Playlist du mois #1 (mars 2018)

Playlist du mois #1 (mars 2018)

Conformément au titre de l’article, la rédaction de Journa’Lîdje publiera mensuellement une playlist musicale qui reprendra les chansons qui les auront le plus marqués le mois précédent. Plus encore qu’une simple liste, une courte description ou analyse sera proposée pour chaque son.
Les playlists seront divisées en trois parties, chacune étant la playlist personnelle d’un des trois rédacteurs en chef du site. L’ordre des chansons n’est pas représentatif d’une quelconque hiérarchie, seul un coup de cœur sera mis en évidence par section.
Ces publications mensuelles ont pour but le partage et la possibilité de découvertes musicales.

Playlist d’ALVARRO

  • [Coup de cœur] Mosaïque solitaire (Damso – Ipséité) : bien que l’album soit sorti en 2017, le clip de Mosaïque solitaire vient d’être mis en ligne en cette fin de mois de mars, ce qui explique sa présence dans cette playlist. Et c’est exactement autant pour son clip que pour elle-même si elle se retrouve en coup de cœur.
    Pour l’aspect textuel, les paroles démontrent aisément qu’on ne doit pas cataloguer Damso uniquement comme producteur de textes misogynes teintés de représentations sexuelles. Le propos se veut ici plus large, comme un point de vue extérieur qui jugerait de la situation et de la vie du rappeur. La contradiction du titre est évocatrice : une mosaïque c’est un ensemble d’éléments, mais la solitude renvoie au fait d’être seul au milieu des autres. Tout au long de Mosaïque solitaire, il explique qu’il n’a pas toujours été comme ça, qu’il l’est devenu pour de multiples raisons.La construction du clip est juste exceptionnelle : divisée en trois temps (autour de trois flows), elle recouvre en inversé la vie et la carrière de Damso :1) la voiture dans laquelle il se trouve seul au début se dirige vers un port et l’on voit des gens morts, c’est sa vie actuelle imprégnée de solitude et de ce côté sombre qui l’anime (les gens morts peuvent également être vus comme ses démons qu’il aurait réussi à tuer [voir plus loin])
    2) alors que le flow se ralentit, marquant une phase intermédiaire de changement, on le voit casser un sablier (référence à son morceau Graine de sablier dans lequel il veut « trouver les graines du sablier, m’emparer […] du destin de ma mère à venir, lui dire qu’elle n’est plus obligée de s’en aller ») puis passer devant le projecteur utilisé dans le clip d’Amnésie (chanson dans laquelle il parle du suicide de son ex copine), c’est l’époque de son album Batterie Faible, période de son arrivée en Belgique lors de laquelle son côté sombre et ses démons se sont développés (le temps étant inversé dans le clip, les morts se ‘réveillent’ et, après avoir vu le projecteur d’Amnésie, sa copine est toujours en vie dans sa salle de bains)
    3) le sablier est encore entier, il « court » après sa copine et vit encore entouré de conteneurs (métaphore de son logement à Kinshasa, mais aussi la thématique du transport/voyage -cfr le port dans la première partie-), c’est sa vie au Congo qu’il décrivait dans Bruxelles Vie (« J’ai grandi à l’époque des pillages, les tirs de kalash m’empêchaient de rêver »). On l’entend enfin expliquer que « rapper c’est ce que je sais faire de mieux » et promettre à sa mère « je serai rappeur plus tard maman faut pas t’en faire » qui démontrent sa volonté de quitter le pays pour leur offrir une meilleure vie. Plus qu’un simple morceau, un requiem total tant en écriture qu’en mise en images. Une construction symbolique tout en poésie.

  • Bataclan (Médine – Storyteller) : lorsque l’on voit un nouveau morceau de Médine baptisé Bataclan, oui on s’attend à une nouvelle chanson contestataire et provocatrice (surtout vu les circonstances actuelles). Mais dès les premières notes, on sent que cette fois-ci, le propos sera différent. Et très vite, on se rend compte de l’authenticité et de l’émotion que véhiculent cette chanson. En opposition à la violence des attentats de novembre 2015, Médine livre ici tout en douceur une ode à la mythique salle, rêve de tout artiste (« le piano n’assassinera jamais le pianiste même si il n’aime pas la musique »). Un petit bijou écrit et réalisé intelligemment, un hommage tout à fait sublime.

