien voulu nous faire croire. Les Espagnols ont balbutié leur football durant tout le Mondial (à l’exception du match spectaculaire contre le Portugal, seule équipe à avoir joué le jeu face à eux) et ont affiché une surprenante fébrilité défensive. Le vestiaire, apparemment déchiré par une lutte des clans entre Madrilènes et Barcelonais (qui auraient demandé le limogeage de Lopetegui) a perdu toute cohésion et s’est effondré, à l’image d’un duo Busquets-Iniesta méconnaissable. Après s’être arrachée pour se qualifier contre l’Iran puis le Maroc, la Roja devait relancer son Mondial contre des hôtes russes qui avaient déjà réussi leur mission. Malheureusement, elle a, une nouvelle fois, montré ses limites et affiché des doutes profonds la rendant incapable de se débarrasser d’une Sbornaya pourtant balayée par l’Uruguay au dernier match. Crispés, nerveux, pas inspirés, les hommes de Fernando Hierro n’ont que trop rarement inquiété Igor Akinfeev et ont craqué sous la pression des tirs au but. L’Espagne, favorite de l’épreuve mondiale, chute en huitièmes de finale tête basse et sans la manière.

Almaghrib (4/10) : auteurs d’une phase qualificative parfaite, les Lions de l’Atlas ont débarqué en Russie avec un moral gonflé à bloc, renforcé par une période de préparation convaincante. Prêts à créer l’exploit dans un groupe promis aux deux cadors ibériques, les Marocains affichaient un groupe solide, soudé et expérimenté tout à fait conscient du rôle qu’il pouvait jouer et si l’on attendait une surprise dans cette phase de groupes, c’était la qualification des hommes d’Hervé Renard pour le deuxième tour qui ressortait le plus. Mais les espoirs marocains se sont envolés dès le premier match, le plus simple théoriquement face à l’Iran, et l’on a senti que l’abattement général consécutif à ce revers serait difficile à surmonter. Malgré une domination certaine tout au long de la rencontre, les Lions de l’Atlas n’ont pas su concrétiser, la rendant souvent stérile, avant de se faire punir en toute fin de match. Dos au mur face aux deux favoris du groupe, les Marocains ont encore semblé groggys contre le Portugal en se faisant surprendre dans les 5 premières minutes de jeu puis se montrant incapables de réellement inquiéter les Lusitaniens. Déjà éliminés, ils ont voulu sauver l’honneur et montrer qu’ils avaient leur place dans ce Mondial en tenant tête à l’Espagne. Plus agressifs et directs dans le jeu, ils ont menés par deux fois au score, mettant à mal une Roja peu en verve, avant de se faire rejoindre dans les arrêts de jeu d’une subtile Madjer de Iago Aspas. Ce dernier match est l’illustration parfaite de la déception marocaine, il y avait bel et bien la place pour passer ce premier tour.

‘Iiran (6,5/10) : donnée petit Poucet de ce groupe B prometteur, Team Melli se rendait en Russie pour confirmer une préparation idéale, suite directe d’une campagne de qualification survolée en Asie, et mesurer son niveau au gratin du football. Globalement dominée lors du premier match contre le Maroc, les valeurs d’abnégation, de travail et de sacrifice prônées par Carlos Queiroz ont porté leurs fruits : une victoire arrachée dans les arrêts de jeu après une résistance acharnée durant la majorité de la rencontre. Avec ce succès initial, l’Iran prenait même la tête du groupe puisque Portugais et Espagnols se neutralisaient et pouvait aborder les matchs suivants plus sereinement. Une nouvelle fois promis à une débandade face à la Roja, les Iraniens ont offert aux observateurs une prestation tactique de haut vol, ne laissant rien à l’Espagne grâce à un bloc imperméable, une faculté de boucher les trous assez remarquable et n’encaissant que sur un cafouillage (un défenseur dégageant le ballon sur la jambe de Diego Costa). Une telle performance gonflait le moral des troupes qui abordaient le match décisif face à une Selecçao avertie mais dominatrice. Dans le trou durant la plupart du match malgré une étanchéité certaine, Team Melli va bousculer tout le Portugal en fin de match à la suite d’un penalty offert pour une faute de main très peu évidente (voire inexistante). Revenus dans un momentum favorable, les Iraniens passeront tout près de l’exploit en loupant une énorme occasion en toute fin de temps additionnel et leurs larmes au coup de sifflet final resteront gravées dans les images de cette Coupe du Monde. Pas du tout attendus, ils se sont érigés comme l’une des révélations de la compétition et ce groupe, assez jeune, pourrait se montrer très intéressant dans 4 ans au Qatar.

Groupe C :

France (8/10) : champions du monde, quelle équipe ne rêvait pas du sacre, même miraculeusement, en début de tournoi? Certainement pas les Français, finalistes malheureux de leur Euro il y a deux ans, arrivés en Russie avec un esprit de revanche personnelle malgré plusieurs incertitudes. Bousculés en phase qualificative et affichant un bilan mitigé en préparation, les Bleus ne se présentaient pas en pleine confiance en début de Mondial. Surpris par de rigoureux et efficaces Portugais en finale de l’Euro, Didier Deschamps a semblé avoir tiré les leçons, préférant aligner une tactique plus défensive et organisée, procédant par contres rapides. Et c’est peut-être là le seul point négatif du bilan français, parfait mis à part ça avec ce deuxième succès mondial. Alors oui on pourra dire que la phase de poules hexagonale était catastrophique, oui l’Argentine était très faible et l’Uruguay déforcée, oui la Belgique a dominé la première mi-temps et oui l’arbitrage a clairement influencé la finale, mais au final la France a réussi à passer les écueils sur lesquels Brésiliens, Allemands, Espagnols ou Belges se sont cassés les crampons, et c’est tout ce que l’histoire retiendra. L’Équipe de France mériterait donc objectivement une note maximale mais, comme nous aimons les équipes toujours offensives (ndlr : voir note Croatie) et que le potentiel offensif français était bel et bien présent dans l’effectif, nous lui retirons de manière totalement subjective deux points pour le non-effort fourni.

Danmark (7/10) : versés dans un groupe duquel ils faisaient figure de favoris à la deuxième place, les Danish Dynamite savaient qu’ils auraient forte affaire avec de redoutables Péruviens et ont parfaitement rempli leur mission. Après avoir géré cette confrontation délicate, en s’imposant dans le dernier quart d’heure malgré une domination des Blanquirroja, ils ont tranquillement assuré leur qualification pour les huitièmes de finale, objectif principal de la sélection d’Age Hareide. Dans un match couperet qui pouvait basculer d’un côté comme de l’autre, les Danois ont étonnement entamé la rencontre pied au plancher pour surprendre des Croates donnés légèrement favoris mais se sont fait directement égaliser avant d’opposer une robuste résistance aux Valtreni, les emmenant jusqu’aux tirs aux but. Les Croates finissent tout de même par s’imposer au terme d’une séance absolument géniale et exceptionnelle qui mît en exergue les spécialistes Danijel Subasic et Kasper Schmeichel, le gardien monégasque remportant son duel à distance. Malgré l’élimination, le Danemark aura rempli son rôle d’équipe de sape et peut considérer son Mondial comme réussi, bien que la qualification pour les quarts de finale ne fut pas loin. Un groupe expérimenté qui aura prouvé qu’elle pouvait parfaitement gérer un match tant contre une nation plus faible qu’une sélection supérieure.

