Que penser de la sélection belge pour le Mondial?

Que penser de la sélection belge pour le Mondial?

Lundi 21 mai 2018, Roberto Martinez se présentait au centre d’entraînement de Tubize, quartier général de la sélection belge, pour divulguer le nom des 23 joueurs sélectionnés pour disputer la Coupe du Monde en Russie.
Mais il était écrit que cette conférence de presse ne devait pas se passer comme prévu et que les surprises seraient nombreuses. Avant d’entrer plus en détail sur les choix opérés, notons tout d’abord qu’au lieu des 23 noms attendus, le sélectionneur belge a dévoilé une liste de 28 joueurs, se préservant ainsi une marge de 5 joueurs à sortir de l’équipe pour la date butoir du 4 juin. Ceci a pour conséquence que ces 5 joueurs surnuméraires se sont entraînés avec le groupe avant d’en être écartés, une situation psychologique pas idéale pour ces 5 déçus.
Depuis, la liste a été réduite aux 23 joueurs qui disputeront le mondial auxquels il faut ajouter Laurent Ciman en tant que suppléant médical.
Mais plus largement, cette liste est en proie à de nombreuses controverses, suscite d’innombrables commentaires et soulève des problèmes internes à la structure mise en place par Roberto Martinez.

Des choix surprenants, certains décevants
On ne peut évidemment pas passer à côté de la non-sélection de Radja Nainggolan pour le Mondial russe. Si le divorce entre le joueur romain et le sélectionneur national était entamé depuis un moment déjà, la situation semblait s’être arrangée ces derniers temps. On s’accordait presque tous à dire que, si Nainggolan ne serait sûrement pas titulaire en Russie, sa participation au Mondial devait normalement être acquise, Roberto Martinez ayant pris connaissance de la pression populaire lors des non-sélections du hargneux milieu de terrain. Cependant, la rumeur de la non-reprise de Radja avait filtré la veille de l’annonce de la sélection dans la presse flamande, mais personne n’osait alors y croire. Pourtant, le lendemain midi, le couperet tombe, Radja Nainggolan ne sera pas du voyage.
Ne nous attardons pas ici (voir plus loin) sur les raisons « purement tactiques » énoncées par le sélectionneur (tout le monde sait qu’elles ne sont qu’un faux prétexte) et concentrons nous plutôt sur les conséquences sportives de ce choix, et d’autres posés par le coach espagnol.

Tous les observateurs de foot sont unanimes : Radja Nainggolan est un joueur au profil unique (surtout en équipe nationale) et est régulièrement cité parmi les meilleurs milieux de terrain du monde. Son apport à l’AS Roma (il en est le vice-capitaine) est indéniable et ses prestations sous le maillot belge n’ont jamais déçues. Sur le terrain, il a démontré lors de l’Euro que l’on ne pouvait se passer de son profil d’ouvre-boîte avec ses buts inscrits (le seul du match contre la Suède alors que la Belgique peinait à marquer et l’ouverture du score contre le chat noir gallois de notre équipe belge).
Ces deux exemples sont les preuves les plus parfaites de l’irremplaçabilité du médian romain. En effet, lorsqu’Eden Hazard est enfermé et que Kévin De Bruyne n’est pas dans un bon jour (ce qui arrive trop souvent chez les Diables), nous ne sommes pas capables d’accélérer le jeu ni de créer de l’espace dans les défenses renforcées et la solution doit pouvoir venir de la deuxième ligne. Malheureusement, aucun de nos milieux de terrain n’en sont capables, à l’exception de Nainggolan. Il est le seul qui puisse débloquer depuis l’arrière une rencontre d’une frappe lointaine, d’une percée offensive ou d’une passe lumineuse.
Ne pas sélectionner le Ninja, c’est prendre le risque de s’exposer au piège que ne manqueront pas de nous tendre nos adversaires (tout le monde a vu que les Diables éprouvent des difficultés face aux équipes qui défendent bas en bloc). Il faudra dès lors faire attention à la Tunisie qui jouera avec un cœur énorme au nom de toute la nation. Mais si cet obstacle reste encore mineur et que la Belgique passera l’écueil des poules, on l’espère, assez facilement, l’absence d’un véritable ouvre-boîte risque fortement de condamner les chances de voir notre équipe nationale aller plus loin dans la compétition.

