[L’analyse] Coupe du Monde : Top/flop de la phase à élimination directe

[L’analyse] Coupe du Monde : Top/flop de la phase à élimination directe

L’Analyse est une chronique non périodique spécialisée dans le sport qui prendra pour sujet tout objet susceptible d’analyse. Nous tenterons d’y développer un point de vue indirect, extérieur et synthétisant pour dégager les tenants et aboutissants, les points forts et points faibles, les conclusions et enseignements à tirer du sujet observé. Elle recouvrera un sain mélange d’objectivité dans ses points d’enseignements et de pure analyse et de subjectivité lors de nos choix de mises en avant ou de gratifications. Elle ne souffre d’aucune obligation de parution et reviendra quand bon nous semble, nous ne voulons pas nous obliger à respecter une périodicité aux dépends de la qualité.

 

Top équipe :

Thibaut Courtois : après une phase de poules durant laquelle il n’a pas été mauvais mais pas spécialement brillant non plus, le gardien de Chelsea a réalisé un deuxième acte bien plus convaincant lors duquel il a multiplié les parades. Lorsque Takashi Inui inscrit le deuxième but japonais en huitièmes de finale, il n’a alors encore effectué qu’un seul arrêt véritablement décisif (en poules contre l’Angleterre) mais, comme le reste de son équipe, il réussit à transformer ce coup de bambou en adjuvant moral et son tournoi prend une toute autre tournure. Il sauve les Belges à 0-2 contre les Samuraï Blue avant d’amorcer la fameuse contre-attaque éclair à la 93ème minute. Contre le Brésil, la Pieuvre fait honneur à son surnom en dégoûtant, par ses envolées et le déploiement rapide de ses membres, un pays entier et s’érige comme l’homme du match. Malgré plusieurs interventions à propos contre la France, il ne peut empêcher les Diables Rouges de sortir en demis. Sûrement un peu aidé par les prestations en demi-teinte de Danijel Subasic et Hugo Lloris en finale, il a été désigné meilleur gardien du tournoi par la FIFA.

Šime Vrsalijko : auteur d’une grosse saison du côté de l’Atletico Madrid avec lequel il a soulevé l’Europa League, le back droit croate est un excellent joueur bien que trop peu connu. Très solide dans les duels, il possède un coffre impressionnant qui lui permet de multiplier les allers-retours sur son flanc et apporte beaucoup de solidité au bloc équipe. Toujours en place défensivement, il a également servi de première rampe de lancement sur son côté droit, permettant à Ante Rebic, aligné un cran plus haut, de rentrer dans le jeu pour se poster en soutien derrière Mario Mandzukic. Ses nombreux centres ont presque à chaque fois amené du danger et il n’a pas hésité à apporter le surnombre quand il le fallait. Jamais pris en défaut, il a éteint la plupart de ses opposants directs et a affiché, à l’instar de tous ses coéquipiers, une mentalité exemplaire, mélange de rage de vaincre et de fierté nationale. Il a démontré qu’il faisait partie du gratin mondial à son poste.


Domagoj Vida : très atypique, le joueur de Besiktas était bien moins connu que Dejan Lovren, son partenaire de la charnière centrale, mais c’est bien lui qui aura représenté la solidité et la rigueur croate. Défenseur peu esthétique mais diablement efficace, il fut l’une des révélations du Mondial grâce à sa hargne et l’émotion qu’il aura laissé sur le terrain, notamment lors de son but contre la Russie ou sa célébration du but de Mario Mandzukic contre l’Angleterre. Ex-back droit, il a démontré que son replacement dans l’axe au Besiktas est une pure trouvaille et met en avant ses qualités physiques, mentales et de lecture de jeu. Toujours en place défensivement, il aura compensé son léger manque de vitesse par une science du tacle impressionnante et a réussi à transmettre une rage de vaincre et une âme incroyable à sa sélection. Grand artificier de l’exceptionnelle campagne croate, il est regrettable qu’il n’existe pas de prix de meilleur défenseur du tournoi tant il l’aurait mérité. Sa phrase polémique après la qualification en quarts contre la Russie ( »Gloire à l’Ukraine ») est un cri du cœur de remerciement envers le pays qui l’a élevé comme son fils durant ses 5 années au Dynamo Kiev, un exemple parfait de sa personnalité haute en couleur.