Perú (6/10) : nous vous annoncions cette sélection péruvienne comme capable de créer l’exploit, elle n’y sera pas parvenue mais il s’en fallut de peu. Les Blanquirroja n’auront jamais calculé, au contraire de leurs adversaires, et auront toujours joué leur jeu offensif en s’exposant, précipitant leur perte face aux efficaces cadors européens. Ultra dominateurs en ouverture contre le Danemark, les Péruviens ont pêché à la finition et se sont fait surprendre dans le dernier quart d’heure. Contre des Français plus complets, ils furent logiquement moins dominants mais ont posé pas mal de problèmes à des Bleus balbutiants et peu sereins avant de concrétiser leur mentalité d’attaquants contre la plus modeste Australie. Le tempérament offensif de la sélection aura permis la découverte ou la mise en lumière de plusieurs éléments intéressants (Advincula, Tapia, Carrillo) qui pourraient en profiter lors du mercato estival pour rejoindre l’Europe ou de meilleurs clubs. Laissant une très bonne impression aux différents observateurs, ils auraient certainement passé le premier tour si ils avaient fait preuve de plus de réalisme. Une prestation finale quelque peu frustrante mais surtout encourageante pour une sélection qui atteindra son âge de maturité dans 4 ans au Qatar, à suivre donc avec attention.

Australia (7/10) : débarquée en Russie avec l’étiquette de possible plus faible équipe australienne du siècle et considérée comme l’une des nations les plus faibles de la compétition, l’Australie n’était pas vraiment attendue au tournant de cette Coupe du Monde et sa phase de groupes s’annonçait déjà comme un long calvaire à passer. Mais à l’instar de la Team Melli iranienne, les Socceroos auront réussi à hausser leur niveau de jeu et rendent finalement une copie sérieuse et soignée de leur séjour au Mondial. Bien organisés et solides derrières, ils ont opposé leur traditionnel engagement physique à la technique virevoltante de leurs adversaires et auront fait douter leurs opposants. En tenant longtemps tête à la France avant d’accrocher le Danemark, les Australiens pouvaient même se mettre à rêver d’une qualification pour le second tour si ils battaient le Pérou et que les Bleus s’imposaient. Malheureusement, aucun des résultats ne leur fut favorable, balayés par des Péruviens revanchards et beaucoup plus vifs tandis que les deux favoris du groupe se neutralisaient dans un non-match total. Finalement derniers du groupe, les Australiens auront opposé résistance à des nations qui leur étaient supérieures grâce à des valeurs de solidarité et de courage chères aux Socceroos, ils peuvent être fiers de leur parcours.

Groupe D :

Hrvatska (10/10) : sélection très sous-estimée, à l’instar du Mexique ou de la Colombie par exemple, la Croatie abordait son 6ème Mondial dans la peau d’outsider, forte de sa réputation d’équipe toujours difficile à jouer. Malgré de récentes prestations de haut niveau, nombre d’observateurs lui voyait l’Argentine supérieure dans ce groupe, négligeant la faiblesse de l’Albiceleste et la maturité de cette génération dorée croate. Et cette sous-estime de leur valeur a sans doute joué en faveur des Valtreni qui ont largement dominés leur phase de poules avant de démontrer des ressources mentales insoupçonnées lors du deuxième tour. Car si l’on retient principalement la deuxième partie du parcours croate, ayant fait bien plus parler d’elle par sa répétition incroyable d’efforts, il ne faut en négliger la première qui a vu les hommes de Zlatko Dalic se promener contre le Nigeria avant de déclasser les Argentins et assurer le sans-faute contre l’Islande malgré une équipe B. La suite est connue de tous, trois prolongations dont deux séances de tirs aux but remportées par les Croates qui atteignent la finale pour la première fois de leur histoire et font mieux que la génération dorée de 1998. Mais plus encore que cette force mentale exceptionnelle, c’est le jeu développé qui aura fait aimer de tous la sélection au damier : meilleurs que de résistants et accrocheurs Russes, les Valtreni ont dominé l’Angleterre pendant toute la demi-finale (le but anglais ayant été inscrit en tout début de match sur un coup-franc direct) avant de se qualifier en prolongations. Même lors de la finale, la première mi-temps fut toute acquise à d’héroïques Croates, menés contre le cours du jeu, avant que le poids des efforts répétés ne les obligent à craquer en seconde période. Finalement, seul le huitième de finale contre le Danemark, qui aura rendu la rencontre fermée, fut de moins bonne facture. Dotés d’une mentalité exemplaire, à l’image de la fin de la prolongation contre l’Angleterre durant laquelle, à la 118ème minute, Ivan Perisic a préféré tenter de centrer pour faire 3-1, au risque de prendre une contre-attaque, que d’aller perdre du temps et assurer la qualification, les coéquipiers de Luka Modric méritaient, à ce titre et pour la qualité de leur parcours, le titre mondial. Il leur échappe de peu et le titre de meilleur joueur décerné à leur meneur de jeu n’est que maigre lot de consolation. Au nom du sport et pour le tempérament offensif qu’elle n’a cessé de prôner, nous décernons la note maximale à cette magnifique équipe de Croatie, bien que cela ne remplace le titre suprême que nous lui souhaitions. Hrvatska, hvala ti za sve !

Argentina (3/10) : finaliste heureuse voire chanceuse de l’édition précédente, l’Argentine de Jorge Sampaoli pouvait déjà s’estimer contente de fouler les pelouses russes tant la qualification pour ce Mondial fut miraculeuse et entamait la compétition emplie de sérieux doutes. Car malgré les (trop) optimistes observateurs, le groupe lui-même connaissait ses limites et sentait venir un tournoi compliqué, les tensions intra-vestiaire (fractures entre groupes de joueurs, perte de l’autorité de Sampaoli,…) n’ont cessé de le prouver. Le match nul concédé en ouverture contre de solides Islandais résumait parfaitement la campagne qualificative argentine et la leçon prise contre les futurs finalistes croates achevait de remettre l’Albiceleste à sa place. L’acquisition de la deuxième place du groupe relève, une nouvelle fois, du miracle, ou plutôt de la complaisance arbitrale envers la nation sud-américaine qui aura refusé deux penaltys évidents au Nigeria, dont un quelques minutes avant le but victorieux de Marcos Rojo, malgré la présence du VAR. Une accession imméritée en huitièmes de finale face à une Équipe de France peu en forme et fébrile n’ayant pas pleinement profité des largesses défensives argentines. Battus 4-3 dans un match fou, les coéquipiers de Lionel Messi peuvent dire merci au coup de génie d’Angel Di Maria, à la déviation chanceuse de Gabriel Mercado, au relâchement coupable français en fin de match et au manque de réalisme offensif hexagonal, sans quoi l’addition se serait montrée bien plus salée. Une élimination en huitièmes de finale, qu’ils ne devaient même pas atteindre, peu glorieuse pour un finaliste sortant, qui aurait même pu ne pas être présent. Un tournoi, une phase qualificative et une génération à oublier au plus vite.