Il était une récurrence dans les sélections de Martinez, elle se confirme ici encore : le coach espagnol a encore repris 4 gardiens. Si Thibaut Courtois et Simon Mignolet n’ont plus besoin de plaider leur cause, c’est le poste de 3è gardien qu’il restait à définir. Et c’est justement parce que le sélectionneur fédéral n’avait pas encore choisi qu’il a appelé tant Matz Sels que Koen Casteels.
Si le second nommé devrait remporter son duel avec le portier anderlechtois (il a été élu meilleur gardien de Bundesliga alors que son équipe s’est sauvée en barrages), cette incertitude pose avant tout un problème numéraire dans l’effectif. En effet, il empêche la sélection d’un joueur de champ et ne permet ainsi pas le doublement des postes, réalité que Martinez n’a cessé de considérer comme prioritaire. Il ne pourra ainsi pas tester ni en match ni à l’entraînement d’autres options aux postes critiques ou dépourvus de doublures.
Situation cocasse : malgré la sélection de 4 gardiens, Davino Verhulst (Lokeren) a dû être appelé en renfort pour participer aux entraînements des Diables (qui n’avaient pas de gardien avec lequel s’entraîner) en attendant l’arrivée des gardiens nationaux.
Entre temps, c’est Matz Sels qui a été éloigné de la sélection finale pour laisser la place au trio attendu. Mais la hiérarchie au sein de ce trio peut peut-être, elle, amener à surprendre. En effet, lorsque Thibaut Courtois a été touché au poignet lors du match amical face au Portugal, c’est bel et bien Koen Casteels et pas Simon Mignolet qui s’est échauffé pour monter au jeu en cas de besoin.

Enfin, on notera les erreurs de « casting » liées aux formes diverses de chacun. Nous allons les lister sous trois prismes différents.

  • les blessés, en revalidation ou en retours de blessure : Michy Batshuayi revient seulement de blessure alors que Thomas Vermaelen et Vincent Kompany sont encore blessés. Kompany s’est d’ailleurs blessé à nouveau après 60 minutes contre le Portugal. Tous ces joueurs font parties de la liste de Martinez

  • les joueurs en manque de temps de jeu : Nacer Chadli n’a joué que 40 minutes en 2018, Toby Alderweireld a été longtemps écarté des terrains en raison d’une blessure avant que des soucis contractuels ne prennent le relais (on a d’ailleurs remarqué son manque de rythme dans les derniers matchs de Tottenham), et enfin Adnan Januzaj n’est sorti du 3è dessous que depuis peu avec seulement ses 7-8 derniers à la Real Sociedad de bonne facture. Contrairement au défenseur londonien, les montées au jeu de Chadli et Januzaj face aux lusitaniens n’ont pas soulevé un grand enthousiasme. Tous ces joueurs sont repris par le sélectionneur

  • les joueurs en forme : Radja Nainggolan ne dispute pas sa meilleure saison dans la Ville Éternelle mais il a grandement contribué au parcours fantastiques des Romains en Ligue des Champions (demi-finalistes), Timothy Castagne a pleinement récupéré sa place de titulaire lors des 10 derniers matchs de l’Atalanta qui s’est qualifiée en Coupe d’Europe, Anthony Limbombe a joué sa meilleure saison au Club Bruges, et enfin nous avons déjà parlé de la situation de Divock Origi qui retrouve ses sensations. Ces joueurs-ci ne sont, eux, pas présents des retenus pour la Coupe du Monde

Contradictions et justifications hasardeuses
Prêtons maintenant un peu attention aux justifications avancées par le sélectionneur pour expliquer ses choix et aux contradictions effectives entre certains de ses choix et certaines de ses déclarations lors de son intronisation comme coach principal.