Raphaël Varane : comme toute sa sélection, il a vécu un premier tour chahuté et n’a clairement pas affiché son niveau madrilène, faisant ressurgir les doutes concernant ses capacités de leadership. Mais il aura superbement redressé la barre lors des matchs à élimination directe (malgré un match contre l’Argentine encore mi-figue mi-raisin) pour s’imposer comme la tour de contrôle d’une défense française qui aura su se montrer solide et efficace. Le match dans le match qu’il a gagné face à Luis Suarez (qui n’a pas touché un seul ballon dans le rectangle adverse) lors du quart de finale face à l’Uruguay l’a mis en confiance, peut-être plus encore que son but décisif. Grâce à une prestation XXL en demi-finale, il a dégoûté une équipe et un pays entier par une rigueur défensive et un sens du placement impressionnants, bien que l’obstination belge à n’abuser presque que de centres lui ait facilité la tâche. Déterminant tant derrière que devant pour son équipe, il est l’un des grands artisans du succès français et semble avoir pris une nouvelle dimension lors de la compétition. Il s’érige désormais comme l’un des meilleurs défenseurs du monde depuis qu’il a écarté les doutes qui planaient sur lui au sujet de son incapacité à prester à son niveau en l’absence d’un vrai patron à ses côtés, comme Sergio Ramos au Real (on se rappelle son extrême fébrilité lors du quart de finale retour de Ligue des Champions contre la Juventus en l’absence du capitaine espagnol).

Lucas Hernandez : il faisait partie des surprises de la liste de 23 de Didier Deschamps, il a prouvé que son sélectionneur ne s’était pas trompé. Il a débuté le tournoi sur le banc contre l’Australie mais a rapidement conquis la place d’un Benjamin Mendy à court de rythme en raison de sa très longue blessure et ne lâchera plus jamais sa place. Monté en puissance comme toute l’Équipe de France, il a presté à très haut niveau lors des trois derniers matchs français et n’a jamais semblé ni impressionné ni stressé malgré son jeune âge. Bien en place défensivement, il a rarement été pris de court sur son flanc et a, lui, énormément apporté offensivement en proposant des solutions à ses milieux de terrain ou en montant lui-même en ligne, même si ces situations furent plus rares. Jouant de sa pointe de vitesse et de son explosivité, il a harcelé ses adversaires directs et récupéré pas mal de ballons aux abords de son rectangle. Très solide, comme le reste de sa sélection, il représente le futur du football français et mondial.

N’golo Kanté : nous ne parlerons pas ici de son incroyable et improbable ascension ces 5 dernières années, d’autres s’en sont déjà bien assez chargés pour cela, mais bien de sa régularité et de sa présence continue sur toute la saison. Il était présenté comme un élément essentiel de sa formation et de ce tournoi de par son énormissime travail de l’ombre et il n’aura pas déçu une seule fois, assurant comme toujours son rôle tellement important. L’un des seuls Français au niveau lors du premier tour avec son partenaire Paul Pogba, il n’a baissé ni en intensité ni en efficacité tout au long de la compétition et s’est érigé comme le pare-chocs parfait d’une défense renforcée et imperméable. Totalement invisible au regard des statistiques au contraire du terrain, il prouve que celles-ci restent très relatives et que le foot n’est pas qu’une question de chiffres. Du haut de ses 27 ans, il n’est pas cependant plus tout jeune et son style de jeu très agressif et gourmand en énergie risque de ne pas lui permettre une longue carrière tant son petit gabarit n’est pas adapté à un tel déploiement physique.