Iceland (5/10) : surprenants de solidité lors de l’Euro, les Islandais avaient su se renouveler et ont étonné lors des phases qualificatives en terminant premiers de leur groupe devant la Croatie en ayant réussi à tourner son jeu vers l’avant. Pour sa première participation à une Coupe du Monde, tout l’enjeu était donc de trouver le juste milieu entre la traditionnelle solidité nationale et le tournant plus offensif opéré depuis quelques mois. Et si les Strakarnir okkar n’ont pas à rougir de leurs prestations mondialistes, on est tout de même en droit de se sentir quelque peu déçu car l’on attendait un peu plus de cette sélection. Après une bonne rencontre inaugurale contre l’Argentine lors de laquelle ils ont joué juste et ont ramené ce qu’ils devaient, les Islandais n’ont pas su placer le curseur au bon endroit face au Nigeria, lors de leur match le plus important, et se sont fait punir par des Nigérians mieux préparés. Le match charnière perdu, les hommes d’Heimir Hallgrimsson sentait le boulet retomber et ont semblé encore trop KO lors du dernier match, contre une Croatie B, pour parvenir à se sublimer et décrocher la deuxième place du groupe. Au vu de cette physionomie de compétition et du niveau de ses adversaires, on se doit donc d’être un peu déçu lorsque l’on doit évoquer le parcours islandais en Russie. Il y avait de la place pour mieux faire.

Nigeria (5/10) : première nation africaine à se qualifier pour le Mondial russe, le Nigeria avait hérité d’un groupe solide et savait qu’il serait difficile d’en sortir, cela s’est confirmé. Ni vraiment solide derrière ni totalement impressionnante devant, la sélection nigériane brille surtout par son milieu de terrain et se développe véritablement comme une équipe de zone médiane. Lorsqu’elle affronte des nations de niveau sensiblement égal ou inférieur, la force de sa ligne médiane lui permet de prendre le dessus et de dominer le match mais ce style de jeu rencontre vite ses limites contres des équipes supérieures, capables de déjouer cet écueil. Les Super Eagles se retrouvent alors en déséquilibre car ni vraiment offensifs ni complètement défensifs et de nombreux espaces peuvent être créés entre les lignes. Ce cas de figure fut parfaitement illustré lors de son match initial contre la Croatie qui, largement supérieure dans tous les secteurs de jeu, s’est promenée et n’a pas eu à forcer son talent pour s’imposer sans jamais avoir été inquiétée. La différence s’est par contre faite ressentir face au bloc bas islandais qui n’a pas su surmonter ce rideau médian et s’y est noyé, offrant plusieurs opportunités aux flèches nigérianes. Les hommes de Gernot Rohr ont failli rééditer leur coup contre l’Argentine mais ces derniers ont su profiter deux fois d’espaces entre les lignes médianes et défensives, pour deux buts (à noter également le rôle prépondérant de l’arbitrage dans ce match, refusant un penalty évident pour le Nigeria peu avant le but victorieux de Marcos Rojo en fin de match). Au final, force est de constater que la force nigériane s’est plutôt transformée en faiblesse, faute de plan B, et qu’il faudra trouver des solutions de rechange si les Super Eagles ne veulent pas revivre pareille désillusion dans 4 ans.

Groupe E :

Brasil (4/10) : annoncés comme les favoris ultimes au sacre mondial, les Brésiliens affichaient à la veille de la compétition un moral gonflé à bloc par le retour de Neymar et les bonnes performances en préparation mais sont rapidement retombés dans leurs travers dès les premières difficultés survenues. Équipe technique par excellence et terre de football, le Brésil représente le côté esthétique du ballon rond dans toute sa splendeur mais n’est pas réputé pour sa force mentale ni par son engagement sur un terrain. Le cru 2018 aura permis de confirmer une fois de plus ces observations et de définitivement mettre à jour le fait que le talent ne suffit pas en football pour remporter des titres. Leur match d’ouverture du Mondial contre la Suisse tombait, à ce propos, plutôt mal pour entamer une compétition, les Helvètes étant réputés pour leur combativité et leur solidarité. Positionnés en bloc compact et agressif, ils ont mangé les artistes Brésiliens, qui détestent être pressés, dans la quasi totalité des duels et le marquage serré de Valon Behrami sur Neymar aura sorti la star du PSG de son match. Sans l’éclair enroulé de Philippe Coutinho, on ne voit pas comment la Selecçao aurait pu marquer dans ce premier match. Les faits se répètent ensuite en première mi-temps contre le Costa Rica qui ne s’incline dans les arrêts de jeu avant un réveil en dernier match face à la Serbie. Mis en confiance, les joueurs de Tite ont alors proposé un jeu terriblement offensif, trop même, négligeant leurs impératifs défensifs et s’exposant fortement. Si le huitième de finale contre le Mexique, très passif et imprécis en contres, fut passé sans trop de problèmes, les oublis défensifs se payèrent cash contre une Belgique dont le compartiment offensif s’est régalé des espaces laissés dans leur dos par les Brésiliens. Bousculée par des Diables Rouges agressifs et exploitants parfaitement leurs possibilités de contres, la Selecçao a paniqué derrière et offert bien trop d’espaces avant de se casser les dents sur une très bonne organisation défensive en seconde période. Les hommes de Tite s’arrêtent ainsi en quarts de finale et voient leur rêve de revanche brisé mais cela devait arriver tant le niveau affiché ne répondait pas aux attentes, à l’image d’un Neymar très critiqué et trop peu décisif. Une déception pour les grands favoris qui n’atteignent même pas le dernier carré.