‘Je ne prends pas Nainggolan pour des raisons purement tactiques » : comme tout le monde le sait, il ne s’agit que de fausses excuses pour se cacher derrière ce choix fort. Il faut concéder à Roberto Martinez qu’il a toujours déclaré ne pas voir en Radja un n°6 ni un n°8 (il ne joue d’ailleurs pas à ces postes en club) et qu’il le voyait plutôt comme un « faux 10 » (la place occupée par Eden Hazard d’un côté et généralement Dries Mertens de l’autre). Mais lorsqu’on prend ce fait en compte, cela veut donc dire que le coach espagnol considère que Thorgan Hazard, Dries Mertens (en fameuse méforme ces dernières semaines à Naples) et Adnan Januzaj sont plus forts que le Ninja. De ce constat, on peut en tirer deux conclusions : soit il s’agit de malhonnêteté intellectuelle soit Mr Martinez n’a pas la même vision du football que 90% de la population belge…

Il y a quelques mois, le sélectionneur national avait déclaré que pour faire sa sélection « le temps de jeu sera[it] prioritaire » : le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a clairement pas respecté cette disposition puisque, comme nous l’avons abordé plus haut, des joueurs comme Nacer Chadli, Youri Tielemans et Jordan Lukaku avaient été repris, au contraire de Timothy Castagne, Radja Nainggolan ou Anthony Limbombe par exemple.

La grande idée prônée par Martinez lors de son intronisation était la flexibilité tactique et, si celle-ci s’est vérifiée en début de mandat, cette résolution semble avoir été bien vite oubliée. Trois exemples permettent d’en attester.

  • lorsqu’il déclare que « Nainggolan ne rentre pas dans mon système tactique ». Si l’on tient vraiment à sa flexibilité tactique, on adapte son système pour y faire entrer un élément aussi unique et indispensable que le médian romain. Plus encore qu’adapter son système, un entraîneur se doit de préparer au moins une alternative tactique en cas de besoin. Il devient dès lors difficile de croire que le Ninja ne rentre ni dans le système classique ni dans le plan B

  • l’innovation la plus importante de l’ère Martinez, c’est le passage à une défense à 3, dans un système positionné en 3-4-3. Mais si le sélectionneur accepte l’attribution du mérite de la trouvaille, il faut cependant préciser que ce choix tactique s’est plutôt imposé de lui-même. Petit rappel des faits : le passage à 3 défenseurs avait été testé lors du déplacement à Chypre mais n’avait pas convaincu le coach national qui était repassé à une défense à 4 contre la Bosnie. Mais après 21 minutes, Jordan Lukaku se blesse et force Martinez à faire monter Laurent Ciman pour repasser à 3 défenseurs. Cette fois, la sauce prend et la Belgique adopte le système. L’innovation tactique tient donc plus de la « chance » que d’une réelle trouvaille

  • les matchs amicaux programmés par l’Union Belge et Roberto Martinez n’ont servi à rien. Tout d’abord, on a pas testé de nouveaux joueurs (pas de traces de Castagne et Limbombe n’a joué qu’une mi-temps).
    Ensuite, nous n’avons pas affronté de réelle opposition. Lors de tous nos groupes de qualifications, on a jamais rencontré de grande équipe et dès que la difficulté se présente on est éliminé. Les matchs amicaux devaient servir à nous préparer à l’adversité et ça n’a pas été le cas (aucune adaptation en cours de match n’a donc pu être testée).
    Enfin, la composition belge n’a jamais proposé de réels changements tactiques, on est parfois juste passé à 2 attaquants en fin de match mais aucun changement dans la ligne défensive ni médiane n’a été testée.

Pronostic du parcours belge
Tout le monde se rejoint sur le fait que la Belgique comporte un grand nombre de joueurs de talents. Eden Hazard et Kévin De Bruyne sont souvent considérés comme faisant partie des meilleurs du monde, Thibaut Courtois était souvent cité il y a quelques temps comme situé dans le top 3 des gardiens, Vincent Kompany et Thomas Vermaelen sont des valeurs sûres lorsqu’ils ne sont pas blessés, Dries Mertens et Radja Nainggolan se sont encore plus renforcés ces dernières années, Romelu Lukaku (bien que toujours discuté) a atteint une autre dimension depuis son transfert à Manchester United,… Les adjectifs pléthoriques pleuvent sur notre sélection et les adversaires ne cessent de nous encenser. Pourtant, une majorité de la population belge ne croit pas au sacre mondial tant promis, surtout depuis la déception de l’Euro 2016, pourquoi?