  • Défaite de famille (OrelSan – La fête est finie) : si les qualités textuelles d’OrelSan ne sont plus à démontrer (bien loin des précédentes polémiques), on retrouve des codes récurrents dans son écriture. La critique est partie prenante de sa carrière mais il la maquille souvent par des jeux de mots. Le titre de Défaite de famille est une nouvelle fois éloquent : si tout le monde y prend, comme attendu, pour son grade, on notera surtout sa capacité à universaliser sa propre vie (on retrouve tous des membres de sa propre famille). Dans le clip, il joue lui-même tous les personnages qu’il décrit dans ses paroles, une façon de dire qu’il est lui-même un peu comme tout cela à la fois? Si tel est le cas, ne faut-il pas une nouvelle fois universaliser le propos : ne sommes-nous pas tous un peu comme ça?

  • Underground (Hippocampe Fou – Terminus) : pour Underground, Hippocampe Fou laisse son côté éclectique pour nous livrer une auto-critique. Il tente de comprendre pourquoi il n’est pas plus connu, en se remettant en cause selon les codes de la musique commerciale actuelle. Il critique notamment la frilosité des maisons de disques, le grand public qui « attendent qu’on leur donne la becquée », les médias qui ne se mouillent pas. Au contraire, il se prône comme différent et préfère écrire pour lui plutôt que pour réussir. Cette auto-critique représente bien le côté anti-conformiste du rappeur aquatique, et son clip permet d’en témoigner encore plus : là où les clips actuels tentent toujours plus de nous en mettre plein les yeux ou nous proposent des paysages merveilleux, l’entièreté d’Underground se déroule dans une grotte en succédant des gros plans face caméra d’Hippo puis l’ombre d’un saxophoniste pour le solo final. Une œuvre ouvertement décalée à écouter sans modération.

  • Artisan (KKC Orchestra – Artisan) : premier extrait du nouvel album éponyme du groupe, Artisan rappelle le côté simple et humble de KKC Orchestra. Le groupe français n’est pas très connu (c’est le moins que l’on puisse dire), mais il mériterait une meilleure couverture médiatique et un public plus large. Ils se revendiquent héritiers du hip-hop des années 90′ et en proposent, sans aucune prétention, une version agrémentée de sonorités électro et jazzy. Les instrus légères et rythmées sont enrichies par un flow découpé stimulant. Beaucoup de références, de second sens et de jeux de mots se retrouvent dans les différents sons du groupe, et Artisan n’y échappe pas. Groupe à partager (et allez checker Parfait et Kulture Pub -dont les paroles sont des reprises de slogans ou punchlines, toutes illustrées dans le clip-) !

Playlist d’Esteban

  • [Coup de cœur] Un été français (Indochine – 13) : Un morceau d’Indo, c’est pas la meilleure façon de commencer une playlist? Actifs depuis plus de 35 ans sur la scène française, les rockeurs sont revenus en 2017 avec un album qui leur ressemble, et notamment ce single qui respire bon la fin de l’hiver. En vérité, les arrangements musicaux ne sont pas novateurs, mais cette chanson illustre bien ce qui assure la longévité du groupe depuis tant de décennies : un style pop passe-partout auquel s’ajoute une capacité d’adaptation aux tendances musicales de leur temps. Avec, en prime, un coup de gueule politique subtilement glissé dans les paroles. On adore.

  • Panic (The Smiths – Rank) : Si le quatuor anglais n’a perduré que 5 années, l’héritage des Smiths est quant à lui toujours décelable de nos jours. En témoigne particulièrement cette chanson, qu’on a pu retrouver à la fin d’un épisode de ‘Black Mirror’ dans la saison parue cette année, et dont le refrain a servi à titrer l’épisode en question (Hang The DJ). Panic, si on fait abstraction des paroles, installe une atmosphère onirique et désinvolte typique des eighties. La mélodie titille les sens, donne une envie de lâcher prise et de laisser ses ennuis au vestiaire le temps d’un slow sur le dancefloor. Ironie du sort, le sens des paroles, beaucoup moins légères, est un rappel à l’ordre : elles suggèrent de mettre à feu la discothèque et de pendre le DJ.