Suisse/Schweizer/Svizzero (7/10) : habituée des grands tournois et régulièrement porteuse de bonnes performances, la Nati sentait tout de même s’immiscer quelques doutes suite à une préparation inquiétante du secteur offensif, quasi inexistant lors des deux matchs disputés. Théoriquement, commencer par le Brésil dans ce groupe était la pire des choses mais, dans ce contexte, devoir faire bloc en tant qu’outsider en jouant sur ses qualités pouvait servir d’élément déclencheur. Parfaitement mise en place et bousculant les Brésiliens par leur engagement physique, les Suisses ont pris confiance en eux et ont grandi dans le tournoi. Dans le match décisif pour la deuxième place, les Helvètes ont souffert mais auront, à force d’abnégation et de courage, réussi à s’en sortir en s’imposant en toute fin de match face à une équipe serbe qui leur était supérieure. La qualification presque en poche et le moral gonflé à bloc, la Nati a géré son dernier match contre le Costa Rica malgré une petite relâche sans grande conséquence dans les dernières minutes. Qualifiés à nouveau pour le second tour, ils y rencontrent la surprenante Suède, leader surprise du groupe comprenant l’Allemagne et le Mexique, pour le huitième de finale le moins sexy mais certainement l’un des plus indécis. Au terme d’un match engagé mais pauvre en occasions entre deux équipes favorisants l’impact physique à l’extrême finesse, les Helvètes prennent quelque peu le jeu à leur compte mais s’inclinent face à une solide sélection suédoise qu’elle n’aura jamais réellement mis en danger. Ce sont finalement bien les vieux démons suisses qui rattrapent la Nati et précipitent son élimination, mais la sélection de Vladimir Petkovic peut être fière de son parcours au vu des ses lacunes offensives apparentes.

Srbija (5/10) : équipe accrocheuse et toujours délicate à aborder, la Serbie comportait sans doute en Russie son meilleur noyau depuis un moment, mélange ambitieux et intéressant de jeunesse talentueuse et de cadres expérimentés, mais rentrera certainement déçue de son Mondial 2018. Les Aigles blancs se trouvent actuellement dans une période charnière de leur équipe nationale car la majorité des cadres du noyau disputait plus que probablement leur dernière Coupe du Monde, la moitié du groupe ayant dépassé les 30 ans, et si la relève se montre déjà talentueuse, elle ne semble pas encore capable de soutenir le départ de ses leaders (Nikola Milenkovic était le seul jeune à faire partie du quintet défensif -les 4 défenseurs + le gardien-). Conscients du caractère fugace de ce mix de génération et de la qualité en découlant, les Serbes se rendaient en Russie déterminés à ne pas laisser passer leur chance de bien figurer en Coupe du Monde et la difficulté de leur groupe ne semblait pas insurmontable. Malgré l’élimination, nous gardons toujours la sensation qu’il y avait bel et bien la place pour atteindre le deuxième tour où tout est possible. Largement supérieurs aux Costariciens bien que péchant à la finition, les Aigles blancs avaient parfaitement entamé leur tournoi et abordaient le choc contre la Suisse, principal adversaire des Serbes pour la deuxième place, avec un avantage mathématique les plaçant en position de force. L’ouverture du score rapide d’Aleksandar Mitrovic lançait sa sélection sur une voie royale qui dominait nettement la première heure de jeu et devait obtenir un penalty pour une faute sur ce même Mitrovic, mais l’arbitrage vidéo voulait décidément jouer un rôle prépondérant dans ces phases de poules en n’accordant pas le coup de réparation malgré une faute plus qu’évidente. Au lieu de ça, les Suisses égalisent d’une frappe sensationnelle de Granit Xhaka avant que Xherdan Shaqiri ne surgissent en fin de match pour faire tomber une Serbie médusée. Contre le Brésil, les joueurs de Mladen Krstajic ont offert leur traditionnelle résistance balkanique mais auront plié deux fois, assez pour les éliminer de la compétition. Une sortie de Mondial un peu précipitée qui va laisser un goût amer à des Serbes qui avaient le talent et la maîtrise de leurs matchs pour assurer leur deuxième place. Passés à côté de quelque chose, on doit considérer leur tournoi comme raté mais leur propension à toujours jouer de l’avant et à prendre des risques pour aller marquer leur rapporte un point bonus.

Costa Rica (3/10) : brillants lors du Mondial brésilien en atteignant les quarts de finale après avoir sorti l’Angleterre et l’Italie en poules, les Ticos se rendaient en Russie pour confirmer leur prestation brésilienne. Mais, déjà relativement expérimentée il y a quatre ans, la sélection costaricienne présentaient cette fois une équipe marquée, voire affaiblie, par l’âge avec une majorité de joueurs trentenaires. Les qualifications avaient déjà montré des indices de fragilité puisque les hommes d’Oscar Ramirez n’avaient remporté que 4 victoires en 10 matchs et ne se sont qualifiés qu’avec seulement trois points d’avance sur le Panama et le Honduras. Défendant très bas avec un bloc compact et une défense à 5, leur lenteur s’est révélée un frein énorme à la production d’occasions et, in fine, à la qualification tant ils ont éprouvé des difficultés à ressortir en contre-attaques. Dominés et dépassés par la Serbie en ouverture, ils ont tout misé sur leur organisation défensive, mais la défense seule ne permet pas de se qualifier, surtout quand celle-ci finit par craquer. Ce qui fut le cas d’abord contre les Serbes sur un coup-franc d’Aleksandar Kolarov puis deux fois contre le Brésil en toute fin de match. Impossible dès lors d’arriver à quelque chose et de récolter des points. Déjà éliminés, ils ont changé de tactique contre la Suisse en dernier match pour tenter de sauver l’honneur, inscrivant deux buts, et réussiront à arracher le nul à la dernière minute contre une Nati déjà qualifiée et au courant de la défaite serbe dans l’autre match du groupe. Si la belle campagne brésilienne du Costa Rica restera dans nos têtes, on oubliera vite cette prestation russe complètement loupée et espérons revoir des Ticos retrouvés, rajeunis et transformés dans quatre ans au Qatar.

Groupe F :

Deutschland (1/10) : championne du monde en titre, la Mannschaft voulait briser la malédiction du vainqueur sortant (mis à part le Brésil en 2006, chaque champion depuis la France 1998 fut sorti en poules lors de l’édition suivante) et faire honneur à son sacre brésilien aux moyens d’une équipe rajeunie. Les éliminatoires promettaient de belles choses et la préparation, disputé en majeure partie avec les remplaçants afin de leur donner confiance et les faire sentir concernés, n’avait pas altéré l’enthousiasme germanique. Mais en Russie, les Allemands ont mordu le gazon, incapables d’atteindre leur niveau et de se montrer dangereux. Ridiculisés en ouverture par un Mexique, pourtant maladroit, qui les a pris à la gorge, les hommes de Joachim Löw n’ont jamais semblé vouloir se rebeller et n’ont rien proposé dans aucun de leurs matchs. Vainqueurs miraculeux (et bien aidés par un arbitrage complaisant en première mi-temps) d’une consistante et meilleure Suède, ils ont persévéré dans leurs pires travers face à la Corée du Sud qui aura signé le double exploit du Mondial : une victoire contre l’Allemagne, vainqueur sortant, et l’élimination de cette même Mannschaft. L’espace d’un match, le monde du foot tout entier s’est d’ailleurs transformé en supporter coréen tant on voulait l’exploit possible. Terminant à la dernière place de son groupe, plus qu’abordable qui plus est, soit la pire performance de l’histoire du pays en Coupe du Monde, les Allemands ont essuyé un résonnant revers et s’affirment comme les auteurs de la pire prestation de ce Mondial russe (seul point positif côté allemand, les performances du jeune Leon Goretzka, seul joueur à avoir tenu son rang et qui s’affirme donc déjà comme l’un des leaders de demain). Une honte absolue pour une grande nation du foot, accueillie au pays par une bronca monumentale. Un petit point sur 10 accordé pour l’acte de présence en Russie.