Tout d’abord, la réalité de notre élimination en quarts de finale à l’Euro contre le Pays de Galles a, une nouvelle fois, mis en lumière les difficultés éprouvées par cette équipe belge à déjouer les équipes qui s’organisent en bloc compact. La Belgique était individuellement plus forte à tous les niveaux que les Gallois et, bien que l’on savait parfaitement à quoi s’attendre de leur part, ce sont eux qui ont dominés le match. Ce scénario se reproduit à chaque fois que les Diables rencontrent une équipe de son calibre, plus forte ou capable de bien défendre. Bien que les individualités belges soient remarquables, il faut constater qu’elles ne sont souvent pas suffisamment importantes pour se défaire de ce type d’équipes : comme expliqué déjà plus haut, lorsqu’Eden Hazard est mis sous l’éteignoir par plusieurs joueurs adverses et que Kévin De Bruyne n’est pas dans un bon jour, aucun joueur n’est capable de faire la différence tout seul (seul Nainggolan en était capable, cfr son but contre le Pays de Galles) et l’équipe ne s’est jamais montrée capable d’augmenter collectivement son niveau de jeu pour trouver une solution.
Deuxièmement, si les Belges disposent bel et bien de belles qualités individuelles, il manquera toujours à cette équipe une mentalité de vainqueur, un esprit guerrier comme celui affiché par les Gallois ou les Portugais durant l’Euro. Ils seront systématiquement mis en difficultés face à des équipes qui jouent avec le cœur (à ce propos, les Belges semblent bien supérieurs à la Tunisie mais attention à ne pas trop les prendre de haut). Dans l’équipe actuelle, seuls Kompany, Lukaku et Hazard semblent prêts à mourir sur le terrain pour leur équipe, c’est bien trop peu pour espérer faire quelque chose dans un grand tournoi.
Enfin, nous vantons toujours le talent exceptionnel de nos joueurs mais il faut tout de même le nuancer. Certes, les Diables évoluent pour la plupart tous dans des grands clubs des grands championnats européens et leurs prestations dans ces championnats sont souvent saluées. Mais d’une part, il faut souligner que la plupart jouent en Angleterre, championnat certes le plus puissant et le plus spectaculaire mais pas vraiment le plus qualitatif (il suffit de voir les récents résultats -mis à part Manchester City la saison passée- des clubs anglais en Ligue des Champions en comparaison des clubs espagnols, allemands et italiens). Les joueurs belges sont donc parmi les meilleurs d’Angleterre oui, mais pas parmi les meilleurs d’Europe. Plus encore que de comparer combien de joueurs de l’effectif actuel ont remporté de Ligue des Champions ou d’Europa League, il suffit de comparer notre effectif à celui des Espagnols, des Allemands ou des Brésiliens : les joueurs de ces équipes sont, à chaque poste, tous (mis à part peut-être le gardien brésilien) meilleurs que nos titulaires (Kévin De Bruyne pourrait peut-être sortir du lot, mais la différence entre ses prestations en club et en équipe nationale le rendent moins régulier que ses « adversaires »). Comment dès lors espérer surpasser des équipes dont tous les joueurs nous sont supérieurs (lorsque l’on additionne ce handicap aux deux points précédents)?

Alors voilà, il ne s’agit pas de partir défaitiste mais juste d’essayer de tempérer les hardeurs que tentent de nous faire prendre nos adversaires en nous qualifiant de favoris. Oui cette équipe belge est une génération dorée et non elle ne gagnera surement aucun grand tournoi et oui les quarts de finale d’une Coupe du Monde c’est déjà pas mal pour un petit pays de 11 millions d’habitants. Alors on peut espérer (on l’espère même) que la Belgique passera enfin ces quarts de finale mais rien n’est moins sûr et si elle n’y arrive pas, tant pis on aura quand même vécu une belle Coupe du Monde.
Sur ce, supportons à fond l’équipe nationale, que le soutien populaire les pousse le plus loin possible et rendez-vous en quarts de finale (attention tout de même à ne pas négliger le 8ème de finale, la Colombie ou la Pologne c’est costaud et le Sénégal peut être dangereux) pour tenter d’enfin les passer !

 

ALVARRO

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