Playlist du mois #3 (mai 2018)

Playlist du mois #3 (mai 2018)

Conformément au titre de l’article, la rédaction de Journa’Lîdje publiera mensuellement une playlist musicale qui reprendra les chansons qui les auront le plus marqués le mois précédent. Plus encore qu’une simple liste, une courte description ou analyse sera proposée pour chaque son.
Les playlists seront divisées en trois parties, chacune étant la playlist personnelle d’un des trois rédacteurs en chef du site. L’ordre des chansons n’est pas représentatif d’une quelconque hiérarchie, seul un coup de cœur sera mis en évidence par section.
Ces publications mensuelles ont pour but le partage et la possibilité de découvertes musicales.

Playlist d’ALVARRO :

  • [Coup de cœur] Maintenant (Jok’Air – Jok’Rambo) : après trois EP, Jok’Air a sorti le 25 mai son premier album intitulé Jok’Rambo. Comme les faces A et B des vinyles, on peut diviser l’album en deux parties, une orientée plutôt sur la vibe et l’autre sur la revendication et la critique (bien que l’on retrouve de la critique sur tous les morceaux).
    Maintenant se situe dans la première partie et met l’accent sur la réussite actuelle du rappeur. Il ne faut cependant pas l’y restreindre puisque Jok’Air ne cesse de la mettre en contradiction avec son ancienne pauvreté (tout au long de ses morceaux, le rappeur français explique d’ailleurs que c’est cette ancienne situation qui a fait l’homme qu’il est aujourd’hui). Dès le début, il est fait mention de la santé de sa mère et du cannabis qui l’a aidé à surpasser ces problèmes. Les trahisons de son ancienne vie (femme, amis et inconnus) lui ont apprit à ne plus faire confiance aux gens et à tout donner pour la seule chose qui compte, la famille. Le refrain, qui reflète le sens de la chanson, est un rappel de sa réussite à ceux qui l’ont laissé tomber et à son ex qui est partie avec un autre pendant ses tournées (comme il l’expliquait dans Abdomen). On pointera également la référence au morceau Petit frère d’IAM dans la première ligne.
    La basse qui fait la mélodie du morceau est légère et délicieuse le rendant aérien, alors que le synthé en fond sur le doublé de refrain rajoute une puissance au propos. Le choix d’une voix très maîtrisée (en raison des cours de chant que Jok’Air a pris pour l’album) aux pointes aiguës plutôt qu’une voix  »classique » de rappeur crée une réelle harmonie générale. Le flow mi-chuchoté mi-plaintif amène un relief trop peu répandu dans l’univers hip-hop.
    Après plusieurs morceaux un peu décevants, suite à un premier EP très prometteur, Jok’Air revient avec un projet solide et convainquant qui fera l’objet d’une analyse future sur le site. Maintenant est un morceau qui illustre parfaitement le retour au premier plan de Big Daddy Jok mais également la variété musicale dont il peut faire preuve, capable aussi bien d’allier kickage et musique trap que vibe et sonorités aériennes. Un excellent morceau à écouter le soir en se promenant sous les étoiles.

  • Paradise (Lefa feat Lomepal – 3 du mat) : après une pause de plusieurs années pour se consacrer à sa religion, Lefa est revenu dans la musique en 2016 avec son premier album Monsieur Fall. Deux ans plus tard, l’ancien membre de la Sexion d’Assaut sort 3 du mat, son troisième album solo sur lequel on retrouve le morceau Paradise en collaboration avec Lomepal.
    L’idée principale du morceau tourne autour de la notion de paradis fictif amoureux. Dans les deux cas, ils s’étaient engagés dans leur relation pour laquelle ils auraient tout fait, mais leur compagne n’était pas sincère, le paradis qu’elle leur faisait miroiter n’était qu’une façade. Si le sujet n’est pas des plus original, il est traité de manière légère, sans vulgarités ni insultes mais plein de métaphores, sans rancœurs.
    On notera principalement deux bonnes idées. Tout d’abord, le choix de Lomepal en featuring. Si il est bien un rappeur qui est passé maître dans l’art de parler des relations amoureuses de manière intelligente et métaphorique, c’est bien lui et ce choix n’en est que plus légitime et bénéfique. Ensuite, la construction du clip comme métaphore visuelle du texte : on y voit Lefa se promener en décapotable avec sa compagne mais, au moment de s’embrasser, elle se détourne pour se faire belle ailleurs tandis que Lomepal quant à lui se trouve sur une plage paradisiaque. Mais petit à petit, au fil des paroles, il arrête de chanter, la caméra prend du recul et on se rend compte que la plage n’était qu’un spot de pub. Métaphore de l’écran de fumée amoureux.