Mexico (6/10) : quand ça ne veut pas, ça ne veut pas… Cela faisait 6 éditions consécutives, soit depuis la Coupe du Monde 1994, début du cauchemar, que le Mexique ne passait pas les huitièmes de finale, que ce soit à la suite de décisions arbitrales douteuses (2010, 2014), d’adversaires supérieurs (1998, 2002) ou de coups du sort (1994, 2006). Une véritable malédiction qui, selon les dires des supporters mexicains, serait la conséquence du scandale des cachirules (tricherie d’État dans les catégories d’âge de l’équipe nationale qui coûtera au Mexique sa participation à la Coupe du Monde 1990, voir notre article  »Road to Russia #4 : groupe F ») et pour qui une qualification pour les quarts de finale représenterait un titre mondial. El Tri misait sur le grand air russe (et une sélection assez complète et intéressante) pour vaincre le signe indien, il n’en fut rien. En ouvrant son Mondial par une victoire lumineuse contre le tenant du titre allemand, les hommes de Juan Carlos Osorio crevaient l’écran et annonçaient tout de suite la couleur. Meilleur noyau depuis la génération 1986, date du dernier quart de finale et meilleur résultat mexicain, le cru 2018 a confirmé ses ambitions en dominant la Corée du Sud lors du deuxième match, sans pour autant trop se fouler. Le troisième match nous réservera une nouvelle surprise de taille : le Mexique, apathique et semblant complètement émoussé, ne fait pas le poids face à une étonnante sélection suédoise qui les surclasse totalement. Qualifiée à la deuxième place de son groupe, El Tri hérite des favoris brésiliens en huitièmes de finale, tombe une 7ème fois consécutive à ce stade de la compétition et perpétue la malédiction pour quatre ans supplémentaires. Si la sélection mexicaine n’aura pas réussi son objectif principal, à savoir enrayer la dite malédiction, elle aura illuminé les pelouses russes de son football total alliant pressing vers l’avant, contre-attaques éclairs et combativité exemplaire et nous aura gratifié d’une prestation hors norme et terriblement culottée face aux vainqueurs sortants (c’est le cas de le dire) allemands et récolte donc un point supplémentaire pour son esprit de jeu. Rendez-vous dans quatre ans au Qatar pour espérer enfin passer ce fameux cap des huitièmes de finale.

Sverige (8/10) : lorsqu’en interview après le match de l’élimination suédoise de l’Euro 2016 Zlatan Ibrahimovic déclarait mettre un terme à sa carrière internationale, bon nombre « d’experts » affirmaient que la Suède retomberait dans le ventre mou des nations FIFA malgré les promesses entrevues lors du tournoi. La campagne qualificative suédoise, qui l’a vue tenir tête à l’Équipe de France puis éliminer l’Italie en barrages, leur avait donné tort bien avant le début du Mondial. Savant mélange de fougueuse expérience et de talentueuse jeunesse, le noyau des Blagult a prouvé en Russie qu’il connaissait parfaitement ses limites et savait profiter de toutes les possibilités qui lui seraient offertes. Imperméable et solide derrière, la sélection de Janne Andersson aura su substituer une exploitation parfaite des phases arrêtées à l’inefficacité chronique de ses avant-centres. La Suède a pourtant commencé son tournoi sur un mode mineur en assurant le strict minimum contre la Corée du Sud avant de faire souffrir l’Allemagne sans réussir toutefois à prendre le moindre point. Mais cette prestation emplie de combativité et de maturité qui, sans un arbitrage favorable à la Mannschaft en première période et une stupide faute de Jimmy Durmaz en toute fin de match, aurait déjà pu qualifier les Blagult avant même le match décisif contre le Mexique. Dans un contexte tendu où trois équipes se disputaient les deux premières places qualificatives, les Suédois ont étonnement surclassé des Mexicains dépassés et fébriles. En décrochant la première place de son groupe, la Suède hérita de la Suisse en huitièmes de finale pour un match qu’elle maîtrisa du début à la fin en s’imposant sur une frappe déviée d’Emil Forsberg avant de ne laisser aucune occasion à des Helvètes bloqués face à leurs problèmes offensifs non résolus. Malheureusement, la belle aventure suédoise prend fin en quarts de finale contre l’Angleterre au terme d’une prestation énigmatique de la part des Blagult. Habituellement solides et très concentrés, ils sont apparus absents, comme peu concernés par l’enjeu ou la tête ailleurs. Les déclarations de Zlatan Ibrahimovic au soir de la qualification pour les quarts, affirmant qu’à partir de ce stade la Suède avait toutes ses chances de remporter le titre, a-t-elle fait tourner les têtes des joueurs qui se sont pris à trop rêver et perdre leur concentration? C’est tout à fait possible quand on connaît l’influence du fantasque ancien attaquant du PSG (notamment) dans son pays et sur sa sélection. Toujours est-il que les joueurs de Janne Andersson sont apparus timorés face aux Anglais qui leur ont directement fait payer cette faiblesse. Une sortie un peu ratée qui ne fera tout de même pas oublier le fantastique parcours suédois, rendu plus fou encore par son imprévisibilité. Une des très belles surprises de la Coupe du Monde qu’il faudra confirmer dans deux ans lors de l’Euro avec un effectif rajeuni.