Paul Pogba : en quittant une Juventus qu’il illuminait de son talent pour un jeu beaucoup plus conservateur à Manchester United, la Pioche a perdu de sa superbe et son manque de matchs références en équipe nationale constitue des arguments à ses détracteurs. Malgré tout, le grand Paul n’a jamais douté de lui et a déclaré depuis longtemps déjà qu’il comptait répondre aux critiques lors de cette Coupe du Monde. C’est maintenant chose faite au terme d’une compétition qu’il aura géré d’une main de maître à défaut de l’avoir survolée de sa classe. Enfin parfaitement intégré à un collectif français qui prime sur les individualités, il s’est effacé au profit de la cohésion d’équipe et a joué juste dans son rôle de relayeur (en possession de balle) et de forteresse aérienne et physique (en perte de balle). Principalement préoccupé et concentré sur ses obligations défensives, il aura tout de même illuminé les pelouses russes de quelques éclaircies, notamment sur sa lumineuse ouverture en demi-volée pour Kylian Mbappé à la base de son propre but lors de la finale. On aurait aimé le voir dans un rôle plus offensif qui colle mieux à ses qualités mais il aura parfaitement rempli ce que Didier Deschamps demandait de lui et son duo avec Ngolo Kanté est sans doute l’élément le plus central du sacre français.

Ivan Perisic : passé par la Jupiler Pro League à Roulers puis au Club Bruges, l’ailier croate est allé gagner en maturité et en puissance en Allemagne avant de s’imposer comme l’un des ailiers les plus complets de Serie A depuis son transfert à l’Inter Milan en 2015. Rapide et technique, il a profité de ses qualités d’incursions et de son explosivité pour s’infiltrer et s’installer entre les lignes adverses, faisant régulièrement sauter leur verrou défensif. Très complet, il a souvent alterné les débordements sur son flanc afin de servir ses équipiers en centres et les percées axiales pour se rabattre sur son pied droit et armer de lourdes frappes. Contre l’Angleterre, il a fait parler son jusqu’au-boutisme et son agilité pour égaliser avant de récidiver en finale d’un envoi puissant du gauche à l’entrée de la surface. Toujours remuant et physiquement toujours présent, il a dynamité le flanc gauche croate lorsque les deux créatifs du milieu diminuaient le rythme pour s’économiser. Dangereux en poules, il est devenu impérial en fin de tournoi, tirant sa sélection vers le haut, et s’est à coup sûr révélé aux yeux du monde entier. Une excellente confirmation de son immense talent et de la charge de travail qu’il effectue quotidiennement.

Luka Modric : maestro du ballon rond, le capitaine croate a récité son football lors de l’ensemble de la compétition pour le plus grand bonheur des spectateurs, qu’ils soient supporters ou non. Nous avons déjà sorti nos envolées comparatives le concernant lors du top de la phase de poules, nous ne les réitéreront donc pas cette fois et mettrons plutôt en avant les prestations de classe mondiale que le génie du Real Madrid nous a encore offert lors de ce deuxième tour. Seule grande star avec Eden Hazard à répondre présente tout au long du Mondial, Lukita a su adapter son jeu à sa baisse inévitable de forme au terme d’une saison longue de 51 matchs de très haut niveau à 32 ans. Après avoir éclairé les pelouses russes de son jeu offensif léché lors du premier tour, le maître à jouer des Valtreni a privilégié les ouvertures lumineuses depuis un poste plus reculé afin d’économiser un moteur et un physique en perte progressive de vitesse. S’économisant un peu plus, il est tout de même régulièrement sorti de sa boîte pour nous abreuver d’extérieurs du pied, de petits ponts et de feintes de corps magiques et orienter un jeu croate indéniablement porté vers l’avant. Magistral lors de la totalité de ses matchs (contrairement à Eden Hazard qui ne fut pas à son niveau contre le Panama et qui est monté petit à petit en puissance), il mérite amplement le titre de meilleur joueur du tournoi mais aurait du, pour les valeurs et la beauté du sport, également remporter ce titre mondial qui l’aurait élevé au panthéon du football. Au nom de tous les supporters de foot, Monsieur Luka Modric, merci pour tout !