  • Last Hope (Paramore – Paramore) : Paramore a ce rare don de composer des mélodies qui résonnent dans l’esprit de beaucoup avec un sens bien précis. Chacun l’interprète comme il l’entend, mais Last Hope parle à tous avec une signification qui lui est propre. Pouce bleu pour la voix cristalline d’Hayley Williams, qui en a fait frissonner plus d’un.

  • Follow Your Fire (Kodaline – single) : Un couplet calme, une voix sereine, puis une montée soudaine d’énergie positive qui se termine en un refrain explosif qui apaise les esprits tourmentés. Pour les amateurs de pop-rock, un régal.

  • Stranger Things ft. One Republic (Kygo – Kids in love) : Kygo, le jeune prodige de la Deep House, ne cesse de torpiller la scène musicale internationale avec ses compositions hautes en couleur. Fort de ses collaborations avec les plus grands (Selena Gomez, Ellie Goulding,…), il signe ici un morceau en duo avec OneRepublic, et qu’est-ce qu’on aime ça ! Quoiqu’il en soit, on vous laisse juger, quant à nous, on retourne l’écouter.

Playlist de Mina

  • [Coup de cœur] Cheap Thrills (The Bellas – Pitch Perfect 3, Original Motion Picture Soundtrack) : Cette chanson provient de Pitch Perfect 3, film sorti en 2017, suite et fin de la trilogie relatant les aventures d’universitaires faisant partie d’un groupe a capella, les Bellas. A première vue, cela ne paraît pas être quelque chose d’incroyable, mais ces reprises a capella (tout son provenant de la bouche, comme le fait le groupe Pentatonix) donnent un cachet en plus à des musiques que l’on connaît déjà. Petit plus, ce groupe n’est fait que de femmes, ce qui est plus dur pour l’adaptation de certaines chansons, du fait qu’elles n’aient pas accès aux basses.

  • Pauline (Pomme – À peu près) : Claire Pommet, dit ‘Pomme’, est une artiste lyonnaise de 22 ans à la touche folk-pop, douche et fraîche. Elle sort son premier album en octobre 2017 et se fait connaître petit à petit sur la toile. Elle a également composé une musique pour le générique de fin du court-métrage Lunaire de Cyprien.
    Plus qu’une reprise française, Pauline est un hommage, une revisite de Jolene de Dolly Parton, sans la touche country de la chanson originale américaine de 1974.

  • Kid (réécriture) (Barbara Pravi – single) : Pour le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, Barbara Pravi a décidé de reprendre et réécrire la chanson Kid d’Eddy de Pretto. La version originale met en lumière tout ce qui peut se cacher derrière le fait d’être un mec, et la pression que certains ressentent (« tu seras viril mon kid, je ne veux voir aucune larme glisser sur cette gueule héroïque et ce corps tout sculpté »).
    La libre adaptation plus douce de Barbara, quant à elle, fait la même chose mais en montrant l’envers du décor féminin (« tu seras habile ma fille, pour tirer ton épingle du jeu, d’Athéna ou Vénus sois les deux voire bien plus »).
    Ces deux versions, finalement toutes deux féministes (ou humanistes), exposent les cadres qu’on imposent aux garçons comme aux filles et les pointent du doigt.

  • The Sooner The Better (Broken Back – single) : Avec ses touches indie et folk, Jérôme Fagnet, qui se cache sous le nom de ‘Broken Back’, a sorti The Sooner The Better fin 2017. La chanson est accompagnée d’un clip très sympa en mode Benjamin Button, qui renforce l’idée de la chanson, à savoir : ‘ose, et franchis la limite’ (« you’ve never crossed the line, don’t you wanna see what’s behind? »). De quoi donner envie de se bouger un peu.

  • 99 Luftballons (Nena – Nena) : Cette chanson phare des années 80 ne vous est sûrement pas inconnue (en tout cas je l’espère). Pêchue et rythmée, la chanson pop-rock allemande relate avec ironie les dégâts que quelques ballons de baudruches dans le ciel peuvent faire, à savoir une guerre. Cette image n’est pas anodine puisque 99 Luftballons sort en période d’intensification de la Guerre froide.

ALVARRO, Esteban & Mina

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