Hangug (9/10) : les Coréens étaient l’un des petit Poucet de cette 21ème édition de la Coupe du Monde mais ont sans doute réussi la plus belle des performances avec cette victoire 2-0 sur l’Allemagne, championne du monde en titre. Les images des joueurs, supporters et membres du staff coréens en pleurs au coup de sifflet final sont les raisons pourquoi le football est le meilleur sport au monde car seul le football peut procurer des émotions telles que celles-là, seul le football peut rendre des millions de (télé-)spectateurs supporters d’une équipe le temps d’un match comme ce fut le cas ici. Pour la seule beauté du sport, tout le monde s’est épris de cette ferveur coréenne et voulait l’exploit possible, tout le monde a poussé derrière sa télé, son écran géant ou l’écran de son café en même temps que les Coréens et tout le monde a exulté aux mêmes instants. Pour parler plus factuellement de la Coupe du Monde des Tigres d’Asie, leur première rencontre face à la Suède a mis en lumière les difficultés offensives auxquelles devaient faire face une sélection qui misait tout sur le génie d’Heung-min Son, bien enfermé par la défense suédoise. Le penalty concédé lors de ce match d’ouverture illustrait d’ailleurs à merveille la différence d’expérience entre les deux équipes. Défaits une seconde fois par un Mexique plus talentueux, les Coréens ont vendu cher leur peau mais ont eu besoin d’un éclair de leur attaquant star pour inscrire leur premier but. Enfin, nous ne parlerons plus assez de la résistance magnifique que la sélection de Tae-yong Shin a opposé au balbutiement offensif allemand pour signer une retentissante victoire leur offrant la troisième place du groupe. On dit souvent qu’une équipe est le reflet de son entraîneur et l’on peut dire que si les Tigres d’Asie ont apporté un vent de fraîcheur à cette Coupe du Monde, cela fut également le cas de leur sélectionneur qui nous a offert un festival d’auto-dérision : après avoir échangé les numéros de ses joueurs pour troubler les espions suédois parce que « pour les Occidentaux, les Asiatiques se ressemblent tous », il a, entre autre, déclaré avant le match contre l’Allemagne que ces derniers étaient les favoris parce que ses joueurs « avaient eu chaud lors du dernier match ». Un bilan comptable plus que satisfaisant et une grande sympathie auprès du public, la Corée du Sud aura tout gagné dans ce Mondial.

Groupe G :

Belgique/België/Belgien (9/10) : les Diables Rouges se rendaient en Russie pour réparer les doux rêves envolés d’un Euro 2016 dont l’élimination retentissante en quarts de finale face au Pays de Galles avait jeté un certain froid parmi les supporters belges. Si l’on pouvait sentir un optimisme véhément lors du tournoi continental, le soufflet semblait être largement retombé au sein de la population, plus fataliste envers la fameuse génération dorée. La plupart des suiveurs belges s’accordaient sur une élimination, devenue habituelle, en quarts de finale, prenant un possible mais peu probable meilleure parcours comme du bonus. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les joueurs de Roberto Martinez auront réussi à transcender un public qui n’en demandait pas tant mais restera finalement sur un goût de trop peu, la sensation d’être passé à côté de quelque chose de grand. En dominant facilement, et comme prévu par la majorité des observateurs, sa phase de poules pour la boucler à la première place malgré une équipe B alignée en troisième rencontre, les doutes persistaient : dominer le Panama et cette Tunisie ne relevaient pas de l’exploit et il était difficile de tirer des enseignements d’un match « pour du beurre » contre une Angleterre B elle aussi. Annoncés favoris face à des Japonais pourtant redoutés, les Diables Rouges écrivent véritablement leur histoire à partir des huitièmes de finale. Menée 0-2 à l’heure de jeu à la suite d’erreurs individuelles, la Belgique remonte des Samuraï Blue trop naïfs et se qualifie pour les quarts de finale grâce à une contre-attaque magnifique dans les arrêts de jeu, le scénario du match verse le pays dans le délire, quelque chose est en train de se passer. Opposés aux favoris brésiliens, les Belges jouent crânement leur chance et surprennent par deux fois l’arrière-garde auriverde, la Belgique mène 2-0 contre le Brésil à la mi-temps. En seconde période, ils proposent un bloc plus bas, solide et compacte, en attente d’espaces à exploiter. Bien que supérieurs sur le dernier tiers du match, les Brésiliens ne parviennent pas à franchir la muraille belge qui tient bon et sort le quintuple vainqueur du tournoi. L’ivresse est totale au pays et l’on se met tout doucement à rêver du trophée car l’on sait qu’à partir des demis-finale, tout est possible. Mais une cynique et efficace Équipe de France, bien que malmenée en première période, se dresse alors sur la route noire-jaune-rouge et stoppe violemment leur chevauchée fantastique, les Diables Rouges n’accéderont pas à la finale. Ils retrouvent l’Angleterre pour le match pour la troisième place avec la volonté, plus encore que de décrocher le bronze, de battre une deuxième fois les Anglais dans le même tournoi, avec leur équipe A cette fois. C’est chose faite, la Belgique est médaillée de bronze et troisième équipe mondiale malgré de sérieux doutes en prélude de Coupe du Monde. Un parcours positivement surprenant, à l’inverse d’un Euro 2016 frustrant et malheureux, que l’on attendait pas, une excellente surprise.

England (7,5/10) : « les clubs anglais sont plus forts que la sélection anglaise », on connaît l’éternelle rengaine née, plus encore que des faits évidents, d’un ressentiment de désaveu de la part des supporters anglais. Les Three Lions n’avaient plus atteint les demis-finale depuis 1990 et s’étaient créé une jolie réputation paradoxale : des éliminatoires impressionnants pour des tournois ratés. On parlait juste avant de la résignation des supporters belges, que dire alors d’un peuple anglais tout à fait conscient des faiblesses de leur sélection (personne au pays ne s’attendait à une campagne pareille qui a été accueillie comme un titre mondial). Inexpérimentée, ne comportant pas de meneur de jeu, lente, en difficulté pour faire le jeu, la sélection aux trois lions ne présentait pas en Russie son effectif le plus glorieux de ces dernières années. Et pourtant, c’est avec un groupe moins qualitatif, sans doute, mais bien plus uni que l’Angleterre a surpris par son parcours. La qualité de jeu fut rarement présente et l’équipe de Gareth Southgate n’a jamais donné signe de maîtrise totale mais les résultats parlent pour eux. Il faut toutefois nuancer le point de vue idyllique et purement mathématique de la campagne anglaise car, dans les faits, tout ne fut pas aussi simple. Ne rencontrant aucun adversaire de taille avant sa demi-finale perdue contre une Croatie fatiguée (l’équipe B belge ne peut pas être considérée comme un adversaire de taille et la Colombie a balbutié son football un match sur deux), l’Angleterre a bénéficié des joies du tableau pour éviter toutes les grosses cylindrées et jouer des adversaires à sa portée. De plus, sur les 12 buts inscrits par les Three Lions, 9 l’ont été sur phases arrêtées : on peut considérer ce chiffre comme une force parfaitement maîtrisée par les hommes de Southgate, mais en retournant le point de vue, on se rend surtout compte qu’ils n’ont marqué que 3 buts de plein jeu, un bilan famélique pour une équipe sensée faire le jeu. Cela permet ainsi de mettre en évidence que sans ses phases arrêtées, l’Angleterre n’aurait certainement pas réalisé ce parcours, mais que plus largement, elle n’a jamais su dominer ses adversaires, s’en remettant aux coups de pieds arrêtées pour les punir. Ce dernier point relativise quelque peu le bilan anglais et nous oblige à retirer un point et demi à la note des Three Lions pour le non-jeu pratiqué.