Eden Hazard : on attendait de lui une Coupe du Monde de haut niveau, il nous en a donné encore plus. Entre changements de rythme, accélérations fulgurantes et gestes techniques efficaces (n’est-ce-pas Neymar?), il aura donné le tournis à toutes les défenses qu’il aura rencontré. Mis à part une rencontre initiale un peu mitigée face au Panama, il a enclenché le turbo et s’est toujours plus sublimé tout au long de la compétition jusqu’à marcher sur ses adversaires brésiliens et français. Auteur de trois buts et de quatre assists, il a démontré qu’il avait gagné en efficacité et seule la demi-finale perdue contre la France ne lui aura pas souri. Fer de lance des Diables Rouges, il aura conquis la planète football au terme d’un Mondial de très haut niveau lors duquel il aura tiré sa sélection dans son sillage pour une troisième place historique. Déroutant, imprévisible, inarrêtable, les qualificatifs ne manquent pas lorsque l’on doit parler de son tournoi qui lui aura définitivement ouvert les portes de son transfert (plus que probablement vers le Real Madrid). Il faut également rappeler qu’à 27 ans, il n’a pas encore atteint l’âge de maturité d’un footballeur et continuera de progresser durant quelques saisons encore, pour notre plus grand plaisir. Terriblement déçu de l’élimination en demis-finale, il a dores et déjà pris rendez-vous avec l’histoire en 2020 pour un Euro qui verra une sélection belge revancharde et mature revendiquer ouvertement le titre européen.

Mario Mandzukic : Ronaldo Nazario, Thierry Henry, Pedro Miguel Pauleta, Raul, Andreï Shevchenko,… il paraît bien loin le temps des attaquants rapides et techniques lorsque l’on observe Mario Mandzukic sur un terrain. Aussi peu académique qu’esthétique, l’attaquant de la Juventus n’en est pas moins terriblement efficace et, tel un Pippo Inzaghi de la grande époque, rode tel un renard des surfaces à l’affût d’un ballon qui traîne dans le rectangle. Relativement lent et physiquement énigmatique, l’avant-centre croate a pourtant réussi partout où il est passé et ses statistiques parlent pour lui. Il a même réussi à s’adapter et diversifier son jeu puisqu’il évolue maintenant sur le flanc gauche à Turin et qu’il doit accomplir le premier travail de sape avec sa sélection. Avec les Valtreni, il ne participe pas au pressing général de l’équipe mais son jeu sans ballon est très précieux pour couper les lignes de passes et gêner la relance adverse tandis que sa simple présence en zone de finition crispe les défenseurs. Si il a moins influé sur le jeu de son équipe qu’un Romelu Lukaku (qui donne quand même les assists des deuxièmes buts contre le Brésil et l’Angleterre ainsi que la fine feinte pour le but de Nacer Chadli contre le Japon), il se sera montré plus décisif directement. Au final, Mario Mandzukic a fait exactement ce qu’on lui a demandé, il a perturbé les défenses adverses et s’est montré décisif quand il le fallait avec ses deux buts très importants : l’égalisation directe contre le Danemark évitant à la Croatie de douter et le but de la qualification pour la finale en prolongations contre l’Angleterre. Deux buts de raccroc, dans la plus pure tradition inzaghienne, à moins que l’on ne doive désormais plutôt parler de style mandzukien.

 

Flop équipe :

Fernando Muslera : solide sur ses appuis et doté d’excellents réflexes, il fait partie de ces très bons gardiens souvent oubliés à tort tels que Rui Patricio, David Ospina ou Samir Handanovic et n’a quasi rien eu à faire de ce Mondial tant sa défense s’est montrée impériale. Seule équipe à n’avoir pas encaissé lors de la phase de poules, l’Uruguay a pu compter sur une défense de fer dirigée d’une main de maître par le gardien du Galatasaray. Il dispute sa quatrième Coupe du Monde, gage énorme d’expérience, et sait parfaitement gérer la pression inhérente aux gros matchs. Malheureusement, après un début d’exercice rêvé, il entérine l’élimination uruguayenne en quarts sur une flingue totalement inhabituelle dans son chef sur un envoi anodin d’Antoine Griezmann. Une faute de main malheureuse qui assomme définitivement une sélection qui éprouvait déjà énormément de difficultés à revenir au score. Cruelle désillusion et peut-être cruelle nomination (une tache sur le tableau de sa compétition, mais une tache indélébile tout de même) pour le portier de la Céleste, mais il fut le moins à son avantage lors de ce deuxième tour.