  • Habitué (Dosseh – VIDALO$$A) : premier extrait du deuxième album de Dosseh intitulé VIDALO$$A, le titre Habitué est une introspection du rappeur orléanais sur fond de problèmes perpétuels. Le piano très mélancolique et le ton légèrement dépité du flow rajoutent une profondeur aux états d’âme du texte. L’autotune sur la partie chantée à la fin est bien géré.
    Dosseh fait la liste des souffrances qu’il a toujours du essuyer. Mais au lieu de se lamenter sur son sort, il en tire un espoir en expliquant que c’est justement cela qui a fait de lui ce qu’il est. Le rappeur la décrit d’ailleurs comme un hymne à l’espoir, ce sont les difficultés qui nous forgent. Les thèmes toujours actuels de la glorification de l’argent, du racisme et des colonies, de la jalousie et des personnes intéressées ainsi que la confidence de la perte d’un proche touchent au pathos puisqu’ils vont chercher des notions qui concernent tout le monde.
    Un Dosseh à cœur ouvert et en toute simplicité que l’on aime apprécier. À noter : l’écho sur les paroles donne une profondeur et une résonance aux paroles, et offre un rendu assez cool.

  • Nénuphar (Lord Esperanza – single) : si vous suivez les playlist du mois, vous remarquerez que l’on parlera sûrement beaucoup de Lord (il faisait déjà partie de la playlist précédente, dans les bonus). Ce n’est pas que nous en faisons une condition, mais ce jeune rappeur de 21 ans est bourré de talent et nous offre à chaque fois une partition nouvelle. Nénuphar ne déroge pas à la règle puisque, loin de son traditionnel rap saccadé engagé ou egotrip, il relève bien plus d’une capsule poétique et légère.
    Le titre tient de l’idée de critique de notre nature humaine (les êtres supposés intelligents qui ne peuvent s’empêcher de faire le mal) et du rappel de notre caractère infime du point de vue de l’univers. Le propos est une métaphore d’une relation amoureuse qui s’est terminée (ou est en train) malgré le fait que l’amour soit la condition principale de l’homme. Il nous parle de problèmes d’égo, de souvenirs de relations précédentes ou de personne qui ne se connaît pas vraiment pour en expliquer l’échec.
    Chanson hors du temps, notamment grâce au côté très cosmique et planant de la prod, Nénuphar est une nouvelle perle signée Lord Esperanza, comme chaque fois qu’il se détourne de son (excellent au demeurant) habituel rap saccadé.

  • Capricorne (Lorage – single) : le jeune artiste de 24 ans le confie lui-même, il écrit dans un but thérapeutique. Très peu pudique dans ses textes, il conçoit l’écriture comme porteuses de vertus bénéfiques et n’hésite donc pas à s’y livrer.
    Pour ce nouveau morceau, Lorage a pris le parti de parler de son ancienne relation amoureuse (apparemment c’est la période), mais sans pour autant se montrer revanchard ni condescendant envers son ex-partenaire. Il s’agit presque plutôt d’une ode à celle-ci puisqu’il explique ne pas pouvoir se détacher ni d’elle ni des souvenirs qu’il garde. Il ne sait toujours pas accepter les excuses de la rupture car il ne sait pas tourner la page et qu’il la croise tout le temps en ville.
    Sa carrière ne fait encore que commencer mais, pareillement à Lonepsi, Lorage nous propose un personnage lyriciste possédant un sens certain de la poésie. Même si la prod reste fort classique voire mineure, le potentiel est intéressant et l’on attend de voir l’évolution qu’il nous proposera. Une bonne petite entrée en matière.