Tunis (6/10) : prometteuse, l’équipe de Nabil Maaloul voulait croire en ses chances et ressortait comme l’une des principales surprises potentielles du premier tour de la compétition mais malgré un premier match (encou)rageant, les espoirs sont vite retombés. Rapidement menés au score par l’Angleterre d’Harry Kane, les Aigles de Carthage ont fait le gros dos lors de leur match inaugural avant de parvenir à égaliser sur penalty. Tout était à refaire pour les Anglais qui, malgré la blessure du gardien titulaire Mouez Hassen et la fébrilité de son remplaçant Farouk Ben Mustapha, butaient systématiquement sur l’organisation défensive tunisienne, solide et bien huilée. Mais c’était sans compter sur ce diable d’Harry Kane qui surgissait au deuxième poteau pour offrir la victoire à son pays de la tête dans les arrêts de jeu et douchait les espoirs tunisiens. Contre les Belges en deuxième match, les Aigles de Carthage ne semblaient pas encore remis d’une sorte de traumatisme qui leur coûtera la qualification. Balayés par des Diables Rouges offensifs mais réussissant à leur planter deux buts malgré tout, ils devaient se reprendre pour la troisième place dans un match très peu passionnant contre le Panama et sauver leur honneur. Ce ne fut pas chose aisée, la sélection de Nabil Maaloul étant menée au score à la mi-temps, mais l’essentiel fut assuré avec une courte victoire 2-1. Les pelouses russes ont pu déceler une très bonne organisation du bloc défensif et une volonté perpétuelle de se donner pour son pays mais le facteur psychologique agît à l’encontre des Tunisiens qui ont craqué mentalement aux moments importants. Une belle prestation contre l’Angleterre et une troisième place de groupe assurée mais une déception tout de même quant à la physionomie du parcours tunisien, il y avait mieux à faire.

Panama (8/10) : plus petite nation présente au Mondial, la qualification pour le tournoi était déjà la réussite la plus ultime du pays qui a versé dans l’ivresse au soir de cette qualification, le défenseur Ramon Torres, auteur du but victorieux, étant d’ailleurs presque élevé au rang de Dieu vivant. Autant dire que les supporters panaméens n’attendaient rien, en terme de résultats, de leur équipe dans un groupe clairement trop relevé pour le petit pays des Caraïbes, ce qui ne les a pas empêché de fêter comme il se doit leur campagne russe. Préparés à se faire balayer lors des trois matchs, les Canaleros ont, au contraire, réservé de belles surprises aux observateurs. Finalement battus 3-0 en ouverture, les hommes d’Hernan Gomez auront longtemps tenu en échec la Belgique, à qui il aura fallu une illumination de Dries Mertens pour faire sauter le verrou panaméen avant d’accroître leur avantage. Face au deuxième cador du groupe, les plans défensifs explosent après quelques minutes de jeu à peine et la première mi-temps se résume à un long calvaire pour une équipe qui parut étonnement (en comparaison de son sérieux contre les Diables Rouges) à la ramasse et en retard dans tous ses duels. Les Panaméens réussissent cependant un tour de force magnifique en inscrivant, à la suite d’une action où l’intégrité des défenseurs anglais est clairement à mettre en question, le premier but de leur pays en Coupe du Monde au terme de leur deuxième match dans la compétition mère. Opposés à des Tunisiens déçus et frustrés en match pour la troisième place du groupe, ils affichent une mentalité exemplaire et parviennent même à mener au score à la mi-temps, une performance inattendue qui rendra fier un pays tout entier. Malheureusement, laMarea Roja craque en seconde période à la suite du réveil d’une nation d’un niveau supérieur. Si le bilan comptable panaméen n’est pas glorieux avec 0 points et 11 buts encaissés, on ne peut pas considérer leur Mondial comme raté au vu de la mentalité et de la bonne humeur constamment affichées et des efforts déployés par les joueurs. Pour une première participation à une Coupe du Monde et face à ces adversaires là, on se doit de saluer la prestation du Panama. Un tel engouement fait toujours chaud au cœur mais l’intérêt sportif de la présence d’une telle équipe dans la reine des compétitions pose toutefois question, surtout quand on sait que des nations comme les Pays-Bas, l’Italie, le Chili ou le Ghana ne sont pas présents.

Groupe H :

Colombia (4,5/10) : au crépuscule d’un brillant exercice 2014 au Brésil lors duquel ils avaient atteint les quarts de finale et méritaient plus que leurs hôtes de rejoindre le dernier carré, les Colombiens affichaient, avant même d’atterrir en sol russe, des ambitions très élevées en visant ces fameuses demis-finale. Versés dans le groupe le plus sexy du tournoi, les Cafeteros devaient avant toute chose se défaire de solides adversaires et s’extirper d’un premier tour piégeux. Le piège a d’ailleurs directement tissé sa toile autour des hommes de José Peckermann en leur offrant une redoutable mais peu redoutée formation japonaise. Carlos Sanchez s’y fait tout de suite prendre en se faisant exclure après 2 minutes seulement pour une faute de main dans le rectangle qui offre l’avantage numérique et mathématique aux Samuraï Blue. Dominatrice mais diminuée physiquement, la Colombie s’incline donc en ouverture et ne possède plus son sort entre ses mains. Elle fait ensuite proprement le boulot en surclassant en tout point une décevante sélection polonaise, déjà en grosse difficulté face au Sénégal au match précédent. Profitant du match nul dans l’autre match entre le Japon et les Lions de la Téranga, les Cafeteros s’offrent la possibilité de se qualifier en dernier match aux dépends de ces derniers et ne laissent pas filer leur chance en s’imposant par le plus petit écart grâce au deuxième but en deux matchs de Yerry Mina. Le défenseur du Barça, peu utilisé et désavoué dans son club, se transforme en héros pour son pays, et ce n’est que le début. Héritant de l’Angleterre en huitième de finale, la joueuse sélection colombienne passe à côté de son match, à l’image d’un Carlos Sanchez à nouveau grossièrement fautif sur le penalty anglais, mais trouve une nouvelle fois son sauveur qui égalise de la tête dans les arrêts de jeu. Au terme d’une prolongation terne et ennuyeuse, les Three Lions rejoignent les quarts de finale aux tirs au but et mettent fin au parcours irrégulier de la Colombie qui sort du tournoi bien plus tôt que ce qu’elle n’avait prévu. Si les Cafeteros ont déployé un jeu léché et offensif contre la Pologne et le Sénégal, ils ont complètement raté leurs rencontres face au Japon et l’Angleterre, affichant ainsi un bilan assez maigre de 50% de réussite, décevant pour une équipe aussi talentueuse et ambitieuse.