Nicolas Otamendi : auteur d’une très bonne saison en club après plusieurs assez irrégulières, le défenseur central de Manchester City s’est montré sensiblement fébrile tout au long du tournoi mais son point d’orgue fut très clairement le huitième de finale perdu contre la France. Qualifiée très chanceusement lors du dernier match de poules (et grâce à l’arbitrage vidéo qui a refusé un penalty évident pour le Nigeria peu avant le but victorieux de Marcos Rojo) avec une défense déjà bancale, l’Albiceleste a pris l’eau face aux Bleus en affichant une naïveté tactique et une (non-)organisation défensive catastrophique. On aurait pu citer ici la totalité des défenseurs argentins mais nous avons mis en lumière le leader de la ligne arrière, révélateur de la fébrilité de sa sélection. En retard sur la quasi totalité de ses interventions, il a commis énormément de fautes et a montré pas mal de gestes d’humeur, notamment en dégageant le ballon sur un Griezmann à terre (il avait déjà fait pareil sur Ivan Rakitic lors du match de poules contre la Croatie). Pas aidé par la montée au jeu à la mi-temps du lentissime Federico Fazio, il a dû multiplier sa zone de couverture, le rendant encore plus vulnérable. Il est passé complètement à côté de son Mondial, à l’image de sa sélection, bien que cela était plus que prévisible.

Javier Mascherano : [oui nous avons un peu triché : Javier Mascherano était aligné au poste de médian défensif mais il a longtemps évolué dans l’axe défensif, puis on fait ce qu’on veut après tout] il avait terminé sa période barcelonaise sur une saison plus compliquée avant de partir s’exiler en Chine, sa Coupe du Monde a démontré pourquoi. Héroïque lors du Mondial brésilien, jouant notamment la finale sous infiltrations après s’être déchiré l’anus sur un tacle en demi-finale, il a coulé en Russie des suites d’un physique plus au niveau. Souvent en retard dans ses interventions, il a perdu la plupart de ses duels et n’a pas eu le rendement de récupérations qu’on lui connaissait. Sa lenteur et son manque d’explosivité n’ont pas plaidé en sa faveur et il n’a pas non plus trouvé de renfort au près de sa technique limitée. Dépassé de tous les côtés, il a cristallisé la fébrilité argentine et n’a jamais été en mesure de stopper l’hémorragie. Le poids de l’âge s’est clairement fait ressentir et il n’a pas été aidé par des équipiers tous plus apathiques les uns que les autres. Dommage de terminer sa carrière internationale sur un tel revers.

Jan Vertonghen : à chaque fois on l’anticipe et à chaque fois cela se produit : malgré une excellente campagne belge, Jan Vertonghen a de nouveau joué au bord de la rupture, cassant même par moments. Recordman de caps pour son pays, le défenseur de Tottenham n’en reste pas moins fragile et peu rassurant lorsqu’il enfile la tunique belge. Il paraît toujours emprunté, peu concentré, agacé, pas concerné,… et il lui faut toujours un temps certain pour pleinement entrer dans ses rencontres. Malheureusement, les adversaires commencent à le cerner et n’hésitent pas à jouer sur cette faiblesse apparente, un problème de taille pour les Diables Rouges puisque Yannick Carrasco ne revient que très rarement suppléer son équipier. Fautif sur le premier but japonais et très peu à l’aise face à la France, le gaucher symbolise, avec le second, le gros point faible de la sélection belge, son flanc gauche. Sa place de titulaire n’a, jusqu’à présent, jamais été remise en cause mais la répétition de ses erreurs (rappelons qu’il était déjà fautif contre l’Algérie lors du premier match belge au Brésil il y a quatre ans et qu’il n’en est plus à son premier méfait) conjuguée aux bonnes prestations d’un étonnant Dedryck Boyata et d’un Thomas Vermaelen toujours capable de retrouver son niveau pourraient amener son sélectionneur à revoir la question. Heureusement qu’il inscrit son but chanceux contre les Samuraï Blue qui a permis aux Belges de se relancer sans quoi sa responsabilité de l’élimination aurait été clairement entamée.