Pour les curieux : si vous êtes amateur de punchlines, de jeux de mots ou de métaphores et que le kickage pur  »à l’ancienne » vous manque parfois, n’hésitez pas à aller faire un tour sur l’album Accusé de rélfexion de Davodka. Mais puisque l’album est déjà sorti depuis un petit moment, on vous propose plus spécifiquement le morceau Mine antipersonnelle qui vient d’être mis en ligne par le rappeur. On aime parce que les références cinématographiques, de Stalingrad à Usual Suspect, sont nombreuses et que Davodka se prône haut et fort comme artiste indépendant (artistes indépendants qu’il met d’ailleurs en avant dans tous ses sons) et non pas comme un numéro formaté de l’industrie musicale.
On voulait à la base parler du morceau This Is America de Childish Gambino dont le clip a beaucoup fait parler car nous voulions proposer une analyse des concepts, des idées et des métaphores présentes dans le clip. Mais entre temps, un certain nombre a déjà éclos sur le net, à la tv ou dans la presse et nous ne voulions ni noyer le sujet ni se faire redondants sur certains points. Nous invitons dès lors ceux qui n’ont pas trop suivi l’affaire (ou même ceux qui l’ont suivi mais que cela intéresse) à aller checker l’excellente analyse vidéo réalisée par nos collègues journalistes de la RTBF pour leur émission Views.
Cela va déjà faire 6 mois qu’elle est sortie mais on ne s’en lasse pas, et ce mois-ci on a décidé de la mettre dans les bonus parce qu’on l’a beaucoup réécoutée durant ce beau mois de mai. Cette chanson c’est Pareil de Ben’Do. Une ode à l’affirmation de soi et un support pour tous ceux qui veulent baisser les bras (tiens tiens, une chanson comme ça beaucoup écoutée en période d’examens, bizarre vous avez dit?) portés par une voix rauque surpuissante lui proférant une profondeur et une résonance assez terrible. Un énorme kiff !

 

Playlist de Mina:

  • [Coup de coeur] Fall in Line (Christina Aguilera et Demi Lovato – Liberation): Christina Aguilera revient avec un nouvel album et en attendant sa sortie la chanteuse a déjà diffusé trois titres : Twice, Accelerate et Fall in Line.
    « Ne rentrez jamais dans le rang », tel est le message de la chanson. Elle traite aussi bien de l’émancipation des femmes, d’oser faire entendre sa voix que d’affirmer ses différences.
    Les voix de « divas » de Christina Aguilera et de Demi Lovato s’accordent parfaitement pour donner de la puissance à la chanson. Le rythme très lent et l’amplitude des basses renforcent la puissance des voix, rendant le message de la chanson plus profond.

  • Start Again (OneRepublic feat. Logic – single): Start Again est un duo entre OneRepublic et le rappeur Logic pour la Bande Originale de la saison 2 de 13 Reasons Why.
    La chanson parle de l’espoir de pouvoir revenir en arrière et de recommencer à zéro, d’être capable d’effacer ses erreurs.
    Malgré un côté sombre assumé, le groove présent compense et ajoute une vibe assez entrainante. La partie de Logic amène quant à elle du peps à la chanson.
    Seul « bémol », le fond rythmique ressemble assez (trop?) fort à celui de Counting Stars, leur tube de 2013.

  • Almost Forgot (Against The Current – ATC2): Connu dans un premier temps pour ses reprises sur Youtube, le groupe pop-rock américain sortira son deuxième album dans le courant de l’année. L’album n’a pas encore de nom officiel et est surnommé « ATC2 » en référence à l’acronyme du groupe. Sur une mélodie assez légère très pop, Almost Forgot fait une rétrospective sur une relation qui a échoué et explique que le temps efface parfois les mauvais souvenirs.

  • Dans la nuit (Cœur de Pirate feat. Loud – En cas de tempête, ce jardin sera fermé.):  Pour ses 10 ans de carrière, Cœur de Pirate lance son 4ème album intitulé En cas de tempête, ce jardin sera fermé. sur lequel on retrouve Loud en featuring.
    Comme elle l’a révélé elle-même sur Twitter, la chanson parle du fait de s’endormir en boîte de nuit (fait qui lui est réellement arrivé). Plus largement, il s’agit d’une métaphore du côté éphémère du monde de la nuit et l’affirmation de la peur de vieillir.
    Au niveau de la mélodie, on notera principalement la basse électronique accrocheuse et le snare très rythmé en fond qui permet de nous garder attentif. Dès le début du couplet de Loud, deux choses frappent : le décalage important entre les voix des deux chanteurs apportent du relief et un effet miroir au propos, tandis que la disynchronie entre la voix grave de Loud et la douceur de la mélodie crée une opposition qui n’est pas sans déplaire. Il faut tout de même épingler un bémol : le réglage mal effectué du rapport voix/musique lors du refrain, la voix de Cœur de Pirate est, par moments, presque totalement écrasée par le niveau sonore de la mélodie.

