Techniciens, automaticiens : les petites mains oubliées de nos industries

Techniciens, automaticiens : les petites mains oubliées de nos industries

Lorsque l’on considère le paysage visuel de nos grandes villes wallonnes, on ne peut nier l’héritage encore fort présent de la Révolution industrielle. Si nos industries encore en activité sont plus nombreuses qu’en Flandre, alimentant ainsi l’imaginaire d’un retard de transition par rapport au nord du pays, il faut cependant noter qu’elles tendent à la modernisation (améliorations techniques, autonomie à la production,…). Mais contrairement, au lieu commun qui voudrait que la machine remplace invariablement l’homme, certains acteurs restent nécessaires au bon fonctionnement de nos usines. Plongée au cœur de la réalité de ces oubliés.

Malgré l’heure matinale, le soleil darde déjà de ses rayons les allées poussiéreuses menant à la cafétéria commune. Le chef de chantier y énumère les tâches à accomplir tout en discutant avec ses hommes. Ici, on ne lésine pas sur le travail : plus tôt la journée commence, plus tôt elle peut se terminer.
Dans cette usine spécialisée dans le coulage de béton, les ouvriers travaillent sur les différentes étapes de la production. Ils sont indépendants et le patron de l’entreprise les appelle en cas de besoin.
Aujourd’hui, des problèmes informatiques bloquent la production, les obligeant, en attendant l’intervention de l’automaticien, à assurer les tâches qui peuvent être réalisées manuellement.

Paramétrage des machines
Les innombrables tapis et rouleaux au dessus de nos têtes sont le témoin d’un véritable réseau en série permettant l’acheminement des matériaux. C’est justement au sein de ce réseau qu’il faut intervenir : les tapis censés transvaser le béton ne démarrent plus, stoppant inévitablement le trafic des matériaux.
Avant de commencer l’intervention, il faut comprendre pourquoi le système ne fonctionne plus. Il s’agit d’un problème de coordination des tapis lors du passage du mode automatique au mode manuel : les temps de démarrage des tapis se sont superposés et la machine, par mesure de sécurité, a bloqué le système entier.

Une fois les paramètres modifiés et les séquences recoordonnées pour éviter la surcharge, nous passons à une deuxième machine, à l’arrêt également mais ne faisant pas partie de la chaîne précédente.
Cette couleuse à béton a subi des améliorations mais sa complexité nécessite de nouvelles interventions : son programme d’automation est en allemand et les plans ont été volés voici plusieurs années. Un nouveau capteur a été installé mais il faut encore trouver un pont entre l’ancien et le nouveau système et l’algorithme de calcul est complètement déréglé. Si l’automate reste à l’arrêt plus longtemps, il ne peut plus assurer la production de béton et entraînera des retards de livraison.

Sans plans, il ne suffit plus d’uniquement corriger les erreurs de la machine, il faut également en comprendre le fonctionnement afin de trouver les solutions adéquates. Pour cela, des connaissances en électricité, hydraulique (la force utilisée par les machines) et automation sont nécessaires aux techniciens et ceux-ci se doivent dès lors d’être qualifiés.
C’est cette qualification qui pousse le patron de l’entreprise à les recruter. Son domaine c’est la gestion d’entreprise et il est incapable d’effectuer leur travail, il ne saurait palier à ces problèmes. Il a besoin de ces hommes pour faire fonctionner ses machines qui sinon resteraient à l’arrêt.
Bien conscients de ce fait, ils acceptent leur situation professionnelle : s’ils reconnaissent que leur travail est pénible, ils ne s’en plaignent pas ( »aucun travail n’est facile »,  »tout travail est dangereux »).

Organisation de la gestion du site
Les deux interventions terminées, l’usine peut repartir et nous nous rendons sur un autre site, celui d’un groupe de collection et de distribution de céréales. L’automation est appelée en renfort car les commandes d’adaptation des cuves céréalières ne s’opèrent plus correctement. Un élévateur y permettant la régulation du flux refuse de passer en mode automatique, ce qui oblige les ouvriers à gérer tout manuellement.
Lors de l’intervention, un problème plus important encore est mis en avant : le programme de gestion du site entier se trouve en surchauffe perpétuelle. Il faut alors reformater une partie des ordinateurs et débrancher certaines alimentations trop gourmandes.

Il faudra tout le reste de la journée pour récupérer le contrôle total du site, d’autres problèmes s’étant manifestés entre temps.
L’usine était heureusement à l’arrêt pour une semaine lorsque la coordination s’est montrée défaillante. Si aucune solution n’avait été trouvée avant la relance de l’entreprise, seule la moitié du site aurait pu fonctionner et son organisation aurait été délicate.

Cette journée dans le quotidien des techniciens, des ouvriers et des automaticiens permet de se rendre compte de l’envers du décor de nos grandes industries. Elle met en évidence les petites mains auxquelles personne ne pense et dont personne ne parle qui en rendent possible le bon fonctionnement.
Nos usines ce ne sont pas que des machines autonomes, ce sont aussi et surtout des hommes qui les rendent effectives.

ALVARRO

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