Carlos Sanchez : auteur d’un départ catastrophique avec une exclusion après 2 minutes de jeu seulement lors du premier match des Ticos, les condamnant à une défaite inaugurale contre le Japon, il s’était quelque peu rattrapé en tenant la baraque face au Sénégal dans le match décisif mais a de nouveau flanché en huitièmes de finale contre l’Angleterre. Alors que les deux équipes se maîtrisaient et équilibraient le match, le milieu défensif de la Fiorentina a accroché, sur un corner anglais, Harry Kane d’une manière assez surprenante et spectaculaire. Montant sur le dos de l’avant de Tottenham comme s’il jouait à saute-moutons, il s’appuie de façon totalement absurde et ridicule sur son adversaire pour littéralement offrir le penalty aux Three Lions. Âgé de 32 ans, il a disputé plus de 450 matchs dans sa carrière et regorge d’expérience, ce qui devait le conduire à endosser un rôle de roc et de leader dans la ligne médiane colombienne, mais il s’est érigé comme le point faible de sa sélection. Trop nerveux et trop agressif, il a souvent abordé les duels de la mauvaise manière et s’y est souvent retrouvé dépassé. Mentalement étonnement à la ramasse, il aura péché dans sa zone défensive par deux énormes erreurs qui auront coûté aux Ticos dans ce Mondial. Il devait être l’assise solide d’une Colombie qui affichait de grandes ambitions, il s’est retrouvé l’élément déclencheur de sa chute dès les huitièmes de finale.

Mousa Dembélé : partie intégrante des énigmes du football, Mousa Dembélé s’est construit à 31 ans une jolie petite carrière mais celle-ci semble tellement minime voire « ratée » au vu de son incroyable talent (un vrai lui, pas comme l’émission) tant vanté par tous ses coéquipiers qui le citent sans exceptions parmi les meilleurs joueurs avec lesquels ils aient évolué. Encensé pour ses qualités techniques exceptionnelles, l’Anversois brille lors des séances d’entraînement mais ne parvient pas à concrétiser ses dispositions sur le terrain. Ce constat est d’autant plus vrai que ses rencontres au niveau avec le maillot belge se compte sur les doigts d’un doigt, au contraire de certaines avec Tottenham qu’il aura mouillé de sa classe, notamment ce quart de finale de Ligue des Champions contre la Juventus. Toujours est-il que l’irrégulier médian belge a reçu sa chance deux fois lors de ce tournoi mondial et qu’il ne fut une nouvelle fois pas au niveau attendu : après une partie moyenne lors du match de placement contre l’Angleterre B, Roberto Martinez a tenté un coup tactique en l’alignant contre la France aux côtés d’Axel Witsel et Marouane Fellaini. Très peu à son aise, il a perdu un nombre très inhabituel de ballons et n’en a récupéré presque aucun. Mou et peu réactif, il n’a jamais semblé concerné par le match ni son enjeu et a déjoué d’une rare manière, forçant son entraîneur à le sortir rapidement en deuxième période. Nombre d’occasions françaises, surtout en première mi-temps, ont été rendues possibles par sa passivité ou son manque de rigueur défensive. Un tournoi à oublier au plus vite et des prestations tout de même inquiétantes pour un joueur trentenaire qui ne parvient toujours pas à gagner en régularité malgré tant de promesses et de possibilités.