Polska (3/10) : premiers de leur groupe en qualifications avec le meilleur buteur des éliminatoires en leur sein et armés offensivement pour faire mal à leurs trois adversaires de groupe, les Aigles blancs présentaient de belles ambitions en arrivant en Russie malgré de nombreux doutes. Au final, la fatigue de certains et le manque de rythme d’autres auront eu raison de Polonais qui se seront complètement vautrés lors des matchs importants. Apathiques et incapables de se créer la moindre occasion, les joueurs d’Adam Nawalka ont incroyablement déjoué, au point de rater de nombreuses passes simples à moins de 5 mètres, en ouverture face à un solide Sénégal qui ne s’est pas fait prier pour profiter des largesses polonaises. Dos au mur dès la deuxième rencontre de poules, les Aigles blancs ont pris leur envol durant 5 minutes avant de chuter lourdement 3-0 contre une Colombie revigorée et apparemment plus motivée à se reprendre que leurs opposants. Confiante avant le tournoi, la Pologne est ainsi éliminée avant même sa dernière rencontre de poules. Sans autre enjeu que l’honneur à sauver, les hommes de Nawalka se reprennent quelque peu face au Japon qu’ils battent dans le dernier quart d’heure dans un match que les Samuraï Blue, déjà qualifiés, semblent avoir laissé filé. Globalement dépassés dans la plupart des duels, ils ont manqué d’à peu près tout dans cette Coupe du Monde pour espérer quoi que ce soit. Entre médians cramés et défenseurs à court de rythme, l’équilibre général de l’équipe fut inexistant et les occasions créés doivent se compter sur les doigts d’une main. Statistique révélatrice, Robert Lewandowski, meilleur buteur en éliminatoires européens et arme principale de sa sélection, n’a pas touché un seul ballon dans le rectangle adverse et a passé de très longues minutes à attendre, seul sur son îlot offensif, ne serait-ce qu’un peu d’animation. L’attaquant du Bayern n’a d’ailleurs pas hésité à afficher sa frustration au soir de l’élimination de son pays en déclarant qu’il ressentait de la honte mais qu’il ne pouvait rien faire si il ne recevait aucun ballon. Une terrible désillusion pour une sélection qui croyait en ses chances de bien figurer mais qui s’est montrée fantomatique tout au long du tournoi et ne doit son salut de points qu’à la prestation abandonnée par le Japon.

Sénégal (5/10) : la première et seule participation sénégalaise, lors du Mondial 2002 en terres coréo-japonaises, s’était soldée par une fabuleuse campagne asiatique et une divine fête nationale avant que Sadio Mané ne mettent fin, en qualifications, à une période de disette longue de 16 ans. De retour en Coupe du Monde, les Lions de la Téranga voulaient imiter leurs illustres pères dont le capitaine d’époque, Aliou Cissé, se trouve être le sélectionneur actuel, mais savaient la tâche difficile dans un groupe très homogène où tout ou presque pouvait arriver. En dominant en ouverture la Pologne, théoriquement leur principal adversaire à la deuxième place du groupe, ils entamaient le tournoi de la meilleure des manières et laissaient même une très bonne impression aux observateurs au terme d’une prestation alliant solidité défensive et contre-attaques tranchantes. Parfaitement lancés vers leur objectif, les Sénégalais ont dominé toute la rencontre contre le Japon et même menés deux fois au score mais se sont laissés surprendre et accrocher par de réalistes Samuraï Blue avec qui ils partagent alors la tête du groupe. En position de force en match décisif face à des Colombiens obligés de s’imposer, ils n’ont jamais su gérer le match et, à force de se faire peur et de jouer avec le feu, ont craqué sous la pression des Cafeteros. Incapables de switcher le bouton vers l’offensive après le but de Yerry Mina, les hommes d’Aliou Cissé ont même semblé résigné sur la fin de match et sortent précipitamment du Mondial malgré un départ rêvé. Ne parvenant pas à remplir leur objectif de qualification, les Sénégalais ont vécu une longue baisse de régime qui s’est ressentie dans les chiffres : 3 points d’entrée de jeu avant de n’en ramener qu’un seul puis de ne plus rien récolter, synonyme d’élimination. Un parcours pas dégueu en soi qui nous laisse tout de même sur notre fin, en commençant de la sorte comment est-ce possible de perdre en vitesse à ce point et de ne pas se qualifier?

Nihon (8/10) : le groupe H était présenté par tous comme le groupe le plus sexy de par son homogénéité : quatre équipes de quatre confédérations et continents différents et de niveau relativement toutes égales. Une sélection semblait toutefois partir avec un léger handicap, les Samuraï Blue dont l’effectif était le moins profond et recueillait le moins de qualités individuelles. Au terme d’un parcours emplit de rebondissements, les hommes d’Akira Nishino auront déjoué les pronostics en démontrant, une fois de plus, que le football est un sport collectif dont l’esprit d’équipe et le sacrifice pour les autres sont sans doute les valeurs les plus importantes. Opposés en match inaugural à la Colombie, équipe pressentie comme légèrement supérieure aux autres, les Japonais ont profité de la carte rouge très rapide de Carlos Sanchez pour s’imposer face à une équipe vidée physiquement par 88 minutes disputées en infériorité numérique. Et le « hold-up » nippon n’est pas terminé… Une nouvelle fois dominés dans le jeu, et même menés deux fois au score, ils réussissent à accrocher un Sénégal frustré en faisant parler leur cohésion d’équipe et leur jusqu’au-boutisme. Presque assurés de qualification, ils laissent filer la première place du groupe aux Cafeteros en balançant quelque peu leur dernier match face aux Aigles blancs polonais, une prestation, et principalement lors des dix dernières minutes, qui a énormément fait parler pour un manque de fair-play étonnant de la part d’un pays réputé pour les valeurs de respect et de tolérance qu’il véhicule. En huitièmes de finale, ils rejoignent la Belgique pour un match épique. Alignant un bloc haut compact et agressif dans les duels, les Japonais mettent à mal une armada offensive belge qui éprouve d’énormes difficultés à créer du danger et ne parviennent pas à inquiéter Eiji Kawashima, le peu rassurant gardien nippon. Pratiquant le contre à merveille, les Samuraï Blue assomment alors les Diables Rouges en plantant deux buts coup sur coup. La réaction belge est fulgurante mais relativement contenue par les joueurs d’Akira Nishino qui se dirigent vers les prolongations avant de pêcher par naïveté et envie de trop bien faire : au lieu de calmer le jeu, ils se ruent en attaque sur un corner dans les arrêts de jeu pour tenter d’enfoncer le clou mais oublient leurs obligations défensives. Thibaut Courtois se saisit du corner et relance vers un Kévin De Bruyne totalement seul et parfaitement à même de profiter des espaces béants laissés par des Japonais guère concentrés qui ne pensent même pas à faire la faute « professionnelle ». La sentence tombe : en trois passes, le ballon arrive dans le rectangle dans les pieds de Nacer Chadli qui ne se fait pas prier, 3-2, le Japon aura joué avec ses armes et aura fait trembler l’un des outsiders les plus sérieux au titre mondial là où personne (ou presque) ne les attendait avant la Coupe du Monde.

ALVARRO

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