  • All the Time (The Kooks – Let’s Go Sunshine): Le groupe britannique est sur le point de sortir son quatrième album, cependant deux titres ont déjà été divulgués, All the Time et No Pressure.
    All the Time aborde le fait de vouloir la personne que l’on désire tout le temps à ses côtés (décidément, c’est bien la période des chansons sur les relations amoureuses).
    La mélodie faussement lente est très entraînante et le son est typique de la musique pop-rock britannique. Malgré le côté répétitif du refrain, le morceau reste entrainant et fort sympathique.

A écouter aussi:
Adolescente Pirate (Léa Paci – Chapitre 1): sortie en 2017, Léa Paci prend tardivement sa place à la radio (à tort). Entre pop et électro, la chanson est un hymne à l’insouciance, cri d’une adolescente qui découvre les désillusions que réserve la vie.

Playlist d’Esteban :

  • [Coup de cœur] Love Is Bigger Than Anything In Its Way (U2 – Songs of Experience) : Qui peut sincèrement détester U2 ? Véritables philantropes au service des causes les plus nobles, les membres du groupe de rock irlandais le plus populaire au monde n’ont pas pris une ride depuis leurs débuts dans les années 70. Traversant les âges, le phénomène U2 n’a pas fini de surprendre. Quant au morceau présenté ici, il leur colle à la peau : on y retrouve la puissante voix de Bono au service d’un texte traitant implicitement l’actuelle (éternelle ?) question de l’amour homosexuel et de la transidentité. Le tout accompagné d’une mélodie qui ne met qu’une fraction de seconde à rester dans la tête. Un seul regret : la façon un peu trop simpliste qu’a le clip d’aborder le sujet évoqué plus haut, se contentant de plans frontaux sur des individus qui se bornent à sourire bêtement.

  • Four Out Of Five (Artic Monkeys – Tranquility Base Hotel & Casino) : Annonçant un retour fort attendu, ce morceau marque un nouveau tournant dans la carrière du groupe britannique : il délaisse les éminents riffs de rock pour des arrangements plus jazzy, sur lesquels l’irremplaçable voix d’Alex Turner prend un certain plaisir à chanter sa ballade à la manière d’un Bowie ou d’un Gainsbourg, dont il revendique d’ailleurs l’influence dans la création de l’album. Voilà un air à écouter dans un certain calme, à contempler des oreilles, mais surtout, à consommer sans aucune modération.

  • Midi (Minuit) (BB Brunes – Puzzle) : On les surnomme quelques fois les Arctic Monkeys français, quelle coïncidence ! On vous laisse le souhait de juger de la qualité de la comparaison. Toujours est-il que les BB Brunes ont eux-aussi choisi de prendre un virage musical dans la confection de leur nouvel album Puzzle, dont le titre est à l’image des différents morceaux, en particulier celui-ci puisque son titre a été fragmenté en 2 clips, 2 pièces homogènes à assembler, et qui représentent le même single note pour note. Un choix qu’on pourrait qualifier d’intéressant s’il avait réellement du sens, seulement, on a beau se creuser les méninges, on n’a toujours pas compris la signification de ces deux clips vidéos, si jamais vous avez une explication on est preneurs ! Pour ce qui est de la mélodie, on est séduits, et on espère qu’elle vous fera bouger autant que nous !

  • What I Miss Most (Calum Scott – Only Human) : Une mélodie élégante, une voix charismatique et posée, comme quoi il en faut parfois peu pour apaiser les oreilles, donc rangez les orchestres symphoniques et les sopranos au placard le temps de quelques minutes, et laissez Calum Scott vous emmener dans sa folle complainte sur le thème du manque. Le pauvre, il souffre, ça s’entend.

  • Quarter Past Midnight (Bastille – single) : Qu’est-ce qui fait qu’un morceau de Bastille fonctionne toujours aussi bien ? Les accords, les choeurs, la rythmique, tout est toujours agencé de telle manière qu’on ne peut que prendre le train en marche et accompagner le chant à coups de « Eeeeeh ! Eeeeeh! ». C’est peut-être le seul groupe auquel on pardonnera le meublage des refrains par ces fameuses onomatopées que les chanteurs pop affectionnent tant.

 

ALVARRO, Mina & Esteban

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