Neymar : blessé en mars lors du classico et lancé dans un contre-la-montre terrible qui a tenu la planète foot en haleine, la star du Brésil n’a que très peu répondu aux attentes. Malgré plusieurs matchs amicaux quelque peu rassurants, le joueur du PSG est arrivé en Russie en forme mentale mais en manque de rythme et de temps de jeu. Complètement invisible lors du match initial contre la Suisse, dû au match absolument magistral de Valon Behrami en marquage individuel, il s’est réveillé dans les tous derniers instants contre le Costa Rica pour offrir la victoire à la Selecçao. Moins emprunté contre la Serbie, il a semblé donner des signes d’améliorations en huitièmes de finale face au Mexique mais il a vécu une véritable traversée du désert face aux Diables Rouges au tour suivant. Éteint face à Thomas Meunier, son coéquipier au PSG, il aura énormément à un Brésil en manque d’idées et n’aura su apporter un peu de folie que lors de son replacement dans l’axe. Connu pour ses plongeons exagérés et ses simulations grossières, Neymar nous a offert durant l’entièreté de ses rencontres la palette complète du parfait tricheur jusqu’à en oublier de jouer et de porter son équipe. Plus énervant que jamais, il a semblé plus souvent à terre qu’en possession du ballon et s’est fait railler par ses propres supporters (un barman brésilien avait invité ses clients à venir assister aux matchs de la Selecçao lors desquels il offrait une tournée générale chaque fois que Neymar se retrouvait au sol) avant que la planète foot entière ne lui emboîte le pas, certains clubs organisant même des  »ateliers Neymar » pour apprendre à simuler. Triste pour un joueur si talentueux qui sera, une fois de plus, retombé dans ses travers : atteindra-t-il un jour l’âge de maturité?

Yannick Carrasco : grande inconnue côté belge depuis son transfert en Chine au Dalian Yifang, Yannick Carrasco a confirmé les doutes et les craintes de ses supporters en s’érigeant comme le flop belge en Russie. Aligné à une place qui n’est pas la sienne, il a énormément souffert du manque de niveau de son championnat et semblait souvent trop juste physiquement. L’ancien Monégasque possède de réelles qualités offensives et de percussions mais ses lacunes défensives ont toujours parus bien trop profondes pour occuper tout le flanc gauche. De plus, sa mentalité a déjà été pointée du doigt et il avait perdu sa place à l’Atletico Madrid à cause de problèmes similaires, Diego Simeone lui reprochant de ne pas se donner assez en zone défensive. Il a commencé son Mondial par un match terne face au faible Panama avant de réaliser sa meilleure performance contre la Tunisie dans un match où la Belgique n’a cessé d’attaquer, le libérant quelque peu de ses obligations défensives. Laissé au repos contre l’Angleterre en troisième match de poules, il retrouve sa place contre le Japon et livre l’une de ses pires prestations : n’apportant absolument rien offensivement et se retrouvant à chaque fois hors position lors des replis défensifs, les deux buts japonais viennent de son côté qu’il avait laissé libre. Sorti assez tôt dans le match par Roberto Martinez, il assiste depuis le banc à la montée en grade d’un Nacer Chadli étonnant de facilité malgré un manque de rythme et de matchs évidents en raison de sa longue blessure qui ne lâchera plus sa place. Il ne foulera plus les terrains russes et semble avoir définitivement perdu sa place au profit du Liégeois, bonne surprise lui du Mondial belge.

Antoine Griezmann : il avait éclaboussé l’Euro 2016 en terminant meilleur buteur et meilleur joueur du tournoi avant de confirmer en club avec l’Atletico Madrid et de gagner l’Europa League juste avant cette Coupe du Monde, mais il aura traversé ce Mondial d’une transparence inquiétante pour un joueur de son niveau. Autoproclamé comme l’un des meilleurs joueurs du monde, le Français est un pur attaquant de rupture positionné derrière une pointe et alternant les percées entre les lignes ou les frappes lointaines. Redouté de toutes les défenses mondiales, l’ancien joueur de la Real Sociedad est passé complètement à côté de son tournoi, se montrant incapable de créer du danger ou de porter son équipe. Auteur de 6 buts lors de l’Euro 2016 dont presque la totalité de plein jeu, il n’en a au final inscrit que deux de moins en Russie mais c’est la manière qui diffère fortement : trois penaltys et un seul (demi-)but de plein jeu sur une flingue de Fernando Muslera sur une frappe anodine. Le jeu défensif des Bleus ne l’a pas non plus aidé à se mettre en valeur tant son rôle se résumait à celui de relanceur en contre-attaques pour faire sublimer la vitesse de Kylian Mbappé. Malgré le titre mondial et la réussite finale de l’Équipe de France, on ne peut pas considérer la Coupe du Monde d’Antoine Griezmann comme réussie personnellement au vu du niveau de ses prestations.

Gabriel Jesus : auteur d’un exercice plus que réussi avec Manchester City, le jeune attaquant brésilien s’annonçait comme l’arme offensive qu’il manquait à la Selecçao depuis la retraite du légendaire Ronaldo Nazario et avait pris le pas sur Roberto Firmino, finaliste de la Ligue des Champions avec Liverpool, pour la place de titulaire. Malheureusement, les promesses se sont vite transformées en déception tant la jeune pépite Citizen est passée à côté de son Mondial. Impuissant face aux expérimentés défenseurs adverses, incapable de créer la moindre brèche dans l’axe et inapte à occupe la pointe de l’attaque brésilienne, il fut transparent tout au long du parcours de sa sélection et n’a pas su se remettre en question ni se transfigurer. Sa vitesse fut très bien maîtrisée par des blocs bas diminuant les espaces derrière et, à l’instar de Timo Werner, il n’a pas semblé capable de proposer une autre facette de son jeu, trop basé sur son explosivité et sa pointe de vitesse. Apathique et trop frêle, il n’a remporté presqu’aucun duel et n’a jamais réussi à créer de décalage pour ses équipiers. Son inefficacité et son manque de confiance se sont trouvés décuplés par la volonté aveugle de son sélectionneur de continuer à l’aligner malgré des prestations peu convaincantes et un Roberto Firmino toujours meilleur lorsqu’il montait au jeu (pourquoi Tite n’a-t-il d’ailleurs jamais titularisé le joueur de Liverpool?). Peut-être dépassé par la mesure de l’événement ou par la pression populaire, il n’aura pas su tirer son épingle du jeu et symbolise un des facteurs de l’échec brésilien, le manque de réalisme et de créativité offensifs. Absent aussi bien lors du premier tour que du deuxième, il est encore jeune et devrait, on l’espère, arriver plus mûr et plus consistant lors du Mondial qatari dans 4 ans.

Harry Kane : auteur de 5 buts en trois matchs lors de la phase de poules, Harry Kane s’érigeait comme le futur soulier d’or du tournoi mais, si il termine bien à la place de meilleur buteur, son niveau aura chuté drastiquement avec un seul but inscrit sur 4 matchs disputés lors de la phase à élimination directe. Mais plus encore que la perte de son réalisme offensif, c’est son impact sur le jeu qui s’est montré inquiétant avec des prestations transparentes. Gagnant peu de duels, il n’a plus su assumer son rôle de pivot et n’aura presque jamais réussi à créer un décalage ou amener du danger. Nous mettions en lumière lors de notre top de la phase de groupes, au sein duquel figurait l’attaquant de Tottenham, que l’on ne pourrait réellement juger de la Coupe du Monde de l’Anglais qu’à partir des huitièmes de finale, lorsqu’il subirait un marquage plus strict que celui des défenses tunisiennes et panaméennes, nous ne nous étions pas trompés. Son unique but lors du deuxième tour, contre la Colombie en huitièmes de finale, tombe sur un penalty totalement offert par Carlos Sanchez (dont nous venons de parler plus haut) pour une faute grotesque et grossière. Sans ce cadeau du médian de la Fiorentina, on ne voit pas comment le buteur des Three Lions aurait inscrit le moindre pion dans ce match. Peut-être arrivé à la fin d’un cycle à Tottenham, Harry Kane semble montrer des envies de départ pour rejoindre un club du top européen et comptait sur ce Mondial russe pour attirer les convoitises et se mettre en lumière. Après un bon départ au niveau des statistiques, il aura montré, au long du tournoi, ses limites en terme de démarquage et de mobilité sur le front de l’attaque, des éléments très importants aux yeux des dirigeants du Real qui gardaient un œil sur lui. Bien partie, la Coupe du Monde de l’Hurrykane s’est peut-être finalement transformée en désaveu pour le buteur de Tottenham et pourrait lui coûter un transfert au plus haut niveau.

Bonus, notre équipe « Coup de cœur »


ALVARRO, Mina & Esteban

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